Dernier tour de piste
Avec À tout prix, Marc Ménard met un point final à sa trilogie amorcée avec Un automne rouge et noir et poursuivie avec Para Bellum. L’automne 1936 avait laissé place à l’hiver. Nous sommes maintenant au printemps 1937. Toujours à Montréal. Toujours en compagnie de Stanislas, qui vit avec sa sœur et va de petit boulot en petit boulot. Surviennent la mort de son mentor et les décisions radicales de sa frangine, qui le placent face à l’incertitude. En trame de fond et en route vers l’avant-plan, la tension entre le fascisme et la gauche communiste. Un certain agent pas net de la police montée. Une erreur pas si lointaine qui revient à la surface. Mis au pied du mur, Stan a des décisions à prendre. Et, aussi, un tempérament à dompter afin de ne pas, encore une fois, faire des erreurs et commettre l’irréparable. Un roman sociopolitique et historique qui se tient seul, mais qui gagne en tension, en émotions et en signification si lu comme le dernier maillon d’une chaîne solide.
Sonia Sarfati
À tout prix
★★★ 1/2
Marc Ménard, Tête première, Montréal, 2025, 201 pages
À la Black Mirror
Pensons La matrice. Terminator. Alien: Earth. Black Mirror. Les exemples ne manquent pas. Pensons donc rapports de plus en plus complexes et intriqués (et inégaux ?) entre l’humain et la machine. Bref, pensons intelligence artificielle. Et tremblons. Peut-être. Parce que le portrait que la fiction trace de la relation en question est inquiétant. D’autant que la science-fiction invoquée se fait de plus en plus science et de moins en moins fiction. C’est le cas dans William, de Mason Coile (pseudonyme du romancier canadien Andrew Pyper, décédé en janvier). Le William en question a été fabriqué par Henry, brillant ingénieur agoraphobe au dernier degré. Il quitte à peine le grenier où il perfectionne son « robot », négligeant son épouse, Lily. Sur laquelle William se met à faire une fixation. Chapitres très courts, mélange de suspense bien mené et d’horreur assez gore, écriture qui ne vise que l’efficacité : le livre se lit d’une traite. Et cogne solide avec son… poing final.
Sonia Sarfati
William
★★★
Mason Coile, traduit par Charles Bonnot et Sigolène Vivier, Cherche midi, Paris, 2025, 249 pages
Un étrange territoire
Psychologue à Florence, Pietro Gerber se sert de l’hypnose pour traiter les enfants victimes de cauchemars dans La maison des silences. En soignant le jeune Matias, dont le sommeil est profondément perturbé, il rencontre celle qui hante les rêves de l’enfant et qu’il surnomme « la dame silencieuse ». Au fil des séances, Matias prend du mieux et Gerber trace un portrait de moins en moins flou de la femme ; il en vient même à croire qu’elle est bien réelle. Il y consacre dès lors tout son temps et plonge dans un territoire étrange où il découvre des signes de plus en plus évidents d’une sorte de débordement du surnaturel dans le réel. Ou serait-ce plutôt l’inverse ? Tout
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