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Dans Le prieur de Bethléem, l’auteur algérien Yasmina Khadra raconte une histoire à tiroirs qui traverse les époques. Le récit commence de nos jours avec de mystérieux événements qui se passent entre les rives de la mer Morte et les dunes du Wadi Rum alors que, en même temps, un éditeur à la mode se fait enlever à Paris.
Il y a bien un lien entre ces affaires, mais pour le trouver, il faut se laisser transporter en territoire palestinien, dans un petit village mourant à l’est de Jérusalem, où l’on suit le destin tragique d’une famille et de ses cinq enfants.
Ce n’est pas la première fois que Yasmina Khadra va dans cette partie du monde. Il l’avait déjà fait avec L’Attentat (Julliard, 2005) adapté au cinéma en 2012. L’écrivain regrette : J’espérais ne jamais avoir à revenir sur le sujet
, mais il explique y avoir été poussé par la force des choses. Car toute guerre aujourd’hui ne se passe jamais ailleurs. Elle se passe chez nous, à la maison, car on la voit à la télé, on l’entend à la radio, et quelle qu’en soit la cause, elle nous frappe de plein fouet
, précise-t-il.
L’auteur Yasmina Khadra dans les studios de Radio-Canada à Québec.
Photo : Radio-Canada / Erik Chouinard
Si le roman commence dans le silence du désert, la mise en abyme qui suit ces premiers instants étranges est très brutale. Non pas que l’auteur soit lui-même violent dans sa prose, bien au contraire. Yasmina Khadra a à cœur de mettre de la nuance et de la pudeur. Il faut éviter de grossir les traits
, explique-t-il, avant de reprendre : c’est un chemin dérisoire qui mène à la violence
. C’est donc important pour l’écrivain d’inscrire son travail plutôt dans la sincérité
.
La partie principale du roman se déroule autour de la première Intifada (1987-1993). Le personnage principal est chrétien et il évolue dans un milieu composé de juifs et de musulmans. Des communautés qui, dans les souvenirs de l’entourage du héros, vivaient autrefois en harmonie.
En situant Le prieur de Bethléem sur une longue période, l’auteur a voulu montrer que le temps passe, mais que l’horreur perdure
. Il transmet à travers sa plume son sentiment d’impuissance et de colère : Je ne peux pas pardonner l’indifférence du monde entier, des chefs d’État qui ne trouvent toujours pas de solution à ce conflit qui n’a aucune raison d’être
.
Raconter le conflit israélo-palestinien à l’échelle d’une famille est aussi un moyen pour Yasmina Khadra de mettre de la chair sur des chiffres
, puisque chaque nombre est un être humain avec ses angoisses et ses espoirs
et de lutter contre ce qu’il qualifie de comptabilité macabre
car, selon lui, les chiffres ne disent rien, sauf l’énormité de l’horreur
.
De par la noirceur de l’histoire, la dureté de ses personnages et la mort omniprésente à chaque page, Le prieur de Bethléem n’est pas un roman confortable. Mais Yasmina Khadra se défend d’avoir voulu faire un récit sans espoir, il se dit profondément et viscéralement optimiste, car l’humanité a toujours créé des catastrophes pour les subir et pour les surmonter, et l’humanité parviendra à surmonter ce qui se passe aujourd’hui
.







