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Il y a des romans qui racontent des événements. D’autres, plus rares, racontent ce que ces événements font aux êtres. Les Maisons de sel, de Hala Alyan, traduit par Aline Pacvon et publié chez Hachette Fiction dans la collection La Belle Étoile, appartient à cette seconde catégorie. Celle qui s’installe doucement, presque en silence.
Un entretien à découvrir dans le podcast de notre dernière émission, Paroles de libraires, avec Sébastien Thomas-Calleja, de la Fnac Bercy.
Il ne s’y attendait pas d’ailleurs pas : « C’était d’abord une découverte ».
Un roman ample, traversé par plusieurs décennies, qui suit une famille palestinienne confrontée à une succession d’exils. Une fresque, oui, mais qui ne cherche jamais à faire la leçon. « Ce n’est pas un livre didactique », insiste-t-il d’emblée.
Tout commence à Naplouse. La famille, déjà déracinée de Jaffa, tente de retrouver une forme de stabilité. Une maison, puis une autre. Des murs qui abritent, provisoirement. Car très vite, l’histoire s’impose, brutale. « En 1967, la guerre de six jours commence », rappelle le libraire. Et il faut repartir.
Le roman avance ainsi, par déplacements successifs. Koweït, Liban, Paris, New York. À chaque étape, les personnages recomposent une existence. Mais quelque chose se déplace aussi en eux, plus profondément. « À la fin, on n’est plus de nulle part », observe Sébastien. Une phrase simple, presque nue, qui dit l’essentiel.
Au fil des générations, les réactions varient. Certains s’engagent, d’autres se tiennent en retrait. « Tout le monde ne réagit pas de la même façon. » Une évidence, certes, mais qui, ici, prend corps. Le roman ne tranche pas. Il montre. Il laisse apparaître des attitudes contradictoires, parfois inconfortables. Et c’est précisément ce qui le rend juste.
Au centre du récit, il y a les maisons. Celles que l’on quitte, celles que l’on habite sans vraiment s’y ancrer. « Le foyer, il n’y en a pas vraiment… enfin si, mais il est dans la tête. » Le lieu devient intérieur. Déplacé, reconstruit, fragile.
Et puis il y a le sel. Une image qui traverse le livre. « Le sel parce qu’on vient de la mer… mais aussi le sel qui blesse. » Le symbole est double, comme l’exil lui-même. Il conserve autant qu’il entaille. Il relie autant qu’il sépare.
Deux figures émergent avec force. Alia, d’abord, la fille cadette, « un peu rebelle », vive, attentive aux autres autant qu’à elle-même. Puis Salma, la mère, dont l’inquiétude ne se dissipe jamais vraiment. Une scène, en particulier, s’impose. Celle où Salma pressent l’avenir de sa fille. « Elle va découvrir toute l’histoire de sa famille… mais elle va le garder pour elle. » Un silence chargé. Une mémoire qui se transmet sans mots.
L’histoire, justement, n’est jamais frontale. Elle traverse les personnages, s’insinue dans leurs choix. « Ils subissent l’histoire. » Pas de démonstration, pas de discours appuyé. Le roman avance au plus près des ressentis.
Sébastien y voit avant tout « une lecture très humaine. » Et c’est sans doute ce qui reste. Une proximité avec les personnages, leurs doutes, leurs élans, leurs renoncements. Le livre ne cherche pas à convaincre. Il donne à éprouver.
Reste alors une question, presque suspendue. Que devient l’identité quand elle ne cesse de se déplacer ? Quand les racines se fragmentent, génération après génération ?
Dans Les Maisons de sel, l’exil n’est pas seulement un départ. C’est une transformation lente. Des liens, des souvenirs, des appartenances. Une manière, aussi, de continuer, malgré les pertes, à chercher un endroit où tenir.
Crédits photo : ActuaLitté, CC BY SA 2.0
DOSSIER – Frontières 2026 : le prix qui repense les frontières du roman contemporain
Par Inès Lefoulon
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