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Chercher l’inspiration en pleine mer

Paru en premier sur (source): journal La Presse

Le 24 mai dernier, sept artistes ont embarqué à bord du voilier Rara Avis pour vivre une résidence de création artistique hors du commun.


Publié à 1h23

Mis à jour à 8h00

Dérives d’un livre de bord : c’est le nom qui a été donné à cette résidence de sept semaines dans l’Atlantique — soit le temps de la traversée entre la côte est canadienne et la Bretagne.

Au moment où l’on a joint par vidéoconférence trois d’entre eux à Brest, à la mi-juillet, ils avaient déjà posé le pied à terre depuis cinq jours. Encore déboussolés, le sourire s’étirant jusqu’aux oreilles et trahissant la magie du périple qu’ils venaient de vivre.

« On a emmagasiné des émotions pour des années ! », s’exclame Maxime Desmeules, une jeune artiste littéraire de Québec qui fait partie du groupe, également lauréate de la mesure Première Ovation qui soutient les jeunes talents dans la région de la capitale.

« Ce voyage, c’est plus que tout ce que j’espérais. Je m’attendais à être inspirée, mais pas à ce que mon écriture change, ajoute-t-elle. D’habitude, c’est la forme brève que je préfère ; là, c’est un projet de roman qui émerge. »

Pendant 50 jours, ces artistes ont partagé le quotidien de 36 autres personnes (équipage inclus), rencontrées pour la plupart quelques jours à peine avant d’embarquer. Partis de Montréal, ils ont fait 26 heures de train jusqu’à Halifax, où était amarré le voilier, faisant le choix de voyager lentement dès le départ.

  • Les sept artistes à bord du Rara Avis. De l’avant vers l’arrière, à gauche : Maxime Desmeules Clément Le Roux, Hugo Letellier et Sabrina Francœur. À droite : Aude Fourest, Frédéric Péloquin et Audrey-Ann Allen.

    PHOTO FOURNIE PAR MAXIME DESMEULES

    Les sept artistes à bord du Rara Avis. De l’avant vers l’arrière, à gauche : Maxime Desmeules Clément Le Roux, Hugo Letellier et Sabrina Francœur. À droite : Aude Fourest, Frédéric Péloquin et Audrey-Ann Allen.

  • Frédéric Péloquin, conteur et accordéoniste

    PHOTO FOURNIE PAR MAXIME DESMEULES

    Frédéric Péloquin, conteur et accordéoniste

  • Une journée comme les autres à bord du voilier

    PHOTO FOURNIE PAR CLÉMENT LE ROUX

    Une journée comme les autres à bord du voilier

  • Moment musical entre l’accordéoniste Frédéric Péloquin et le capitaine du voilier

    PHOTO FOURNIE PAR MAXIME DESMEULES

    Moment musical entre l’accordéoniste Frédéric Péloquin et le capitaine du voilier

Forts d’une formation de deux jours sur les bases de la navigation, ils ont rapidement été plongés dans les défis de la vie à bord… avec ses hauts et ses bas. Puisqu’à part des escales à Terre-Neuve, à Saint-Pierre-et-Miquelon et aux Açores, l’essentiel de leur temps en bateau a été passé sans la moindre côte en vue.

« On a recruté des personnes qui savaient au moins que la vie n’était pas rose tout le temps sur un bateau ; qui étaient prêtes à avoir le mal de mer et à mettre la main à la pâte », précise Clément Le Roux, conteur, magicien et coordonnateur de cette première édition qui a pu voir le jour grâce à l’organisme montréalais Jeunes marins urbains, en collaboration avec l’association bretonne Les Amis de Jeudi Dimanche et l’Office franco-québécois pour la jeunesse avec son programme de financement Odyssart.

Création et vie de bateau

« Quand l’opportunité d’une résidence artistique sur un bateau s’est présentée, je n’ai même pas réfléchi une seconde », admet l’autrice de bande dessinée franco-québécoise Aude Fourest, dont le plus récent livre, Le chahut qui vient, est paru à L’Oie de Cravan tout juste avant le départ. Et ce, malgré les contraintes physiques du voyage qu’elle connaissait depuis une première expérience maritime.

« Dans d’autres types de résidences artistiques, on est finalement dans un lieu de création où on est centré sur soi-même. Nous, on a dû prendre du temps de repos obligatoire. Il n’y a pas d’autre solution, parfois, que d’être couché dans sa bannette à attendre que ça passe si on est malade. »

Entre les moments de création et les petites frayeurs – liées à quelques épisodes de mauvais temps –, il y a eu également des périodes de communion qui ont réuni tous les passagers du Rara Avis.

Le contexte du bateau amenait à créer des liens entre les artistes, mais aussi avec les autres personnes à bord, ce qui fait que ça a donné une dynamique de partage, d’échange et de créativité qui nous a surpris par son ampleur.

Clément Le Roux, conteur, magicien et coordonnateur de la résidence

La résidence semble déjà avoir porté ses fruits, d’ailleurs, puisque plusieurs artistes présenteront l’automne prochain un projet commun, né sur le voilier, lors d’une soirée à Montréal.

« Une chose à laquelle je ne m’attendais pas, intervient Maxime Desmeules, c’était que le groupe participe autant à la création. J’ai apporté mon premier manuscrit avec moi et beaucoup de voyageurs et de voyageuses l’ont lu, ce qui fait qu’après, j’avais des opportunités d’en discuter. Il y avait presque un aspect de médiation culturelle à la résidence. »

De son côté, Aude Fourest compte travailler sur un livre de chroniques courtes sur le monde maritime, en textes et dessins, inspirées de la traversée.

« C’était vraiment une première année d’expérimentation », souligne Clément Le Roux. Même si, au vu du succès de cette résidence, il espère bien voir une deuxième édition se concrétiser l’an prochain.



Consultez le site de Jeunes marins urbains pour en savoir plus sur la résidence

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