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La poète Madeleine Gagnon n’est plus

Source : Le Devoir

L’écrivaine Madeleine Gagnon est décédée à l’âge de 87 ans. Poète avant tout, sa voix reste l’une des plus importantes de la littérature québécoise contemporaine. Elle aura porté aussi « des essais d’une rigueur éblouissante », une autobiographie, ainsi que des textes d’engagement pensant autant l’indépendantisme, les luttes féministes et le marxisme que la psychanalyse. Mme Gagnon a de plus fait partie de la première cohorte de professeurs de l’UQAM, et a inspiré de là de nombreux auteurs.

Entrée en littérature en 1969 avec Les morts-vivants (HMH), Madeleine Gagnon laisse une quarantaine de livres, en prose ou en poésie.

« C’est une des écrivaines qui m’a grandement inspirée », confie la poète Diane Régimbald (Elle voudrait l’ailleurs encore, Le Noroît). « Par sa liberté de pensée, et sa capacité de rendre simple ce qui était complexe, et de toujours verser la pensée dans le corps. »

Dans Au cœur de la lettre (VLB, 1990), on lit, par exemple : « Si j’écris viol, si j’écris mort, si j’écris cri tout seul sans aucune référence, personne ne reconnaîtra personne et c’est ainsi que je veux graver cette histoire : il était une fois, personne. »

L’anthologie À l’ombre des mots. Poèmes, 1964-2006 (L’Hexagone, 2007) est une somme poétique.

Urgence d’écrire

En enseignant à l’UQAM, Madeleine Gagnon « a travaillé à faire entrer la création littéraire à l’université à une époque où ça n’allait pas de soi », indique Louis-Daniel Godin, professeur de littérature au même établissement.

De même, elle a enseigné la littérature québécoise et la psychanalyse alors que « ceux qui étaient du côté de la psychanalyse passaient un peu pour des dingues », déclarait la poète dans son dernier entretien public donné à Louis-Daniel Godin et à Laurance Ouellet Tremblay pour la revue Voix et Images et publié en 2022.

Mme Gagnon a quitté l’enseignement après 12 ans afin de répondre à son urgence d’écrire.

Pour la professeure de lettres à McGill et autrice Laurance Ouellette Tremblay, Madeleine Gagnon laisse « une œuvre immense ». « Ses essais sont d’une rigueur éblouissante. C’était une penseuse capable de naviguer entre la psychanalyse, la philosophie, le récit historique, par exemple, avec beaucoup d’agilité. »

« Son écriture peut être assez rêche, poursuit la professeure. Elle ne prend pas son lecteur par la main. Il faut s’attabler pour la lire. »

Madeleine Gagnon a écrit et pensé le féminin, mais d’une manière plus philosophique que féministe, réfléchissant à « d’où s’énonce la parole des femmes, du gouffre, de l’ombre », poursuit celle qui est aussi poète (La vie virée vraie, Quartanier).

Parmi les essais marquants de Gagnon se trouvent Retailles, avec la regrettée Denise Boucher (L’Étincelle, 1977), et Les femmes et la guerre (VLB, 2000). Elle a également collaboré avec Hélène Cixous et Annie Leclerc pour La venue à l’écriture, en 1977 (Union générale d’éditions).

Éclater les formes

« L’œuvre est exigeante, brillante. Elle fait éclater les formes, et bouscule les attentes de lecture, fait entrer le corps dans l’écriture, fait penser l’inconscient, fait penser l’écriture aussi. En poésie, elle convoque la théorie dans certains de ses recueils », résume à son tour Louis-Daniel Godin, également écrivain (Cindy 16, La Peuplade). « Sa pensée est politique, et son œuvre croise la créativité, le désir, autant que le marxisme et le féminisme — ce sont des croisements osés. »

En 2013 paraît le dernier livre de Mme Gagnon, une autobiographie, Depuis toujours, aux Éditions du Boréal.

Toute écriture est amour. Autobiographie II a été réédité l’an dernier aux Presses de l’Université de Montréal. « C’est un livre merveilleux ! » s’exclame Mme Ouellet Tremblay.

« Lors de notre dernière entrevue, elle était lucide face à sa mort à venir », rappelle-t-elle. « Il faut l’avoir, ce courage. Elle ne se défilait pas devant sa finitude. » L’écrivaine disait alors se sentir très près de Samuel Beckett et de sa pensée du vide.

Madeleine Gagnon a eu deux fils. Au fil de sa carrière, elle a été honorée par le prix Athanase-David pour l’ensemble de son œuvre, en 2002, et a été reçue membre de l’Ordre du Canada et officière de l’Ordre national du Québec.

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