C’est une des séries dramatiques les plus attendues de la saison de télé québécoise. À mi-chemin entre le film noir et la bande dessinée, inspirée du mythique Pulp Fiction, la série IXE-13 et la course à l’uranium plonge dans un épisode méconnu de l’histoire du Québec : le Montréal d’après-guerre a vu naître un des premiers épisodes de la guerre froide sur fond d’affrontements sanglants entre espions russes et québécois.
Cette série, présentée à compter de jeudi sur Club Illico, ne ressemble à aucune autre tournée au Québec. Ça fume, ça boit, ça sacre, le sang gicle et les couteaux volent bas. L’action se passe en bonne partie dans l’ambiance vaporeuse des nuits de Montréal dans les années 1940.
« Icitte, tout le monde se tire. Et c’est pas la fin du monde », résume un des personnages.
Cette réinterprétation de la comédie musicale IXE-13, réalisée en 1971 par Jacques Godbout, n’a pas grand-chose à voir avec l’originale, qui mettait en vedette Les Cyniques dans un décor en carton. L’humour absurde de 1971 laisse place à un drame historique qui déclenche quand même des rires dans l’assistance, à en juger par les réactions lors du visionnement de presse des deux premiers épisodes, mardi.
Le scénariste Gilles Desjardins (Les pays d’en haut) a puisé l’inspiration à deux sources : « Ma fascination pour la littérature populaire des années 1940 et 1950, dont IXE-13 est l’ultime représentant, et l’histoire secrète de la guerre froide à Montréal », a-t-il expliqué en marge du visionnement.
Ce maniaque d’histoire a reconstitué fidèlement la trame factuelle de la série. IXE-13, « l’as des espions canadiens », est inspiré d’un personnage réel. Montréal a été le théâtre de rivalités entre espions russes et québécois. L’empire soviétique, qui était allié aux puissances occidentales contre le régime d’Hitler durant la Seconde Guerre mondiale, devenait le nouvel ennemi : Staline cherchait à mettre la main sur de l’uranium enrichi pour se doter de la bombe atomique. Et de l’uranium, il y en a au Canada.
Une série ambitieuse
L’espion IXE-13 (sombre et tourmenté Marc-André Grondin) et ses camarades ayant combattu secrètement les nazis en Europe (Julie Le Breton, Vincent Leclerc et Hugolin Chevrette, tous en choc post-traumatique) se retrouvent malgré eux au centre d’un complot annonciateur de l’affrontement Est-Ouest ayant marqué la deuxième moitié du siècle dernier.
« On dit toujours qu’une série d’époque coûte cher à tourner, mais si on n’est pas capables de se raconter au passé, arrêtons [de faire des séries] », lance le réalisateur Yan Lanouette Turgeon. Il s’est investi corps et âme dans l’aventure IXE-13, au point de perdre sept kilos et de gagner pas mal de cheveux blancs, de son propre aveu. Mais la satisfaction du devoir accompli est incomparable.
Il est vrai qu’à un peu moins d’un million de dollars par épisode, la série rivalise avec n’importe quelle production étrangère qui jouirait d’un budget autrement plus costaud. La même série au Canada anglais aurait probablement coûté quatre fois plus cher ; aux États-Unis, entre 10 et 15 fois plus ; quant à des productions comme The Crown, elles sont appuyées par un budget 70 fois plus important que notre IXE-13 de 2024, souligne la productrice Josée Vallée, de Sphère Média.
L’équipe a fait preuve d’ingéniosité pour livrer une oeuvre de haute voltige avec un budget de petit marché comme le Québec. Les décors ont été soigneusement pensés, beaucoup de scènes extérieures ont été tournées le soir (limitant les risques d’anachronisme), les huis clos sont nombreux (et saisissants), on multiplie les gros plans, qui livrent une intensité dramatique.
Entre réalisme et bédé
Gilles Desjardins, qui a mené d’imposantes recherches dans le passé pour un documentaire sur l’espionnage au Québec, a inséré une série de faits réels dans un scénario qui relève néanmoins de la fiction. La clé d’une mallette est cachée dans la semelle d’une chaussure, un pan de mur s’ouvre — et se ferme — sur la chambre du héros, l’espionne interprétée par Julie Le Breton cache un couteau entre ses omoplates (et il atterrit à la vitesse de l’éclair dans la cuisse d’un méchant), un ancien soldat s’est recyclé dans les spectacles burlesques, un soldat canadien a vendu des secrets aux Allemands…
Marc-André Grondin a été séduit par la profondeur des personnages et par la facture visuelle de la série. « Le ton est à cheval entre le réalisme et la bédé, dit-il. On voit beaucoup ce genre de série à l’étranger, mais très peu au Québec. »
Les artisans d’IXE-13 ne s’en cachent pas : ils estiment que la série a le potentiel de faire le tour du monde. C’est pourtant une oeuvre ancrée dans l’histoire et la culture du Québec.
À voir en vidéo
[...] continuer la lecture sur Le Devoir.






