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«La mère des larves» couronné par le Prix littéraire des collégiens

Source : Le Devoir

La mère des larves, le premier roman de l’autrice et poète Maude Jarry, remporte le 23e Prix littéraire des collégiens et des collégiennes.

Publié aux Éditions de ta mère, le roman La mère des larves braque une lumière crue sur les oppressions sociétales sournoisement infligées aux femmes. L’histoire de Sarah, jeune trentenaire nouvellement devenue célibataire en raison de son refus d’enfanter, offre une plongée dans les diktats de la maternité et les violences médicales perpétrées derrière les portes closes de cabinets anonymes.

Il s’agit d’« un texte féministe qui éclaire, écrivait Le Devoir dans sa critique, avec la froideur d’un néon de salle d’opération, ces violations invisibles, mais quotidiennes aux droits fondamentaux de la moitié de la population humaine ».

Une voix pour dénoncer le « patriarcat médical »

Ce roman de fiction s’inspire en partie de la résistance rencontrée par l’autrice de la part du corps médical québécois.

« Très jeune, j’ai su que je ne voulais pas d’enfant, explique Maude Jarry. Vers 18 ou 19 ans, j’ai demandé à mon médecin de famille de me ligaturer les trompes. Ç’a été une fin de non-recevoir. » La même réponse a accueilli sa deuxième tentative quelques années plus tard.

« Je pense que ce paternalisme médical est un problème au Québec, affirme la lauréate, parce qu’il ne laisse pas les femmes faire ce qu’elles veulent de leur corps. »

Le roman « met en lumière des sujets peu, voire pas du tout abordés, mais qui méritent d’être soulevés », croit Camille Tousignant, 17 ans, du cégep Marie-Victorin. « C’est un coup de cœur, ajoute Clarisse Vézina, 19 ans, du collège de Maisonneuve. Ce sont des réalités dont je me rendais compte, mais sur lesquelles je n’arrivais pas à mettre des mots. L’autrice a trouvé les bons mots pour sensibiliser à la fois les femmes, mais aussi les hommes. »

« C’est un enjeu qui concerne surtout les femmes, mais la lecture du livre m’a aidé à comprendre ce qu’elles peuvent vivre, poursuit Édouard Goulet, du cégep de Chicoutimi. L’histoire raconte une femme aux prises avec des parasites sur l’utérus — et même si je n’en ai pas, le livre m’a vraiment fait ressentir ce qu’une femme pouvait éprouver devant le médecin dans un contexte semblable. »

Une troisième lauréate en trois ans

Maude Jarry remporte les grands honneurs — et une bourse de 5000 $ — avec un premier roman, dans une compétition où des autrices et des auteurs bien établis bataillaient pour la palme du collégial. Les sentiers de neige (Héliotrope) et Eka ashate · Ne flanche pas (Mémoire d’encrier), quatrième roman respectif de Kev Lambert et de l’autrice innue Naomi Fontaine, étaient en lice avec Combustion libre (Le Cheval d’août), deuxième ouvrage d’Alex Viens, et Même pas morte (Stanké), premier plongeon dans le roman de Geneviève Rioux, d’abord connue pour ses recueils de poésie.

La palme revient à Maude Jarry aux termes de délibérations menées dans les collèges et les cégeps des quatre coins du Québec. Près de 1000 étudiantes et étudiants ont analysé les cinq œuvres finalistes jusqu’à ce qu’un jury national formé par 61 de leurs pairs couronne La mère des larves.

Les collégiennes et les collégiens récompensent une troisième autrice en autant d’années après avoir plébiscité Emmanuelle Pierrot en 2024 et Sophie Lalonde-Roux en 2025. Toutes trois ont remporté le prix avec leur premier roman.

« Ça dépasse mes rêves les plus fous, s’enthousiasme l’autrice. Le Prix littéraire des collégiens et des collégiennes, c’est à mes yeux le plus beau prix de la littérature québécoise. La jeunesse, c’est l’avenir, et ça me touche qu’un livre à teneur féministe ait su les toucher, surtout en ce moment où nous assistons à une montée du masculinisme inquiétante, particulièrement chez les jeunes. »

Le cofondateur à la retraite

Une page se tourne avec la conclusion de ce 23e Prix littéraire des collégiens et des collégiennes. L’an dernier, le décès de la « fée marraine » du concours, Claude Bourgie-Bovet, survenu dans les jours qui précédaient la remise du Prix, marquait la fin d’une époque. Vendredi, le Réseau intercollégial des activités socioculturelles du Québec, qui chapeaute le Prix depuis 2019, a souligné le départ à la retraite de Bruno Lemieux, cofondateur du Prix et enseignant en littérature au cégep de Sherbrooke.

« L’histoire du prix, c’est celui d’une arborescence, illustre le nouveau retraité. La nouvelle littérature, ce sont les nouvelles feuilles, mais il y avait des jeunes qui n’entraient jamais en contact avec elles pendant leurs études. Nous avons voulu créer cette rencontre-là et donner une voix aux jeunes qu’ils n’avaient pas dans l’écologie

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Titre: La mère des larves

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