Image

Faut-il relire… Jack Kerouac ?

Source : Le Devoir

Certains auteurs semblent immortels, d’autres sombrent dans l’oubli. Après un temps, qu’en reste-t-il ? Dans sa série mensuelle Faut-il relire… ?, Le Devoir revisite un de ces écrivains avec l’aide d’admirateurs et d’observateurs attentifs.

Les étiquettes pleuvent lorsqu’il est question de Jack Kerouac (1922-1969) : « voix d’une génération », rédacteur de la « bible de la Beat Generation », instigateur de « la révolution des sacs à dos ». L’auteur de Sur la route (1957) et Les clochards célestes (1958) fascinait de son vivant, et il en est de même depuis sa mort. De Lowell au Massachusetts, la ville qui l’a vu naître, à New York, celle qui a cristallisé son statut d’écrivain, jusqu’à St. Petersburg en Floride, où le voyage d’une vie s’est terminé, il aura partout laissé sa marque.

Il aurait pu grandir au Québec, mais le climat économique morose dans la province de la fin du XIXe siècle et du début du XXe a poussé près d’un million de personnes aux États-Unis, et surtout vers la Nouvelle-Angleterre, berceau de la révolution industrielle en Amérique. Non pas pour vivre un grand rêve, mais pour survivre, loin de la misère. Ses parents, Léo-Alcide Kerouac et Gabrielle-Ange Lévesque, avaient d’abord suivi les leurs au Massachusetts, où a grandi Jack Kerouac, son enfance se passant principalement en français. Sa maîtrise de l’anglais viendra plus tard, sans jamais étouffer son amour pour sa langue maternelle.

À quoi se destinait-il ? Peut-être au travail d’imprimeur comme son père, ou encore à une carrière de footballeur, avec sa carrure imposante ? L’imprimerie lui a permis de frayer un temps avec le journalisme, et ses exploits sportifs l’ont conduit jusqu’à l’Université Columbia à New York, grâce à une bourse. Dès son arrivée dans la métropole américaine, en 1938, à l’âge de 16 ans, les choses ne se passeront pas de manière aussi triomphante, et il y aura plusieurs échappées…

Athlétique, bagarreur, bon buveur, Jack Kerouac a vite trouvé dans les livres un refuge, et de l’inspiration. Il aimait certains poètes, dont Charles Baudelaire et Arthur Rimbaud, et vénérait Louis-Ferdinand Céline, dévorant Voyage au bout de la nuit en français. Son parcours scolaire erratique lui a surtout permis de fréquenter l’école de la vie et celle du voyage, dans toutes sortes de conditions, souvent les plus rudes. De la marine marchande à la U.S. Navy, en passant par ses traversées chaotiques de l’Amérique, Kerouac a sans cesse roulé sa bosse.

Ses vagabondages deviendront une partie de sa matière littéraire, même si ses premiers romans (Avant la route, Docteur Sax), écrits au début des années 1950, puisent davantage dans sa jeunesse à Lowell. La publication de Sur la route en 1957 (mais rédigé en 1951 à la machine à écrire, sur un rouleau et avec frénésie) lui ouvrira les portes du succès, mais cultivera un gigantesque malentendu : la jeunesse de l’époque trouvait dans ce livre, et en lui, le prétexte pour partir à l’aventure, mais Kerouac détestait l’idée d’être idolâtré par cette même jeunesse.

Figure de la Beat Generation, mouvement autant imprégné de jazz que de drogues, et dont faisaient partie Allen Ginsberg (Howl) et William S. Burroughs (The Naked Lunch), il va passer le reste de sa vie à lutter contre le succès de Sur la route — on lui réclamait la même recette. Il tentera plutôt de retrouver ses racines, autant canadiennes-françaises que bretonnes, prétextes à de nouvelles pérégrinations. Dont à Montréal, pour une rare et célèbre entrevue avec Fernand Seguin en 1967 à l’émission Le sel de la semaine. De nature solitaire, tourmenté, miné par les excès, Kerouac revenait sans cesse auprès de sa mère, établie en Floride, où il finira ses jours.

Suivre sa route

Lui qui n’avait rien d’un mentor serait médusé devant le nombre d’artistes québécois qui se réclament de son œuvre depuis des décennies, et encore aujourd’hui. Or, « à sa mort, il était un peu considéré comme un has-been », reconnaît Gabriel Anctil, auteur et fin connaisseur de l’écrivain, au point de servir de guide pour la série radiophonique Sur les traces de Kerouac, produite par Radio-Canada en 2014.

La découverte du livre le plus célèbre de l’écrivain, trônant dans la bibliothèque familiale, va changer sa vie. « À 14 ans, je suis passé instantanément des romans de La courte échelle à Sur la route, et à 16 ans, je partais en voyage avec mon sac à dos », se remémore l’auteur de Sur la 132, Un été à Barcelone et de nombreux ouvrages jeunesse. « Ce choc initial m’a poussé à tout lire, poursuit Anctil, et vers le début de ma trentaine, j’ai commencé à m’interroger sur l’aspect sociologique de son œuvre, et à rechercher

[...] continuer la lecture sur Le Devoir.

Palmarès des livres au Québec