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10 bougies pour «La doudou»

Source : Le Devoir

Elle est rose, semble exquisément duveteuse et a permis à son idéatrice de tisser, au fil d’une décennie, un lien précieux avec le jeune lectorat. Une relation nourrie de menus minois émerveillés ainsi que de témoignages vibrants livrés à chaque salon du livre, et qui se concrétise en un chiffre impressionnant : les seize ouvrages de Claudia Larochelle illustrés par la Brésilienne (ayant résidé au Québec) Maira Chiodi et mettant en scène La doudou se sont vendus cumulativement, à ce jour, à 265 000 exemplaires. Les trois titres qui ont traversé l’océan vers le public français ont, quant à eux, en deux ans, confirme Martin Balthazar, directeur principal du Groupe Ville-Marie Littérature, atteint « environ 10 000 exemplaires vendus ». Lors de la célébration du dixième anniversaire de la série, le 19 avril dernier, l’autrice dit s’être sentie « comme la Lady Gaga du livre », raconte-t-elle, ébaubie. « À la librairie Raffin [de la Plaza Saint-Hubert], il y avait une file allant jusque dehors… sous la pluie. »

Pourtant, avant de présenter son projet aux Éditions de la Bagnole, la chroniqueuse littéraire et collaboratrice au Devoir ne destinait le tout premier récit mettant en scène cette cocasse héroïne molletonnée, La doudou qui ne sentait pas bon, qu’à sa propre progéniture. Une façon de lui offrir ce qu’elle-même estime si salvateur, « la fiction », mais aussi de rendre une infime partie de ce que sa fille, puis son fils lui ont apporté. « Je suis quelqu’un d’assez sombre à la base. Disons que je suis plus lunaire que solaire. Et ma fille a injecté une envie de vivre et de la lumière dans ma vie. C’est ce qu’ils ont fait, mes enfants, c’est ce qu’ils continuent à faire et c’est ce que les enfants pour lesquels j’écris font. J’ai une espèce de fragilité, mais ils sont venus construire une forteresse autour de moi, dont j’essaie toujours d’entretenir les fondations avec de la fiction, des histoires. J’ai réalisé ça au fil du temps. »

Pour se lancer, il lui a tout de même fallu déployer un certain courage. « Évidemment, j’avais lu les meilleurs auteurs du Québec et d’ailleurs. Il ne fallait pas que je me compare. C’est toujours difficile, quand on écrit, d’être exposé au talent des autres. » La conviction d’avoir trouvé « une bonne idée » lui a insufflé l’élan nécessaire. « Ça n’avait pas été fait : ce n’était ni un personnage qui existait ni un sujet qui avait été abordé, l’objet transitionnel. Pourtant, tous les enfants du monde en ont un, dans des variations différentes. »

Or, celui-ci a la singulière particularité d’incarner les pulsions et les frayeurs des tout-petits plutôt que de représenter une figure apaisante. « Ses anxiétés, ses phobies, ce sont les miennes et celles des enfants que je vois. Elle est névrosée… c’est drôle, ça ! La peur de l’abandon, l’envie d’aimer… tous les enfants sont comme ça. Ils se reconnaissent. » S’opère ainsi un renversement de la dynamique usuelle d’une telle relation ; la petite fille, Jeanne, se trouvant à sécuriser sa doudou plutôt que l’inverse. « La vie est absurde, alors il faut que les histoires le soient un peu aussi », lance, amusée, celle qui accorde un considérable crédit à l’autodérision, que ne manque pas d’instiller son personnage chez les lecteurs.

Croire et partager sa foi

Viscéralement convaincue des bienfaits de la lecture — qui font l’objet de son documentaire Lire pour vivre et qu’elle tente d’inculquer à ses étudiants du collège John Abbott —, Claudia Larochelle entend offrir aux petits et à ceux qui les accompagnent l’une des grâces qu’elle-même y puise, soit le fait de vivre des émotions. « Il faut ressentir des choses, sinon c’est plate. La vie, il faut que ça goûte quelque chose. Je suis gourmande : j’aime manger, j’aime lire, j’aime dévorer. Je veux pleurer, je veux rire. C’est aussi ça qu’elle veut, La doudou, et c’est ça que je veux qu’il se passe à travers elle. »

Et il n’est pas impossible que la moelleuse protagoniste en vienne à semer ces émois au petit écran. La journaliste a déjà convaincu une maison de production de l’intérêt du projet. « On attend un diffuseur », souligne-t-elle avec une fébrilité où l’on sent poindre un brin d’impatience.

Mais au-delà de tout cela, ce que souhaite ardemment Claudia Larochelle, c’est d’avoir l’assurance que son existence n’aura pas été que pure vacuité. « Il faut que je sois utile. Ce n’est pas vrai que je vais être passée sur Terre comme un éclair et que je n’aurai pas été utile. Et être utile, c’est être tourné vers l’autre. Parfois, on est centré sur soi, on a une hyperconscience de soi-même et de son

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Titre: La doudou

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