Les chemins imparfaits
Lyne Vanier, Saint-Jean, 384 p., 28,95$
Léopoldine s’occupe de sa petite-fille Charlotte, parce que la mère de la fillette, Victoria, toxicomane, ne parvient pas à le faire. Léo a délaissé sa carrière de psy pour s’adonner à un art japonais d’emballage de cadeaux quelques jours par semaine, ce qui lui permet d’égayer le quotidien des gens. Tout en s’inquiétant pour Victoria, qui vient de fuguer du centre où elle purgeait une peine en suivant une cure, Léo essaie d’élucider qui se cache derrière l’admirateur secret qui lui dépose des livres et des fleurs chez elle. Ce roman lumineux, empreint de douceur et d’espoir, célèbre la vie, même quand elle prend des trajectoires tortueuses.
Celles qui ne savent pas mourir
Marie-Hélène Sarrasin, Tête première, 216 p., 25,95$
Ode à la nature et à sa force inénarrable, ce roman puise à même les récits du terroir, revendiquant entre autres ses influences à Maria Chapdelaine, tout en demeurant dans la modernité. Dans le village de Saint-Didace, pendant que les projets de développements du maire Roy vont bon train, Blanche, Marine, Sarah, les sœurs Daoust et la nouvelle, Anaïs, forment une cohorte hétéroclite de femmes prêtes à tout pour sauver l’essence du lieu. Mais Rose Nolet manque à l’appel. S’ensuit une recherche digne d’un polar apparaissant au milieu de manifestations surnaturelles qui donnent au livre le ton des contes fantastiques d’antan. Herbier, décoctions de plantes, cartes divinatoires et fantômes peuplent ce livre à la langue chantournée à même les jardins qu’il s’évertue à faire fleurir.
De bon droit
Chrystine Brouillet, Druide, 432 p., 28,95$
Sous de sordides violences meurtrières, Chrystine Brouillet en profite toujours pour déterrer des pans d’actualités sociales qui ramènent à notre conscience notre devoir de s’y pencher et d’y réfléchir. Cette fois-ci, la masculinité toxique, et tout ce qu’elle engendre, occupe le devant des scènes de crimes et l’enquêteuse Maud Graham, confrontée au plus atroce, ne reculera devant rien pour éclaircir ces calamités derrière lesquelles des hommes clament la légitimité de leurs actes. Un polar cruel qui n’est cependant pas sans éclaircie. En librairie le 17 juin
Nos poissons
Eric Dupont et Mathilde Cinq-Mars, Marchand de feuilles, 96 p., 35,95$
Splendide album mêlant documentaire et récit, Nos poissons s’inscrit dans la même lignée que Nos oiseaux, qui nous avait été offert en 2020 par Eric Dupont à la plume et Mathilde Cinq-Mars à l’illustration. Ce livre pour tous dresse un inventaire des différentes espèces marines habitant les cours d’eau du Québec, de la baudroie d’Amérique à la mulette perlière en frayant également du côté du hareng, du crabe des neiges, du crapet-soleil ou de la méduse à crinière de lion. Ayant grandi à Matane dans le Bas-Saint-Laurent, Dupont connaît bien le littoral et se fait plaisir autant qu’à nous en se faufilant à travers les eaux, nous entretenant d’informations fascinantes et d’anecdotes savoureuses à propos des animaux marins et de leur territoire. On flanche pour les dessins ludiques de Cinq-Mars qui ne font pas qu’agrémenter l’ouvrage, mais qui participent activement à en faire un objet dont on retourne les pages cent fois plutôt qu’une.
Territoires : Été
Fabien Cloutier et Jean-Philippe Leclerc, L’Homme, 260 p., 44,95$
Avec la collaboration de Vanessa Bell aux textes, les auteurs proposent un livre par saison pour célébrer la nature, explorer notre territoire et découvrir la pêche, la chasse et la cueillette. Ils parcourent plusieurs coins du Québec pour mettre à l’honneur des producteurs d’ici. Dans cet ouvrage-ci, on s’attarde notamment aux bières des Grands Bois à Saint-Casimir, au maïs de Neuville, aux champignons dans la Capitale-Nationale et à la pêche au bar doré en Gaspésie. De plus, des recettes valorisent les produits locaux de cette période de l’année. On attend l’automne!
Grands cœurs smattes
Michel-Olivier Gasse et Rosalie Roy-Boucher, Éditions du Quartz, 300 p., 30$
Dans ce monde où la solitude est légion, Michel-Olivier Gasse et Rosalie Roy-Boucher offrent un formidable pied de nez à ce qui nous isole. Par l’intermédiaire d’une correspondance qui s’échelonne sur six mois, il et elle escaladeront librement les sentiers de l’amitié. Témoin de ces liens qui se tissent peu à peu, la lectrice ou le lecteur est métamorphosé par l’authenticité de ces cœurs qui se révèlent, avides de liens et de franchise. Les échanges vont et viennent, s’abreuvant à la source de souvenirs vagabonds et de savoureuses anecdotes qui émeuvent et nous font fréquemment esquisser de tendres sourires. À notre tour nous prend l’envie de créer des liens, de partager des connivences, d’aller tendre la main à son prochain, de vaincre le chagrin des âmes retranchées pour furieusement s’éprendre les uns des autres.
Je n’y suis pour personne
Marcel Labine, Les Herbes rouges, 200 p., 22,95$
Alors qu’était annoncée la publication de ce recueil, nous apprenions quelques jours plus tard la mort de son auteur. Marcel Labine, grand poète québécois parmi les grands, souffle dans ce dernier livre les moments suspendus vécus avec sa conjointe, son amie, sa chérie envolée avant lui. Celui qui dès la parution en 1987 de Papiers d’épidémie, son premier livre, recevra un Prix littéraire du Gouverneur général, signe encore une fois un précieux sédiment de notre littérature en nous amenant à travers les voyages vécus avec la dulcinée, l’amour étant sans doute le plus grand de tous. Avec une sensibilité jamais résorbée, l’écrivain poursuit ici une œuvre déjà féconde qui n’hésite pas à s’immiscer dans la torpeur pour en fouiller les tréfonds, nous projetant dans une sphère poétique vibrante et magnifique.
Les ravisseuses
Charles Dionne, Le Quartanier, 464 p., 34,95$
Après avoir publié deux recueils de poésie, Charles Dionne entreprend un premier roman audacieux où l’horreur se fait la métaphore de nos fragments obscurs et tortueux. Quatre amis se retrouvent à leur camp de chasse, tous liés par un effroyable secret, la fatalité déjà infiltrée au cœur du groupe. Quand deux d’entre eux manquent à l’appel, les deux autres imaginent de terribles éventualités. Annabelle, assaillie par d’impénétrables prémonitions, est hantée d’hypothèses sordides. Mené avec une verve haletante, le récit réfléchit à la portée de nos gestes et à la possibilité ou l’improbabilité de la rédemption. Noirceur et étrangeté imprègnent ce livre qui, une fois après en avoir refermé le couvert, n’en finit plus de nous tarauder.
Marcel et Bretelle
Lili Chartrand et Clémentine Pochon, D’eux, 32 p., 20,95$
Aux confins du désert vit le chien Marcel qui porte en lui la splendeur de la mer. Au creux des eaux habite la sirène Bretelle qui, quant à elle, ne pense qu’au soleil aveuglant du désert. Au milieu, une tempête et la rencontre des deux personnages. La volonté, la persévérance et l’ambition animent les deux héros. Ce sont ces vertus qui les mèneront à tout tenter pour accéder à leurs aspirations et vivre enfin leurs desseins les plus chers. L’autrice Lili Chartrand est loin d’en être à ses premières armes en matière de littérature jeunesse. Elle cumule des dizaines de titres qui la positionnent assurément en bonne place pour enthousiasmer les enfants avec ses aventures rocambolesques et touchantes. Quant aux illustrations de Clémentine Pochon, elles incarnent à merveille une histoire qui invite à la poursuite de ses idéaux. Dès 3 ans
Toujours sur scène : Vivre avec le bégaiement
Jean-Sébastien Bérubé, La Pastèque, 168 p., 32,95$
Vibrant témoignage sur ce qu’est de vivre avec le bégaiement, la BD Toujours sur scène pose un regard lucide et juste sur la perception des personnes qui doivent composer avec le bégaiement. Jean-Sébastien Bérubé raconte, de l’enfance à aujourd’hui, son parcours chaotique, teinté d’isolement et de marginalité, de colère et de tristesse. Comment se bâtir une personnalité, un avenir, si on ne peut pas parler sans faire rire les personnes à qui on s’adresse ou leur faire perdre patience? Si l’auteur a trouvé sa voie et sa voix, c’est grâce à sa persévérance et à son éternel questionnement, convaincu qu’il y avait une solution. Son livre éclaire le sujet et offre un peu de lumière à ceux et celles qu’on entend peu, et qu’on écoute bien mal. En librairie le 5 août
L’été au ralenti
Tania Boulet, Québec Amérique, 294 p., 22,95$
Cet été-là ne se déroulera pas comme Danaé l’avait prévu parce qu’elle doit accompagner son père sur la Côte-Nord pour aider sa grand-mère. Même si elle aime passer du temps avec cette dernière, elle a l’impression qu’elle s’ennuiera loin de chez elle et de sa vie trépidante. Pourtant, elle apprend à ralentir, renoue avec ses racines et ce qui lui plaît : parties de volley-ball, emploi à la crémerie et nouvelles amitiés. Peut-être que l’amour pourrait aussi se frayer un chemin. Son séjour sera finalement inoubliable. Dès 12 ans
Les méchants meurent toujours à la fin
Hugo Meunier, Stanké, 384 p., 29,95$
Hugo Meunier réussit admirablement à composer des récits alliant gravité et dérision. Dans ce livre, l’auteur s’en donne à cœur joie et insuffle à son œuvre un puissant délire qui n’empêche cependant pas l’aisance et la limpidité des phrases. Une pandémie mondiale déclarée en à peine quarante-huit heures force Adam à se rendre à l’ambassade du Canada à Berlin afin d’être rapatrié à bon port, à Montréal, auprès de ses proches. Dans ce moment de frénésie de haute voltige, des personnages bien connus s’immiscent dans le livre, Donald Trump, Boucar Diouf, Manon Massé et Marie-Claude Barrette n’en sont que quelques exemples. Une façon d’ajouter aux divagations narratives, surtout que le fatal virus s’en prendrait aux plus méchants d’entre nous, laissant sains et saufs les plus vertueux. Un dernier sursis s’offre donc à ceux et celles qui voudraient se rattraper et entrer dans les bonnes grâces de la bactérie. Mais il reste peu de temps pour se repentir… Un solide carburant hallucinogène, que ce roman!





