Source : Le Devoir
J’ai l’habitude de vous parler de refrains, de mouvements culturels, de poèmes. Mais il y a autre chose qui m’habite actuellement, et je prends donc le titre de cette rubrique, Style libre, au pied de la lettre, pour vous amener sur un chemin plus personnel.
Une longue route, en fait, que nous devrions parcourir socialement ensemble, parce qu’elle concerne toutes les femmes.
Direction urgence
J’ai 43 ans et j’ai récemment été envoyée d’urgence à l’hôpital pour saignements trop abondants. Une consigne de mon pharmacien, à qui je téléphonais quelques minutes plus tôt afin qu’il prépare pour moi une pilule que l’on m’avait prescrite pendant les Fêtes. « Votre corps est en chantier », m’avait dit un médecin à une clinique sans rendez-vous ; sa manière d’illustrer la périménopause. Et il m’avait préparé ce petit papier, donc, pour cette pilule que je pourrais gober en cas de besoin, lorsque je voudrais faire stopper des saignements gênants ou inconfortables.
– Pouvez-vous livrer le médicament chez moi ? demandai-je à mon pharmacien.
– Malheureusement, non, pas de livraison le dimanche.
– OK, mon amoureux passera la prendre pour moi. On dirait que je me sens trop faible pour me rendre à la pharmacie à pied ou prendre ma voiture.
– Pourriez-vous me décrire vos saignements, SVP ?
Il suffit de deux courtes réponses aux questions de mon pharmacien pour que ce dernier me dise de manière très claire que cette pilule n’était pas une solution d’urgence. Qu’il fallait me rendre à l’hôpital. Et une chance qu’il a été là, parce qu’à mon arrivée, mon taux de globules rouges était si bas qu’une hospitalisation avec transfusions de sang, puis de fer, m’était obligatoire.
Corps en chantier
Comment — moi qui pourtant lis, m’informe, écoute avec soin mes amies me parler des défis physiques et émotionnels que leur apportent leurs « nouveaux corps » et les solutions qu’elles tentent de trouver pour les aider — ai-je pu me rendre jusque-là ? Comment ça, on ne nous a jamais parlé de tout ça ? Cette question ne recèle ni victimisation ni accusation, bien au contraire. Je réalise combien j’aurais moi-même dû prendre davantage au sérieux mes observations, et ainsi être la meilleure amie que je devrais être pour moi, avant tout.
J’en prends donc la responsabilité première, mais je l’écris ici, au nom de celles qui se confient dans l’intimité : on en arrache. On fabrique des nids du mieux qu’on peut dans les recoins du labyrinthe.
Prise de poids versus perte de sang
Je me flattais le ventre doucement, les derniers mois, en me disant que j’avais été chanceuse, de 12 ans à 42 ans, d’avoir eu des règles 100 % régulières et peu exigeantes, ne m’ayant jamais fait perdre des journées de travail, par exemple. Rodée depuis l’enfance à ne pas me plaindre, mais aussi à être bien dans mon corps, j’en suis arrivée à banaliser des signaux d’alarme et une fatigue anormale.
Comble de l’absurdité : j’ai davantage tenté de savoir si, devant la peau d’orange de plus en plus prononcée de mes cuisses et de mes fesses, je faisais du lipœdème ou si ce n’était que de la cellulite plus avancée. J’ai eu ma leçon. La priorité sera le fer, la compréhension de l’intérieur et un échange plus sensible et plus collectif, je l’espère. Parce que nous sommes beaucoup à chercher des panneaux de signalisation en silence.
[...] continuer la lecture sur Le Devoir.






