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Avec Je suis drôle, David Foenkinos signe une histoire sensible et surprenante

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Bien qu’il soit moins régulier qu’Amélie Nothomb ou Éric-Emmanuel Schmitt, David Foenkinos est souvent dans l’actualité littéraire. En ce moment, c’est pour Je suis drôle. Paru en France en avril, le roman arrive ce mercredi au Canada.

Tout le monde le lui dit! Gustave Bonsoir est un comique né. Sa famille, son entourage, sa copine du lycée… Chacun le conforte dans cette idée : il a le potentiel d’être un humoriste reconnu. Le jeune homme monte à Paris, bien décidé à se lancer. Gustave débarque ainsi sur l’une des innombrables scènes de cabaret humoristique que compte la capitale française. Mais, contrairement à ce qu’il pensait, il n’est pas drôle. Plus encore : c’est seulement lorsqu’il est engagé pour faire pleurer les gens que le jeune homme se révèle brillant.

Contrairement aux figures centrales de ses romans récents, le nouveau héros de David Foenkinos n’a pas l’âge de l’auteur. Tout au plus, il partage des traits de caractère avec ses prédécesseurs. Il a notamment un rapport complexe au bonheur et à la vie en général. L’expérience de l’existence lui semble même peu appréciable dans ce qu’elle a de quotidien. Gustave Bonsoir fuit le bonheur et fait en sorte qu’il ne le rattrape pas.

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Attention aux détails

La mort, omniprésente dans l’œuvre de David Foenkinos, est bien là. Sans être un élément central, comme dans La Vie heureuse (2024), où le personnage principal propose à ses clients de vivre leur propre enterrement, elle façonne tout de même la vie du héros.

David Foenkinos.

L’auteur français David Foenkinos.

Photo : Gallimard / Francesca Mantovani

Les premières pages du livre sont une liste des malheurs qui ont touché les grands artistes, de Picasso à Modigliani en passant par Virginia Woolf et Charlie Chaplin. Gustave Bonsoir a lui aussi été percuté par des moments douloureux, à commencer par le décès brutal de sa mère. Alors pourquoi ne serait-il pas promis à une réussite similaire à ces figures illustres?

Le jeune homme se plonge corps et âme dans son rêve. On le suit dans les méandres de ses angoisses (nombreuses) et on le voit déployer une énergie mortifère pour essayer d’y parvenir. Autrement dit, il doit trouver la bonne forme afin d’exprimer son talent, et c’est cette quête qu’illustre Je suis drôle.

La tristesse comme vocation

Au fil des pages, on retrouve aussi le sens de la formule à la fois tendre et cynique faisant le style de David Foenkinos, agrémenté de son goût du détail, qui participe à la construction d’un décor unique, caractéristique de ses romans : à la fois ancré dans le réel et complètement inattendu.

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Car si l’auteur n’a pas son pareil pour créer des situations exceptionnelles délirantes, il compose aussi brillamment des scènes du quotidien dans lesquelles il parvient à insuffler ce qu’il faut de grandiose. Une séparation, un repas de famille, le dimanche midi, une rencontre avec un employeur : ces moments, David Foenkinos les transforme en ce que chacun espère. Car qui n’a jamais rêvé qu’une situation banale puisse orienter notre vie en direction de nos rêves?

À une époque où l’injonction au bonheur est la norme portée par une multitude d’influenceurs ayant vidé la sincérité de son sens, le roman de David Foenkinos arrive comme un contrepoint honnête, un lieu où les sentiments sont respectés, un livre où la tristesse a toute la place pour se déployer en majesté.

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Je suis drôle.

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