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La fin d’année 2025 avait apporté une nouvelle rare en provenance de l’est de l’Europe, avec l’annonce de la libération de 123 personnes détenues en Biélorussie, dont des écrivains et des traducteurs. L’opération s’inscrivait dans le cadre de négociations menées par la dictature avec les États-Unis, autour d’un possible allègement de sanctions économiques.
Mais l’espoir a été de courte durée, le régime d’Alexandre Loukachenko n’ayant visiblement pas l’intention de prolonger outre mesure le dialogue. Le 6 février dernier, un tribunal de la ville de Homieĺ, au sud-est du pays, a classé la structure PEN Biélorussie, son site internet et ses réseaux sociaux dans la catégorie des contenus « extrémistes ».
Cette qualification limite un peu plus les moyens de l’organisation non gouvernementale de défense des écrivains, tout en menaçant directement ses soutiens. En effet, le simple fait d’avoir consulté un contenu mis en ligne par PEN Biélorussie peut désormais motiver une arrestation, voire un passage devant la justice. Rappelons que le gouvernement biélorusse avait démantelé PEN Biélorussie en août 2021.
Considérer les opposants comme des « extrémistes », un adjectif utilisé par les services secrets biélorusses (le Comité de la sécurité d’État de la République de Biélorussie, KGB), est une technique largement utilisée par son voisin russe, proche du régime de Loukachenko. En 2023, par exemple, l’auteur Boris Akounine, en exil depuis 2014, avait hérité de cette étiquette infamante.
Une répression au long cours
Après la réélection d’Alexandre Loukachenko en août 2020, une forte mobilisation citoyenne avait contesté des résultats considérés comme manipulés. Depuis, les manifestations sont réprimées et la contestation du pouvoir expose à des amendes, des interpellations, voire des condamnations. Le régime d’Alexandre Loukachenko, pour sa part, s’est considérablement rapproché de son voisin russe, y compris dans le conflit l’opposant à l’Ukraine.
Malgré la concession accordée fin 2025 avec la libération d’une centaine de prisonniers politiques, l’organisation PEN Biélorussie fait état de nouvelles restrictions de la liberté d’expression et de la liberté de publier. D’après la structure, 146 personnalités de la sphère culturelle, dont une trentaine d’auteurs, seraient emprisonnées ou sous la contrainte d’un enfermement à domicile.
Les 17 et 18 février derniers, plusieurs descentes de police ont visé des maisons d’édition, débouchant d’ailleurs sur la fermeture de l’une d’entre elles, Technalohija, fondée en 1988. Une autre structure, Gutenberg Publisher, a été qualifiée d’« extrémiste ».
Le 26 février dernier, plusieurs ouvrages ont été ajoutés à une liste des « contenus menaçant les intérêts de la République de Biélorussie » : parmi eux, La Forêt des Mânes, de Jean-Christophe Grangé, paru en 2009 chez Albin Michel, mais aussi Le Chant d’Achille, de Madeline Miller (trad. Christine Auché, Pocket) ou Libération, de Patrick Ness (trad. Bruno Krebs, Gallimard Jeunesse).
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Être interpelé en possession d’un de ces livres, ou en posséder un exemplaire chez soi, fait courir le risque d’une amende, voire d’une peine de prison pouvant atteindre une durée de 15 jours.
Dans un communiqué publié en soutien à PEN Biélorussie, PEN International condamne « la répression sans relâche de la liberté de création par les autorités et appelle au soutien inconditionnel à la culture et à la langue biélorusse, depuis l’intérieur du pays comme au-delà de ses frontières ».
Photographie : Manifestation contre le régime d’Alexandre Loukachenko, à Minsk, le 30 août 2020 (illustration, Natallia Rak, CC BY-NC 2.0)
Par Antoine Oury
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