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Comment les dramaturges canadiens exportent leurs œuvres au Festival d’Avignon cet été

 

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Dix productions canadiennes investissent les scènes du Festival d’Avignon cet été. De Québec à Toronto, les artistes francophones profitent de cette vitrine internationale pour diffuser leurs créations et nouer des partenariats durables au sein de la francophonie européenne.

Le festival combine en réalité deux événements parallèles : la partie officielle, très prestigieuse, surnommée le IN, et la partie grouillante, où s’empilent des compagnies volontiers patenteuses, appelée le OFF. Ce sont elles qui donnent le ton et des airs de fête à la ville, en distribuant des dépliants aux promeneurs, en jouant des extraits de leurs spectacles dans la rue et en couvrant les grilles, les portes et les moindres pieds carrés de murs de leurs affiches.

Une affiche dans une rue.

L’affiche du festival OFF d’Avignon.

Photo : Radio-Canada / Hadrien Volle

À la découverte

Car côté OFF, le festival réunit cette année 1700 compagnies, majoritairement de France, mais aussi de Belgique, de Suisse, de Chine et, bien sûr, du Canada. Le pays présente une dizaine de productions issues des conservatoires d’art dramatique de Québec et de Montréal, mais aussi du microcosme francophone torontois, dont est issue Arfina Lamy.

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La comédienne présente Petits secrets d’une fille noire. Son spectacle, d’abord créé en anglais, a été traduit en français pour l’occasion. Elle y parle de sujets récurrents sur la scène torontoise, comme la diversité et l’inclusion.

Elle a confiance dans la capacité du public français à être touché par une réalité et des thèmes et une réalité qui lui sont étrangers : En tant que femme noire, je montre des personnages que j’aurais aimé voir sur scène lorsque j’étais enfant, explique-t-elle.

Quand elle a joué ce spectacle pour la première fois, Arfina Lamy ne connaissait pas le festival d’Avignon, c’est une amie qui m’en a parlé, confie-t-elle. Après quelques recherches, la comédienne a été convaincue de s’y rendre : Voir tous ces artistes jouer chaque jour et pouvoir en faire partie, c’est magnifique, pense-t-elle.

Arfina Lamy.

Arfina Lamy a créé son spectacle à Toronto avant de venir le présenter à Avignon.

Photo : Radio-Canada / Hadrien Volle

Nico Racicot joue dans Ma vie rouge Kubrick, d’après le roman de Simon Roy.

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Le comédien connaissait le Festival, même si c’est aussi la première fois qu’il y participe.  Venir à Avignon, c’était un rêve, explique-t-il. L’idée de présenter le spectacle dans l’ancienne cité des papes a germé dès les débuts de cette création mise en scène par Éric Jean. La production a d’abord été présentée au Québec avec un certain succès.

Le comédien est sur la scène du Train Bleu chaque soir à 22 h 25. L’équipe est fière de présenter un spectacle québécois en France, en français, avec notre accent, c’est vraiment un rêve. Nico Racicot se nourrit des commentaires du public, et se réjouit que les gens soient impressionnés par la précision du spectacle.

Nico Racicot sur scène.

Nico Racicot participe pour la première fois au Festival d’Avignon.

Photo : Compagnie Les 2 Mondes

Le théâtre est-il toujours du théâtre ?

Du côté de la programmation officielle, le Festival s’est ouvert avec la dernière mise en scène de Julien Gosselin, Maldoror, d’après Roberto Bolaño et Lautréamont.

Le jeune directeur du Théâtre de l’Odéon (Paris) conduit les spectateurs dans une longue épopée (plus de 5 h 30 de représentation) où il analyse les liens entre le mal et la poésie sur fond de prose latino-américaine.

Au Festival d’Avignon, qui l’a révélé en 2014 avec son adaptation des Particules élémentaires de Michel Houellebecq, Julien Gosselin est aujourd’hui comme chez lui.

Son travail donne le ton d’une certaine esthétique européenne du théâtre. Les acteurs ont des micros, jouent dans des espaces qui sont parfois invisibles au public qui peut suivre l’histoire sur grand écran.

Dans Maldoror, le public vit une expérience immersive avec musique et invitation à venir sur scène. Le spectacle ne manque pas de faire débat : quand il y a autant de technologie, parle-t-on toujours de théâtre?

Avignon répond à cette question en programmant aussi d’autres formes.

Rebecca Chaillon, connue au Canada grâce à son passage au Festival TransAmériques en 2024, présente La Parabole du Seum. Même s’il y a aussi quelques écrans sur scène, on est davantage dans le happening où les six comédiens s’interrogent pendant 2 h 30 sur leur place dans une société qui ne veut pas de leurs corps, en associant le public à leur réflexion : eux qui sont gros, racisés ou trans évoquent ces problèmes de personnes dans la marge, très en colère contre une société qui les rejette.

Un groupe d'acteurs sur scène.

Rebecca Chaillon dirige ses acteurs dans « La parabole du Seum ».

Photo : Christophe Raynaud de Lage – Festival d’Avignon

Au milieu de ces productions réalistes (auxquelles il faut ajouter L’hors-présence de Tiphaine Raffier sur la question de la fin de vie), un spectacle de Gwenaël Morin joué dans les jardins de la Maison Jean-Vilar fait figure d’ovni. Le metteur en scène français a décidé de s’attaquer au Deuil sied à Électre d’Eugène O’Neill.

Cette trilogie, qui se passe au sortir de la guerre de Sécession, est une adaptation de L’Orestie d’Eschyle. Gwenaël Morin la place dans un décor très simple, fait de chaises en plastique et de tables pliantes, pour en faire une histoire à l’ironie assassine sur la perversité des puissants.

Point de trace d’écrans ou d’effets spéciaux, tout au plus quelques micros pour pouvoir jouer sur les distances du jardin, mais on retrouve aussi l’essentiel du théâtre dans une forme bien plus classique, à quelques dizaines de mètres à vol d’oiseau de la cour d’honneur du palais des Papes où est présenté simultanément Maldoror.

Des acteurs dans un jardin.

Habitué aux mises en scène de pièces antiques, Gwenaël Morin s’intéresse ici à une réinterprétation de « L’Orestie » d’Eschyle.

Photo : Christophe Raynaud de Lage – Festival d’Avignon

Des moyens pour représenter la francophonie canadienne

Même s’il n’apparaît que rarement dans les grosses productions, le Canada francophone a mis en place plusieurs initiatives pour se faire connaître à travers la longue histoire du festival.

Cette année, le Centre des auteurs dramatiques (CEAD), appuyé par le Conseil des arts et des lettres du Québec et par le Fonds Michel Marc Bouchard, organise plusieurs rencontres et lectures (dans le IN et le OFF) entre le 10 et le 18 juillet. Le public pourra notamment entendre J’ai pris feu une fois pis ça s’est jamais éteint de Pascale St-Onge dans les jardins du palais des Papes.

Marilyn Carnier est la directrice générale du CEAD, selon elle, venir à Avignon est capital, car nos partenaires dans la francophonie viennent de France, de Belgique ou encore de Martinique. Nous travaillons avec eux tout au long de l’année, mais Avignon est le seul moment où nous nous retrouvons tous en tant qu’institutions.

Plus encore, Marilyn Carnier assure que ce rendez-vous est essentiel pour les auteurs francophones au pays : c’est l’ensemble de l’écosystème qui se retrouve pour faire le point sur les moyens disponibles en cette période de rationalisation. Les auteurs canadiens souffrent aussi de l’isolement et du manque de contact sur le territoire français, ce que la présence du CEAD à Avignon a comme ambition de résoudre.

Pour les petites compagnies et les grandes productions, pour les institutions et les auteurs, les comédiens et les metteurs en scène, Avignon reste un carrefour où les rêves peuvent prendre corps dans la réalité.

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Dans cet article

Petits secrets d’une fille noire

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Ma vie rouge Kubrick

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Maldoror

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Particules élémentaires

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Maldoror

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La Parabole du Seum

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L’hors-présence

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Deuil sied à Électre

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L’Orestie

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Maldoror

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J’ai pris feu une fois pis ça s’est jamais éteint

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Palmarès des livres au Québec