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Dans la poche – Numéro 153

 

Tout lire sur: Revue Les Libraires

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À chaque édition de la revue Les libraires, nous vous proposons une sélection de livres qui se glissent facilement dans votre poche. Petit prix et petit format, certes, mais de grandes découvertes et de belles plumes!

Dans la poche – Numéro 153Frappabord
Mireille Gagné, Le Livre de Poche, 160 p., 13,95$
Après Le lièvre d’Amérique, Mireille Gagné revient avec un autre univers magnétique dans Frappabord, un roman audacieux, inventif et brillant. En 1942, un projet secret mené par les gouvernements américain, britannique et canadien et impliquant des scientifiques se déroule à Grosse-Île. Ces expériences servent à concevoir une nouvelle arme bactériologique. Des années plus tard, à Montmagny, des frappabords prolifèrent à grande vitesse pendant une canicule inégalée et semblent propager une épidémie de colère, de rage. Cet insecte vorace a aussi voix au chapitre. Toutes ces trames s’orchestrent avec brio alors que le passé entraîne des répercussions sur l’avenir, que le vivant en témoigne et que l’équilibre écologique vacille.

Ce que je sais de toi
Éric Chacour, Alto, 320 p., 19,95$
Auréolé d’un énorme succès et couronné de plusieurs prix, dont le Femina des lycéens, le prix France-Québec, le Prix des libraires de France et le Prix des cinq continents de la Francophonie, ce premier roman d’Éric Chacour chavire le cœur et résonne longtemps en nous. Dans les années 1980, au Caire, Tarek, un jeune médecin qui avait jusque-là suivi le chemin qu’on avait tracé pour lui, tombe amoureux de la mauvaise personne selon cette société qui tarde à se transformer. La haine que son destin suscite ainsi que le rejet de sa famille conservatrice le poussent à fuir. Déchiré, il s’exile à Montréal. En s’adressant à Tarek, un narrateur retrace son histoire, raconte ce qu’il sait de lui. Brodée avec sensibilité et finesse, cette œuvre envoûtante sonde l’absence, les non-dits, les rendez-vous manqués, les regrets et les secrets.

Dernier meurtre au bout du monde
Stuart Turton (trad. Cindy Colin Kapen), 10/18, 476 p., 18,95$
Au centre du monde trône l’île. Au-delà de ses frontières, il n’y a plus qu’un épais brouillard où toute vie est condamnée à disparaître. Il revient donc aux 125 habitants de ce refuge hors du temps d’écrire les prochains chapitres de l’histoire humaine. Mais ce paradis en sursis bascule rapidement dans l’horreur lorsqu’un meurtre est commis. Pire encore, le système qui protège l’île du brouillard mortel s’arrête au même moment. Dès lors, une course contre la montre s’engage : il faut trouver impérativement le coupable, car il ne reste que 107 heures avant l’extinction. Stuart Turton signe ici un roman policier postapocalyptique d’une rare audace, porté par une intrigue haletante et un grain de folie savamment dosé, captivant le lecteur jusqu’à la toute dernière page… qui s’annonce explosive!

La librairie des livres interdits
Marc Levy, Pocket, 342 p., 18,95$
À première vue, nous pourrions avoir l’impression de plonger dans une dystopie parce que nous sommes dans un univers où la vente de certains ouvrages est proscrite. Mais il n’en est rien, parce que Marc Levy s’est inspiré d’une loi existante, instaurée en 2022 dans l’État de la Floride — on trouve plus de détails à la fin du roman —, pour mettre en scène un libraire, emprisonné à cause de livres censurés. Après sa sortie de prison, cinq ans plus tard, il a un projet de vengeance contre le procureur responsable de sa condamnation. Puis, sa rencontre avec Anna, une femme dont il s’éprend, le détourne momentanément de son plan, même s’il continue d’en vouloir à celui qui l’a privé de sa liberté. Cette histoire d’amour et de résistance rend hommage à la littérature, à son pouvoir et à ses infinies possibilités.

La sainte paix
André Marois, Héliotrope, 208 p., 16,95$
Veuve et retraitée, Jacqueline chérit la paix qui règne chez elle; depuis trente ans, elle habite en toute tranquillité sur le bord de la Mastigouche. Même si Madeleine, qui vit en face, l’énerve un peu, elle s’en accommode comme toutes deux ne socialisent pas beaucoup. Mais sa quiétude est menacée quand Madeleine lui apprend qu’elle compte vendre sa maison au printemps. Jacqueline fomente alors un plan pour se débarrasser de sa voisine afin d’empêcher l’arrivée de nouveaux propriétaires, probablement rebutés si une mort violente survenait dans la demeure. Empreint d’humour noir et de mordant, ce polar singulier met en scène une meurtrière improbable et une intrigue insolite. En librairie le 18 février

Le boulanger qui fabriquait des vies heureuses
Carsten Henn (trad. Sabine Wyckaert-Fetick), Pocket, 264 p., 15,95$
Le pain, tout comme le cœur, est une matière vivante qui a besoin d’attention et de temps pour s’épanouir. Un enseignement simple que Sophie, ancienne danseuse étoile dont une chute a brisé la carrière, a depuis longtemps oublié. Le cœur en miettes, elle commence donc, un peu malgré elle, un emploi à la boulangerie du coin, sans se douter que cet endroit anodin deviendra le point de départ de sa reconstruction. Car aux côtés de son patron Giacomo, le boulanger un peu magicien à ses heures, elle apprendra non seulement à pétrir la pâte, mais aussi à rechercher activement les ingrédients qui permettent de mener une vie heureuse. Un roman d’une tendresse rare qui fait du bien à l’âme, comme seuls un croissant au beurre ou une brioche encore tiède peuvent parfois le faire.

Le livre oublié
Nick Bradley (trad. Maryline Beury), Pocket, 460 p., 18,95$
À Tokyo, Flo, une Américaine expatriée, n’est pas comblée par sa vie; elle se cherche. Un jour, dans le métro, elle trouve un manuscrit oublié par un passager. Emballée par ce livre, elle entreprend de le traduire, même si elle ne connaît pas l’auteur ni l’éditeur. Ce roman — qu’on découvre au fil de la lecture — raconte l’histoire de Kyo. Ce jeune homme déménage chez sa grand-mère acariâtre, qu’il connaît à peine. Même s’ils sont tous les deux marqués par le deuil, ils n’arrivent pas à s’ouvrir l’un à l’autre. Flo essaie de percer le mystère de cet ouvrage anonyme. Ses recherches lui redonnent l’impulsion dont elle avait besoin. Empreinte de douceur, cette œuvre sur le pouvoir de l’écriture réconforte et fait du bien.

Mouron des champs
Marie-Hélène Voyer, BQ, 220 p., 12,95$
Récompensé du Prix des libraires du Québec, ce recueil de poésie aborde notamment le deuil, la filiation, les blessures et les sacrifices des femmes. La narratrice plonge dans ses racines, dans l’héritage légué par sa famille, particulièrement sa mère. Elle donne la parole à celles qui se sont tues, emmurées dans le silence et dans les aliénations quotidiennes, vivant en retenant leur souffle, enfouissant leurs aspirations. Sensible et vulnérable, ce texte salvateur d’une grande beauté ravive la mémoire, déterre les fantômes. Une lecture qui nous touche, nous console et nous offre un refuge. En librairie le 19 février

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