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La trentième édition du Festival international de la littérature de Montréal (FIL) se termine ce samedi avec un grand bal littéraire au Théâtre La Chapelle. Avec le festival auquel elle se voue depuis ses tout débuts, la directrice artistique Michelle Corbeil se « met au service de la littérature », année après année.
Comme la littérature est présente dans toutes les formes d’art d’une manière ou d’une autre, le FIL ébauche depuis trois décennies des structures qui mettent les mots de l’avant, tout en laissant les autres arts ressurgir.
Il y a des spectacles qui deviennent des laboratoires de création, explique la directrice artistique. On pense à La femme qui fuit ou à Je t’écris au milieu d’un bel orage, qui sont tous les deux sur la programmation 2024-2025 du TNM et dont le point de départ a été le FIL.
Les balbutiements d’une grande production peuvent ainsi jaillir sur une scène du festival et devenir autre chose ou bien rester à jamais sous cette forme d’origine. Quelques fois, la forme qui est présentée au FIL est finale. En quelque part, elle n’a pas besoin d’autre chose
, complète Michelle Corbeil.
La directrice générale et artistique du Festival international de la littérature de Montréal (FIL), Michelle Corbeil, organise son 30e festival.
Photo : Élise Jetté
La directrice se targue de ne jamais programmer de théâtre, d’art visuel, de cinéma ou de danse, mais elle admet qu’elle utilise toutes ces disciplines pour faire découvrir des textes. C’est une forme de ruse, finalement, dit-elle. C’est de dire aux gens : si vous aimez la danse, vous allez venir voir un spectacle de danse et à la sortie du spectacle, vous allez avoir découvert un texte. Il faut que chacune des manifestations du FIL donne envie de lire un livre, de découvrir une œuvre de mots.
La force des mots, placés minutieusement au centre de chaque exploration artistique, est rassembleuse. C’était le cas, cette année avec Émilie Turmel, qui n’est pas nécessairement une poète extrêmement connue, mais moi, c’est quelqu’un que j’aime beaucoup. Les gens ont écouté les actrices, qui ont un talent fou, interpréter sa poésie, et c’est évident qu’ensuite ils n’ont eu qu’une seule envie : plonger dans les recueils.
L’accessibilité à la littérature est une priorité du FIL depuis toujours et Michelle Corbeil tient à défaire tous les liens élitistes qu’on pourrait entretenir avec cet art pourtant si près de nous au quotidien.
Notre mission est de faire la promotion de la littérature, mais aussi de la lecture. Le niveau de littératie au Québec n’est pas terrible. Et on réussit à susciter l’intérêt grâce à la diversité des propositions. La lecture du livre Le violon d’Adrien, de Gary Victor, est un bon exemple. Gary Victor est l’un des auteurs les plus lus dans son pays, Haïti, parce qu’il y a dans sa plume quelque chose à la fois de fantastique et de très proche des gens. Et dès les premiers mots, tout le monde est d’accord pour dire que c’est accessible à tous.
Si la littérature occupe les scènes montréalaises durant le FIL chaque automne, les histoires continuent leur chemin durant l’année grâce au FIL en tournée. On est également producteur, donc nos spectacles voyagent
, lance Michelle Corbeil.
Je crois aussi que notre ouverture nous démarque grandement depuis nos débuts. On a construit un lien fort avec Port-au-Prince, mais aussi plus près de nous avec les Innus. Quand on parle de faire une place aux personnes autochtones, pour nous, ce n’est rien de plus que ce qu’on a toujours fait. La première fois que Joséphine Bacon a lu des textes sur scène, c’était dans un apéro politique du FIL.
Le FIL vivra-t-il encore trente ans ou plus? Est-il voué à perdre ses plumes jusqu’aux toutes dernières, comme bon nombre d’institutions culturelles en mal de financement? Tant que je vais avoir des idées et que je vais me sentir créative, je vais rester, dit Michelle Corbeil. Puis, je vais m’en aller et je ne sais pas s’il y aura quelqu’un pour prendre le relais
, ajoute celle qui, en plus d’être directrice artistique, est également directrice des communications et codirectrice générale de l’organisation.
Peu de gens accepteraient de porter ces trois chapeaux et peut-être que le FIL n’a pas besoin de demeurer ce qu’il est en ce moment pour exister encore. Quand je passerai le flambeau, j’observerai avec attention la métamorphose.
Le FIL se poursuit jusqu’à ce samedi 28 septembre. Les détails des spectacles sont disponibles en ligne (Nouvelle fenêtre).















