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Les noms des cinq finalistes du Prix de la nouvelle Radio-Canada 2026 sont dévoilés. Leurs textes ont été sélectionnés par un jury composé de l’écrivain Vincent Brault, de l’écrivaine Andrée A. Michaud ainsi que du danseur, comédien, écrivain et metteur en scène Mathieu Leroux. Chaque année, ce prix récompense des textes originaux d’autrices et d’auteurs amateurs ou professionnels. La liste préliminaire de 22 textes avait été sélectionnée par notre comité de lecture.
Les nouvelles inédites de Maxime Descoteaux, d’Hubert Jobin-Tremblay, d’Annabelle Lehouillier, de Jean-Louis Luque et de Frédéric Riopel ont été choisies parmi près de 600 textes soumis au concours cette année.
Le nom de la personne gagnante sera dévoilé le 7 mai.
Voici les noms des cinq finalistes ainsi qu’un bref portrait établi à partir de quelques questions auxquelles ils et elle ont répondu.
Les finalistes :
(Cliquez sur le titre de leur nouvelle pour la lire)
Maxime Descôteaux est finaliste du Prix de la nouvelle Radio-Canada 2026.
Photo : Maxime Descôteaux
Originaire d’un village de la Mauricie, Maxime Descôteaux a été élevé au contact de la forêt et de la rivière Saint-Maurice. J’y ai grandi au cœur d’une communauté tissée serrée, où la solidarité et la simplicité sont des valeurs naturelles.
En 2018, il a fondé le Centre de réhabilitation Cécropia de Saint-Alexis-des-Monts pour offrir une seconde chance aux animaux blessés ou orphelins.
Pour lui, l’écriture est une nécessité intérieure. Très jeune, j’ai ressenti ce besoin presque viscéral de mettre des mots sur ce que je voyais, sur ce que je ressentais.
Écrire pour survivre
Finalement, c’est lorsqu’il a dénoncé la maltraitance des animaux au Zoo de Saint-Édouard, lieu où il travaillait, que Maxime Descôteaux a décidé qu’il devait absolument écrire. Je portais des images, des scènes, des odeurs, des cris. Et je me suis rendu compte que, si je ne les écrivais pas, elles allaient m’engloutir.
L’écriture est devenue pour lui un outil de survie.
Une deuxième sélection
Il est finaliste pour une deuxième fois, après l’avoir été pour le Prix de poésie 2025 avec le texte Là où parlent les racines. Il en est surpris, et cette sélection lui a fait vivre une émotion difficile à définir.
Je n’écris pas pour les honneurs. Je n’écris pas en pensant aux jurys ou aux palmarès. J’écris parce que je n’ai pas d’autre choix. Parce que certaines histoires refusent de se taire.
L’auteur s’inspire d’abord de la vie, notamment celle des animaux, pour écrire. Le cri d’un ours orphelin à trois heures du matin. L’odeur d’une forêt humide en Mauricie. Le regard d’un animal qu’on n’a jamais appris à aimer.
Il a été marqué par l’écrivain américain Jack London. Les lanceurs d’alerte qui écrivent leurs mémoires l’inspirent aussi. D’ailleurs, il termine l’écriture de son expérience au Zoo de Saint-Édouard, dont il témoigne dans le reportage de l’émission Enquête. Le livre s’intitulera L’odeur de Rose.
Hubert Jobin-Tremblay pour Lac au Mirage
Hubert Jobin-Tremblay est finaliste du Prix de la nouvelle Radio-Canada 2026.
Photo : Jérémie Racicot-Haddad
Né dans La Petite-Patrie à Montréal, où il vit toujours, Hubert Jobin-Tremblay est titulaire d’une maîtrise en philosophie de l’Université de Montréal. Il enseigne maintenant cette discipline au Cégep du Vieux Montréal. Il est également étudiant à la maîtrise en recherche et création au Département de littérature de langue française de l’Université de Montréal.
La philosophie à la base de son écriture
Il est persuadé qu’il n’était pas destiné à écrire et que la pratique est venue au fil de son parcours universitaire en philosophie, puis de sa passion pour les films. C’est une série de petits gestes et de petits hasards
qui l’ont amené progressivement à la création littéraire.
J’ai l’impression que, pour moi, la littérature touche à la philosophie et au cinéma en même temps. C’est un espace dans lequel je me sens bien.
Son inspiration lui vient d’écritures puissantes et minimalistes. Je suis fasciné par le rythme qu’elles installent.
Il cite certaines des œuvres d’Anne Hébert, dont Les fous de Bassan. Il trouve que l’écriture de Jean-Christophe Réhel est envoûtante par son rythme. Dans Ce qu’on respire sur Tatouine, c’est un feu roulant de petites phrases qui bombardent le cœur. Ça m’inspire beaucoup.
Le défi d’exposer ses écrits
Le finaliste encourage les gens à participer aux Prix de la création, car c’est une belle manière de commencer à affronter la peur d’être vu
. Même s’il avoue qu’il est difficile pour lui d’exposer ses textes au regard d’autres personnes. J’ai la honte facile. Faire lire mes textes aux autres, c’est toujours un défi. Je sais que c’est un geste avec lequel je dois me familiariser.
Annabelle Lehouillier est finaliste du Prix de la nouvelle Radio-Canada 2026.
Photo : Annabelle Lehouillier
Originaire de Sherbrooke, Annabelle Lehouillier habite maintenant Montréal. Jusqu’ici, elle a travaillé avec joie dans le domaine de la télévision, puis du droit avec sérieux
. Cependant, elle souligne que les histoires, qu’elles soient fins clins d’œil ou fermes coups de poing, sont toujours là, aériennes, et cherchent constamment à se déposer sur son papier
. C’est pour cela qu’elle écrit. Elle explique que, depuis toujours, l’écriture la pourchasse, à tout moment et dans de multiples directions.
Une ancienne gagnante
Elle a toujours été une grande admiratrice de l’écriture de nouvelles. D’ailleurs, elle a gagné le Prix de la nouvelle Radio-Canada 2023 pour son texte Les notes de novembre. Se retrouver à nouveau parmi les finalistes la ravit. Je suis enchantée par cette belle reconnaissance. Et très heureuse de partager mon univers avec des lecteurs.
Elle entend donc continuer à écrire. D’autres nouvelles se bousculent déjà sur ma table de travail.
Parmi les œuvres d’auteurs et d’autrices qui l’inspirent, elle cite Eux, de Patrick Isabelle, et Poudreuse, de Sophie Lalonde-Roux. J’aime les textes courts et puissants, à la voix singulière.
Jean-Louis Luque est finaliste du Prix de la nouvelle Radio-Canada 2026.
Photo : Martin Beaulieu
Né à Nice, sur la Côte d’Azur française, Jean-Louis Luque a vécu dans plusieurs régions de la France et a séjourné à Londres à quelques reprises. Il a aussi fait un tour du monde. Il habite maintenant au Québec depuis plus de 22 ans.
C’est le travail de son père qui amenait la famille à déménager tous les deux ans. Durant ces huit années, il m’a souvent été difficile de lier des amitiés durables, et parfois même de socialiser.
C’est pendant cette période qu’il a lu les œuvres de Jules Verne et qu’il a été inspiré par le capitaine Nemo. Je passais mon temps à noircir des cahiers. Je n’ai jamais arrêté depuis.
La lecture et l’écriture étaient mes refuges pour distraire ma solitude, créer des mondes et une vie plus stable.
L’évolution de son écriture
Finalement, l’écriture a fait partie de sa carrière professionnelle. Ingénieur TI de formation, il a quitté ce domaine pour devenir concepteur-rédacteur publicitaire. J’y ai développé ma créativité et ma curiosité, étant aussi scénariste, journaliste, acteur et improvisateur.
Il pense que l’écriture est une musique et que les mots forment des mélodies.
Il m’arrive souvent de lire mes textes à haute voix et de les ajuster jusqu’à obtenir le son, le rythme et les accords parfaits.
Philip K. Dick, Fiodor Dostoïevski, Cormac McCarthy et Éric Vuillard sont parmi ses auteurs favoris, mais c’est la lecture de L’entraide, un facteur de l’évolution, de Pierre Kropotkine, et des théories du darwinisme social d’Herbert Spencer qui l’a conduit à s’interroger sur le sens de la vie. Il a écrit son texte finaliste comme un enfer de Dante inversé, non pas en entonnoir vers le centre de la terre, mais comme une angoissante ascension
.
À l’annonce de sa sélection, qui arrive après une troisième participation, il avoue avoir ressenti la même joie timide et enfantine qu’il éprouvait lorsqu’un de ses textes était lu devant toute la classe par son enseignant. Cette émotion est déjà à elle seule une magnifique récompense.
En ce moment, il travaille sur une série de nouvelles, tout en apportant des corrections à son premier roman.
Frédéric Riopel est finaliste du Prix de la nouvelle Radio-Canada 2026.
Photo : Auritz Iñurrieta Orbezua
Né dans une ferme, Frédéric Riopel a grandi en banlieue, où il avoue avoir eu à l’adolescence un avant-goût de la délinquance. Ses parents choisiront un retour à la ferme pour le remettre sur les rails. Pour moi, c’est le débuzz. Je commence à lever des poids pour en découdre avec l’ennui.
Finalement, il voyage au Canada, puis, après être revenu un temps au Québec, il part en Europe. Il partage maintenant sa vie entre Bilbao et Montréal, et il admet avoir une crainte irrationnelle de l’enracinement. Il possède un diplôme de l’Université du Québec à Montréal en création littéraire et en scénarisation.
L’écriture, une histoire de famille
L’auteur raconte que son amour de l’écriture est venu assez rapidement dans sa vie, notamment grâce à son père qui inventait des histoires qu’il racontait à ses enfants le soir avant de dormir en dessinant à la craie sur un tableau les personnages et les lieux de ses histoires. Il ajoute qu’il avait aussi des séances de lecture avec sa mère sur le sofa.
C’est surtout la lecture du livre Des détectives sauvages, de Roberto Bolaño, prêté par un professeur de cégep, qui l’a éveillé au voyage, mais aussi à la nécessité de nommer cette faune intérieure, le folklore grouillant et intime des gens qui [l’]entourent
.
Des inspirations diverses
Outre Roberto Bolaño, plusieurs écrivaines et écrivains ont inspiré Frédéric Riopel : Marguerite Duras, Marie Darrieussecq et Mariana Enriquez. Pour ce qui est des titres en particulier, il cite La Rayuela, de Julio Cortázar, Le désert mauve, de Nicole Brossard, Créatures du hasard, de Lula Carballo, ou encore Dévadé et Va savoir, de Réjean Ducharme. Son livre talisman est Hennissement, de Patrice Desbiens, dont il a longtemps traîné un exemplaire avant de le donner à une amie.
Lorsqu’il a appris qu’il était finaliste du Prix de la nouvelle, il était heureux et il a célébré avec des proches. Autant l’impulsion d’écrire est souvent intrinsèque, autant le besoin d’une validation extérieure est cruellement nécessaire. Apprendre une nouvelle comme ça, ça donne du jus.
Actuellement, il a plusieurs projets, notamment celui de terminer le manuscrit d’un roman, qu’il avait commencé pendant son certificat en création littéraire. Son message pour les personnes qui veulent participer aux Prix de la création : Continuez d’écrire envers et contre tout.
La liste des finalistes de langue anglaise (CBC Short Story Prize) (nouvelle fenêtre) a été dévoilée sur le site de CBC Books.
Les finalistes des dernières années
- Julie Bosman, Andrée Gendron, Paul Lachance, Marie-Noëlle Morency et Michel Trépanier étaient les finalistes du Prix de la nouvelle Radio-Canada 2025.
- Les nouvelles inédites de Lionel Berthoux, de Mathieu Blais, de Julie Bosman, de Jean Grandmont et de Jérôme Tousignant ont été choisies parmi près de 600 textes soumis au Prix de la nouvelle 2024.
- Laurent Fadanni, Jean-Michel Fortier, Chantale Gingras, Christine Gonthier et Annabelle Lehouillier étaient les finalistes du Prix de la nouvelle 2023.
- Les textes de Julie Bosman, de Daniel Chouinard, de Jean Grandmont, de Frédéric Hardel et d’Andrée-Anne Tardy étaient les finalistes du Prix de la nouvelle 2022.
- Les nouvelles d’Éléonore BH, de Julie Bouchard, de Jean Grandmont, d’Ariane Hivert et de Mokhtar Liamini étaient les finalistes du Prix de la nouvelle 2021.
Véritable tremplin pour les écrivaines et les écrivains canadiens, les Prix de la création Radio-Canada sont ouverts à toute personne qui écrit, de façon amateur ou professionnelle. Ils récompensent chaque année les meilleurs récits (histoires vécues), nouvelles et poèmes inédits soumis au concours. Pour tous les détails du concours, consultez notre page.












