À lire sur Radio-Canada Livres Lire
Dans un passé pas si lointain, il était difficile – voire impossible – de mettre la main sur des œuvres littéraires autochtones adressées aux jeunes. Aujourd’hui, elles se multiplient dans les bibliothèques et les rayons des librairies, au grand bonheur des personnes qui voient en ce style de récit une véritable occasion de créer des ponts et une ouverture sur le monde chez les nouvelles générations.
C’est cette vision qui a mené la chroniqueuse et ethnologue wendat Isabelle Picard à se lancer dans la création d’un premier livre jeunesse. D’abord sollicitée par des éditeurs afin de produire des essais, elle a finalement opté pour une œuvre dédiée aux jeunes, une voie complètement différente. Le résultat? La série Nish, dont le premier tome est paru en 2021.
Ce que je voulais faire, c’était raconter les Autochtones pas seulement dans le passé, mais aussi dans le présent. Et pour moi, c’était hyper important parce qu’à l’école, les jeunes voient beaucoup les maisons longues, les tipis, etc., mais on est tellement plus que ça!
, relate la porte-parole de Je lis autochtone! cette année.
« Nish », d’Isabelle Picard, a été publié en 2021 par les Éditions les Malins
Photo : Les Malins
Transmettre cette vision du monde à un jeune public était d’autant plus important pour Mme Picard du fait que l’enfance, la jeunesse, c’est le moment où on gobe tout, on entend tout, on écoute tout, on est sensible à tout, on se crée sa personnalité
.
L’autrice était également animée du désir de combler un vide qu’elle a vécu quand elle était jeune lectrice. Les seuls modèles qu’on avait quand moi j’étais jeune, c’était ce qu’on trouvait dans Tintin et dans Lucky Luke.
De se retrouver dans une histoire ou dans un récit, quelque part, c’est d’exister.
Je sais qu’il y a beaucoup d’auteurs autochtones qui écrivent, qui le font aussi pour ça, pour qu’on puisse se retrouver dans nos histoires qui sont particulières, qui sont parfois différentes, parfois similaires, mais qu’on puisse se reconnaître aussi puis exister, tout simplement.
Le paysage littéraire autochtone jeunesse est aujourd’hui bien loin des caricatures et des totems, tant et si bien qu’il évolue et s’appuie sur le progrès effectué collectivement grâce, entre autres, à la littérature.
Originaire de Wendake, Isabelle Picard est une ethnologue wendat aux multiples casquettes : chargée de cours, chroniqueuse, conférencière, consultante, formatrice et autrice.
Photo : Christine Bourgier
De plus en plus, on est capables d’être dans la joie en tant qu’Autochtones
, indique Isabelle Picard. La nouvelle génération de romans jeunesse autochtones ou de livres jeunesse autochtones est plus affirmée aussi. Avant, on en faisait dans les années 80-90, mais j’avais l’impression qu’on répondait peut-être plus à ce moment-là à ce que l’allochtone voulait voir
, observe l’autrice.
Tandis qu’aujourd’hui, le Québécois ou le Canadien moyen nous connaît davantage, ce qui fait qu’on est capables d’aller plus loin, puis de s’affirmer comme on est, que ce soit en adulte ou en jeunesse.
Brut et généreux
Et ces efforts portent-ils leurs fruits auprès du public cible? On le voit dans les yeux des jeunes. Ils se sont retrouvés dans l’histoire, ils me parlent des personnages avec conviction
, souligne Mme Picard en racontant ses échanges dans les écoles et les salons du livre. Ils se sont retrouvés sur le territoire, ils ne connaissaient pas ce territoire-là, ils ont appris quelque chose, ils ont vécu une aventure.
Les jeunes adeptes de littérature sont tout aussi généreux pour bombarder les auteurs de questions sur ce qui les a touchés… ou encore choqués. Par exemple, moi, dans une de mes histoires, il y a un des personnages qui a un cancer. Puis là, on me demande : « mais pourquoi tu lui as fait un cancer »?
illustre Mme Picard.
D’ailleurs, se mettre dans les chaussures d’un enfant pour bien expliquer ce genre de situations ou de notions dans un récit est l’une des plus importantes particularités – ou défi, pour certains auteurs – de l’écriture jeunesse. Il faut adapter non seulement le vocabulaire, mais il faut adapter notre pensée au fait qu’on ait 8, 9, 10 ans.
Mme Picard a rencontré ce questionnement lorsqu’elle a voulu aborder la résilience dans l’une de ses œuvres. Est-ce qu’il va savoir, mon jeune de 9 ans, ça veut dire quoi? Je ne peux pas donner une grande définition, il va s’endormir. Il faut la montrer par des dialogues, par des actions. Il faut la comprendre par les émotions.
Au-delà de cet aspect technique de l’écriture, la chose la plus importante à considérer pour se lancer dans la littérature jeunesse autochtone, c’est l’authenticité. Il faut que ça vienne de soi. C’est important, parce que c’est ça le moteur, c’est ça qui va nous motiver à écrire les 40 000 mots, ou les 200 pages, par exemple, si c’est un gros roman
, croit Mme Picard.
Sans cette impulsion créative, impossible d’être constant et discipliné dans sa démarche, l’autre grand conseil que donnerait Isabelle Picard à des auteurs qui voudraient se lancer dans la littérature jeunesse.
La littérature jeunesse, elle est extrêmement jeune. Il y a encore plein de choses à raconter pour plein de publics différents, de plein de façons différentes. Il faut croire en soi, parce qu’on est beaux, on a plein de choses à raconter, puis, vraiment, je pense que tout part de là.
Pour découvrir la littérature autochtone – jeunesse ou non –, plus d’une quarantaine de librairies réparties dans 13 régions du Québec et au Nouveau-Brunswick organisent diverses activités d’ici le 30 juin dans le cadre de Je lis autochtone!.











