Cela fait maintenant trois ans que les Spurs Nights, des soirées queers de danse en ligne, sont organisées à Montréal. Et leur popularité prend de l’ampleur : elles ont lieu chaque semaine cet été aux Jardins Gamelin. Développées par Kathleen Munroe, elles sont désormais portées par Noël Vézina depuis décembre 2023.
« Je connaissais la danse en ligne, j’en avais déjà vu ou fait dans des mariages, des cours de gym quand j’étais plus jeune, mais je n’avais jamais suivi de cours ou participé à une soirée », raconte Noël Vézina, qui évolue dans le milieu de la danse contemporaine depuis près de sept ans.
C’est un peu par hasard qu’il a participé à l’une des premières éditions de Spur Night. « Je cherchais des cours de danse, puis je suis tombé là-dessus. J’ai décidé d’y aller avec une de mes meilleures amies, juste pour voir, dit-il. Et dès la première danse, on a tout de suite accroché ! »
En tant que danseur, ce sont les chorégraphies qui lui ont plu. « J’aime apprendre un bon puzzle et pouvoir jouer dedans. C’est un cadre très unique, la danse en ligne. À la fois, on nous dit quel pas faire pour les trois ou quatre prochaines minutes, et en même temps, on a une grande liberté pour tout le reste, dit-il. L’aspect social a aussi été un élément important dans sa rencontre avec la danse en ligne. « C’est très rassembleur de décider de se décarcasser ensemble pour comprendre et apprendre quelques pas, puis partager une danse quelques minutes, poursuit-il. C’est très facile de se sentir intégré dans les Spurs Nights. »
M. Vézina devient alors « accro » à ces soirées. Cependant, peu de temps après leur lancement, elles sont interrompues, car l’instigatrice du projet, Kathleen Munroe, déménage à Toronto. « Elle a commencé à organiser des soirées Spurs là-bas. Aujourd’hui encore, elles ont lieu une fois par semaine, explique-t-il. Elle pensait pouvoir continuer à Montréal, de temps en temps, mais finalement, ça a été plus compliqué que prévu. Au bout de quelques mois, j’avais vraiment envie de danser, alors je lui ai demandé : “Est-ce que je peux porter la flamme et en organiser une à Montréal ?” »
Ainsi, depuis décembre 2023, c’est lui qui programme ces soirées. Au départ, elles ont eu lieu tous les mois, puis, petit à petit, toutes les semaines. Car l’engouement est là. Aujourd’hui, entre 70 et 100 personnes participent chaque soirée. « La danse en ligne est très accessible, beaucoup sont faciles, et tout le monde peut essayer, pense M. Vézina. Les gens y trouvent vraiment un espace de liberté et d’expression, un moment pour sentir son corps aussi et trouver mille et une façons de se sentir hot et cool. Tout le monde shine de sa propre lumière. Dans l’unité, mais pas l’uniformité. »
Aux Spurs Nights, un « calleur », le plus souvent Noël Vézina lui-même, nomme les pas à faire pour la chanson qui s’en vient. Au cours de la soirée, les participants apprennent cinq ou six danses en ligne. Par la suite, ils peuvent pratiquer librement celles qui connaissent. « S’il y a des débutants, plusieurs danseurs réguliers vont les aider, vont nommer les pas eux-mêmes. On fait attention à bien intégrer les gens, à leur apprendre s’ils ne connaissent pas encore la danse », dit M. Vézina
« Safe space »
La danse en ligne existe sûrement depuis des centaines d’années. Sa version moderne, elle, date des années 1970-1980, aux États-Unis. Il existerait plus de 200 danses en ligne. Elles se sont popularisées au Québec dans les années 1960. À leur côté, une version queer a toujours existé. « Le plus grand événement de danse en ligne queer aux États-Unis s’appelle Stud Country. C’est lui qui a inspiré Kathleen. Vu qu’on n’avait pas ça à Montréal, elle a décidé de le créer », raconte Noël Vézina.
Ainsi, Spurs Nights s’adresse aux communautés queers. « C’est ouvert aux personnes queers, à leurs amis et aux gens qui nous aiment. On a un nombre significatif de participants trans et non binaires. Spurs Nights est vraiment un safe space et c’est important de le garder ainsi, dit-il. C’est beau de prendre l’espace comme personne queer, encore plus dans la joie. »
L’an dernier, les Jardins Gamelin ont invité Noël Vézina à organiser des soirées de danse en ligne durant le mois de juin. Étant donné le grand nombre de participants, cette année, ils laissent l’espace aux Spurs Nights durant 15 semaines. « On a rassemblé plus de 350 personnes chaque soir l’an dernier, se souvient le danseur. On a aussi fait une collaboration avec le Musée d’art contemporain et bientôt avec le Musée des beaux-arts. On est aussi très heureux d’être programmé au festival Furies, à Marsoui. »
Pour célébrer son amour de la danse en ligne. Noël Vézina présentera cet automne à Tangente un solo, Cowboying. « Ça parle de mon parcours en danse en ligne et tout ce que ça m’apporte dans ma vie personnelle », dévoile-t-il. Pour l’avenir, il espère pouvoir « partager son amour de la danse avec le plus grand nombre ». « Danser, c’est important. Faire des choses ensemble, ça fait du bien. On a tous besoin de se connecter les uns aux autres, et à nous-même. La danse en ligne permet tout ça, conclut-il. Si tu es timide, mais que tu aimes danser, tu peux te cacher dans la foule. Si tu veux te faire des amis, tu peux simplement dire à quelqu’un : “J’aime tes bottes” ! »
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