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Des illustrateurs québécois en Italie

Source : Le Devoir

Il y a quelques jours, soit du 13 au 16 avril, se tenait en Italie le plus important rassemblement international centré sur la littérature jeunesse, la Foire du livre de Bologne. Selon les chiffres rendus disponibles par la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC), s’y trouvaient l’an dernier plus de 1500 exposants et 33 000 professionnels du milieu provenant d’une centaine de pays et de régions. À titre d’exemple, Caroline Fortin, présidente de Québec Amérique — dont 50 % du catalogue, signale-t-elle, est consacré au jeune lectorat —, avait organisé pas moins de 33 rencontres pour ces « trois jours très intenses », dans l’espoir d’établir des partenariats avec des homologues étrangers. Et il ne s’agit là que de l’une des 14 maisons d’édition québécoises ayant participé à la 63e présentation de cet événement. Or, cette année, en plus des éditeurs du Québec, un organisme estrien bien particulier a aussi posé ses cartons à la foire italienne : le centre Leporello y a exposé le travail de quatre illustrateurs précédemment accueillis en résidence.

Fondé l’an dernier à Knowlton, dans les Cantons-de-l’Est, par l’illustratrice Isabelle Arsenault (Jane, le renard et moi, Virginia Wolf, Une berceuse en chiffons. La vie tissée de Louise Bourgeois) et l’éditeur Frédéric Gauthier, cofondateur des éditions La Pastèque, cet organisme vise à faire fructifier et briller le travail des illustrateurs sous toutes ses formes. On y trouve un atelier, une galerie et une boutique, soit « un petit écosystème autour de l’illustration », tel que le portraitise sa cofondatrice.

Le centre, dont le nom réfère à un type de reliure en accordéon (ainsi qu’à un personnage de l’opéra Don Giovanni, de Mozart), accueille des illustrateurs en résidence, sélectionnés tant pour la qualité de leur travail que pour leur complémentarité. « Les artistes qu’on reçoit, explique Isabelle Arsenault, sont invités à offrir des activités au public. Si on veut une programmation diversifiée, il faut une variété d’illustrateurs, qui peuvent proposer des activités différentes et intéressantes pour plusieurs publics. »

De l’art qui rayonne

Des quatre résidents de l’été 2025, soit Aless MC, Samuel Fortin, Romane MB et Gabriel Sabourin, trois se sont envolés pour le nord de l’Italie. Vivace, album sans texte de Gabriel Sabourin, figurait d’ailleurs sur la liste Amazing Bookshelf de la Foire du livre de Bologne, qui contient « 150 livres sélectionnés parmi des milliers », comme le soutient fièrement Isabelle Arsenault. « D’avoir une petite expo là où tous les éditeurs majeurs du milieu de la littérature jeune public du monde occidental se promènent, c’est vraiment l’fun, indique Sabourin. Ça donne une énorme visibilité. » Puis, il ajoute, amusé : « Ça permet à des artistes qui n’ont pas encore eu le temps de se faire un nom… de bénéficier d’un tremplin international. C’est assez exceptionnel. » Un constat que partage Isabelle Arsenault, en ce qui concerne le centre qu’elle a cofondé : « Avant même d’être connu ici, on va l’être là-bas. »

Caroline Fortin, qui confie avoir elle-même contribué, en tant qu’heureuse Cantonnière, à la campagne de sociofinancement lancée par Arsenault et Gauthier pour la création de Leporello l’an dernier, croit au rayonnement que peut générer une présence à Bologne pour les illustrateurs québécois du kiosque de Leporello. Toutefois, selon elle, il faut voir la représentation faite dans ce type d’événements internationaux comme une stratégie de longue haleine. Car si, en ce qui concerne les partenariats entre pays, « il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus », il reste que « chaque action équivaut à une brique que l’on pose pour construire quelque chose ». « Un jour, qui sait, soumet-elle, un éditeur étranger pourrait bien acheter une série littéraire québécoise parce qu’il a vu le travail de celui ou celle qui l’illustre dans l’exposition de Leporello cette année. »

Des visions affirmées

L’éditrice a par ailleurs profité de sa présence à la foire pour participer à une table ronde portant sur l’usage éthique et responsable de l’intelligence artificielle (IA) dans le milieu de l’édition. « D’un point de vue administratif, on gère beaucoup de métadonnées et l’IA nous aide à être plus efficaces », admet-elle. Néanmoins, le principe directeur sur lequel Caroline Fortin oriente la politique de Québec Amérique reste limpide et inaltérable : « Il faut absolument protéger nos créateurs. »

De son côté, Isabelle Arsenault, qui a elle-même exposé à la Foire du livre de Bologne en 2017, a profité de son passage cette année avec Leporello pour prendre part à une discussion sur les programmes de résidence. Ayant, par le passé, été reçue par divers organismes pour des retraites artistiques, elle tenait à ce que les séjours de création qu’elle et son partenaire offriraient proposent autre chose que silence et quiétude. « Après la pandémie, et

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