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Alors que les écrans saturent sous le poids des algorithmes, Elliott Brown, un jeune graphiste et entrepreneur de Québec, propose un retour au tangible. Avec sa librairie en ligne Paper Still Matters, il importe des ouvrages de design rares pour briser l’uniformité créative.
Tout commence par une pause forcée. Immobilisé par un problème à l’épaule en 2024, Elliott Brown, formé en design de mode, cherche un moyen de rester actif.
J’ai commencé à partager mes livres de ma collection personnelle sur les réseaux sociaux, pour donner une diversification à l’inspiration d’autres designers qui étaient dans le même bateau que moi
, se souvient-il.
Le succès est immédiat. Sur TikTok et Instagram, l’engouement dépasse les cercles d’initiés. Elliott réalise que le public a soif de beauté et de rareté, loin du flux incessant de contenus numériques. En novembre 2025, ce qui n’était qu’un passe-temps devient une plateforme d’affaires : Paper Still Matters est née.
Un aperçu des ouvrages spécialisés proposés par Elliot Brown.
Photo : Gracieuseté : Elliot Brown
Sortir de l’entonnoir des algorithmes
Pour Elliott, le problème de la création actuelle réside dans la standardisation.
Les réseaux sociaux réduisent l’entonnoir le plus possible pour nous donner ce qu’on veut
, explique-t-il. Il utilise d’ailleurs une expression percutante pour décrire ce phénomène : l’inspiration fast-food.
Selon lui, l’intelligence artificielle et l’automatisation poussent les entreprises, comme par exemple les festivals ou les restaurants vers une esthétique homogène, souvent au détriment de la vision humaine.
On voit une ressemblance dans plusieurs projets, que ce soit ici ou à l’étranger […] Mon but, c’est d’amener le côté humain et de sortir la tête de son téléphone.
Le livre comme objet d’art
Chez Paper Still Matters, le livre n’est pas qu’un support de lecture, c’est une œuvre en soi. Elliott porte une attention quasi chirurgicale aux détails : le grain du papier, la qualité du carton, la mise en page et, surtout, la typographie.
J’aime l’attention mise au détail. C’est quelque chose que l’on a moins ici, au Québec. On est plus penchés vers la littérature plus que vers l’attention au détail mis à la construction du livre
, note-t-il.
L’ouvrage «Tokyo Style», de Kyoichi Tsuzuki, documente la réalité des petits appartements japonais.
Photo : Gracieuseté : Elliot Brown
Sa sélection est pointue et éclectique. On y trouve des archives photographiques d’appartements de célébrités parisiennes des années 70, des manifestes politiques radicaux, ou encore des visuels de la scène rave européenne des années 90.
Un pont entre l’Europe et le Québec
En plus d’importer des exclusivités introuvables en Amérique du Nord, Elliott agit comme un curateur pour le talent d’ici. Il collabore notamment avec des photographes québécois et des collectifs de design graphique de l’UQAM.
ll cite l’exemple de Mr Beau Type, un artiste montréalais, qui documente la typographie de rue à Montréal, ou encore le livre du photographe Charles-Frédérick Ouellet, qui raconte le parcours en images de l’explorateur Louis-Jolliet.
On a vraiment une qualité d’impressions incroyables dans ce livre-là. L’attention aux couleurs, aux contrastes du noir et du blanc […], c’est vraiment une belle œuvre.
Du virtuel au tangible
À l’ère des images éphémères sur nos écrans, le jeune graphiste rappelle la beauté tangible d’un livre soigneusement édité.
Photo : Gracieuseté : Elliot Brown
Bien que sa boutique soit principalement en ligne, Elliott croit fermement à l’importance de toucher l’objet. Pour pallier la dualité du web, il a établi un point de vente physique à la boutique de poteries Trëma Objects, dans le Vieux-Québec.
Elliott Brown ne prétend pas être le gourou du beau, mais sa démarche résonne dans une époque qui est déjà saturée par les algorithmes. En limitant volontairement le nombre de copies par titre, il redonne au livre son statut d’objet précieux.
Je me suis rendu compte que monsieur et madame tout le monde aiment les beaux objets, ça peut juste plaire à quelqu’un qui aimerait un beau livre sur sa table à café
, conclut-il.











