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Après les recueils de nouvelles Amun et Wapke, l’auteur ilnu Michel Jean propose Mamu, qui signifie « ensemble » en innu-aimun. Un ouvrage qui montre que l’amour est de plus en plus un acte de résistance qui a le potentiel de redéfinir toutes nos relations. Les plumes de 21 auteurs autochtones s’unissent ainsi pour explorer l’amour sous toutes ses formes.
Cette prise de parole s’inscrit dans un mouvement plus large. Au Canada, le terme amour décolonial
a été mis de l’avant par l’autrice Leanne Betasamosake Simpson en 2018, puis repris par de nombreux penseurs autochtones contemporains. Marquant notre ère en promouvant notamment la guérison par l’amour, ce concept est rapidement devenu un mouvement littéraire et idéologique important.
Il ne s’agit généralement pas de l’amour à deux des comédies romantiques. On parle plutôt de l’amour de soi en premier lieu. Dans cette approche, l’amour est également indissociable du territoire. Dès les premières lignes de Mamu, le territoire devient un personnage central et il le demeurera dans la majorité des récits. Sa dépossession est omniprésente et l’on assiste au processus de guérison des cœurs brisés par le passé colonial.
Dans ce collectif, des voix autochtones de divers horizons se rencontrent et poussent le dialogue et les réflexions plus loin. Cyndy Wylde, professeure et titulaire de la Chaire de recherche sur l’autodétermination des peuples autochtones, signe un récit fictif se déroulant dans la communauté anicinape de Pikogan, en Abitibi-Témiscamingue. Son texte est empreint de compassion envers sa communauté.
Les jugements omniprésents de la société envers les Anicinapek se sont incrustés dans l’esprit du personnage qu’elle met en scène. Une pensée à la fois, celle-ci apprend à désamorcer les jugements instinctifs qui s’invitent dans son esprit pour laisser place à l’amour et à la bienveillance. L’autrice anicinape et atikamekw explore l’amour entre femmes, la solidarité et la compréhension mutuelle. Sans compétition ni jalousie, avec de la douceur et de la bienveillance, tout simplement.
De son côté, le jeune et prolifique auteur Uashteskun, Ilnu de Mashteuiatsh, aborde la confiance en soi, le sentiment de solitude à l’adolescence, l’amour entre personnes autochtones vivant en milieu urbain. Le nouveau superpouvoir du personnage principal lui permet de lire à l’intérieur des pensées des gens qui l’entourent. Un pouvoir parfois pratique, parfois envahissant.
Toute la journée, les voix intérieures de mes camarades bravent les mélodies crachées par mes écouteurs et s’infiltrent dans mon esprit. Aucune pensée ne porte sur moi. Je n’existe dans la tête de personne.
Missinaku signifie tortue
en innu-aimun. Ce mot rappelle l’importance de prendre le temps de bien faire les choses, et que la guérison et la réappropriation culturelle sont un long chemin sur lequel chacun avance à son propre rythme.
Pour sa part, Louis-Karl Picard-Sioui raconte l’histoire d’un jeune Wendat de 22 ans qui tente de traverser les questionnements existentiels en lien avec son couple en s’enracinant dans son identité. Le récit est guidé par des phrases de remerciement traditionnelles qui rendent grâce aux éléments qui permettent à la vie d’exister sur terre.
À travers ces pages, les voix de Carole Labarre, d’Isabelle Picard, de Marie-Michèle Sioui, de J.D. Kurtness, de Normand Junior Thirnish-Pilot, de Joséphine Bacon, de Diane Obomsawin, de Marie-Andrée Gill, de Marjolaine Mckenzie, de Katia Bacon, de Soleil Launière, de Michel Jean, de Shayne Michael, de Melissa Mollen Dupuis, de Janis Ottawa, de Janice Grey, de Sonia-Basile-Martel et d’Émilie Monnet s’unissent, chacune apportant une nuance singulière à cette réflexion collective sur l’amour.











