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Retour à Poets’ Corner pour Marcel Labine, qui s’est éteint à 78 ans

Source : Le Devoir

Dans les derniers mois, lors des événements poétiques où, toujours discret, Marcel Labine se mêlait, il parlait de son livre en cours d’écriture. Dans ce Je n’y suis pour personne, il cherchait avec la poésie à comprendre comment vivre avec le deuil infini, insurmontable, qui l’accompagnait depuis la disparition de sa compagne au long cours. Ce livre, qui sera lancé le 22 mai prochain, lui survivra finalement : Marcel Labine s’est éteint le lundi 4 mai des suites d’une maladie. Il avait 78 ans.

Marcel Labine aura signé plus de 20 recueils de poésie, presque tous publiés aux éditions Les Herbes rouges. « C’est un poète important », estime l’ex-éditeur du Noroît, Paul Bélanger, lui-même poète.

« Il a maintenu une constance exceptionnelle », poursuit M. Bélanger. « Il n’a jamais fait de compromis, et ses livres sont extrêmement fouillés et documentés — comme son dernier livre, Comme si c’était comme ça, qui est un texte sombre, dont émane plein de lumière noire. C’était un érudit. »

Il y écrivait : « Moi qui vis / entre les êtres inanimés / lorsque je les projette / dans les airs sous l’action / de mon souffle / les changeant en choses dites / je trouve là / — Ô rumeurs et Visions ! — / la lumière poussiéreuse / que les voix remuent / au cœur de la conscience / de cette horde en route / vers l’oubli et le silence. »

Enseignement et écriture

C’est en 1975, à 27 ans, que Marcel Labine ajoute sa voix au carrousel de celles exploratoires et insoumises qui animent la revue Les herbes rouges. Il y écrit souvent, aussi en conversation avec le regretté Normand de Bellefeuille.

Son premier livre, après ce chemin en revue, sort en 1987. Papiers d’épidémie sera salué par le Prix du Gouverneur général. Plusieurs de ses recueils seront ensuite honorés par les prix littéraires de poésie du Québec. Marcel Labine a ainsi reçu le Grand Prix Québecor du Festival international de poésie de Trois-Rivières et le Prix du Festival de poésie de Montréal pour Le tombeau où nous courons (2012).

« Toujours marquée par un humour discret, sa poésie s’ancre dans des lieux réels, comme Hochelaga, ou imaginaires, comme Poets’ Corner », a commenté l’éditrice des Herbes rouges, Roxane Desjardins, par voie de communiqué. « Marcel Labine construit de livre en livre, sans relâche, des poèmes brillants qui s’offrent comme des défis lancés à la réalité. »

Parallèlement, il a mené une carrière d’enseignant au cégep de Maisonneuve, où il a travaillé durant 35 ans.

Comme enseignant, Marcel Labine « avait quelque chose de l’ingénieur ou du savant fou, en ce qu’il nous montrait la mécanique (et la magie) des textes, comme seuls peuvent l’entrevoir celles et ceux qui ont les mains dans le cambouis (ou la potion magique) », a souligné l’auteur Alain Farah (Mille secrets mille dangers, Le Quartanier), lui-même professeur à l’Université McGill.

Le dernier livre de Marcel Labine — « dédié à la mémoire de sa compagne, où le deuil amoureux s’éprouve à même les souvenirs de voyages à deux dans des villes imaginaires », comme le décrit sa maison d’édition — sera lancé le 22 mai prochain à la librairie Le Port de Tête. Un hommage sera alors rendu au poète.

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