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La vie après l’auto, est-ce possible? Ils y croient

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Sarah Goodyear et Doug Gordon ont beau avoir appelé leur balado The War on Cars (« La guerre à l’auto ») et publié un livre qui s’évertue à détailler comment « les autos gâchent tout », ils ne vous en voudront pas si vous conduisez votre voiture chaque jour. Ils espèrent seulement vous faire entrevoir un monde dans lequel vous ne seriez plus obligés de le faire.

De passage à Montréal à l’occasion d’une tournée médiatique, Sarah Goodyear, une journaliste qui couvre le domaine des transports pour plusieurs médias américains, dont Grist et Bloomberg CityLab, ainsi que Doug Gordon, un producteur et réalisateur qui milite pour une meilleure sécurité routière, se sont entretenus avec Radio-Canada Environnement.


Votre livre, cosigné avec le fondateur du média Streetsblog Aaron Naparstek, s’intitule Life After Cars : Freeing Ourselves from the Tyranny of the Automobile (« La vie après l’auto : Se libérer de la tyrannie de l’automobile »). Toutefois, contrairement à ce qu’on pourrait croire, vous ne plaidez pas pour un monde sans voitures. À quoi ça ressemble, « la vie après l’auto »?

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Sarah Goodyear : C’est un monde où nous avons le choix d’utiliser d’autres moyens de transport que l’automobile. Pensons-y : personne ne se souvient du monde avant la voiture. Nous devons faire appel à notre imagination pour décentrer la voiture, car nous avons tout construit autour d’elle. C’est à la fois un défi, une provocation et une invitation à imaginer un avenir différent.

Doug Gordon : C’est assez fou quand on y réfléchit. En tant qu’humains, nous avons évolué pour parcourir de très longues distances à pied. Et pourtant, l’idée de le faire est presque impossible dans la plupart des endroits : tout est conçu pour nous faire monter dans une voiture! Je vois donc ça comme la vie après cette dépendance à l’auto qu’on nous impose.

Vous écrivez ceci : « Ce n’est pas nous qui conduisons les voitures. Ce sont les voitures qui nous conduisent. Et nous nous dirigeons vers un crash existentiel. » En quoi l’automobile dicte-t-elle nos vies?

S. G. : Par où commencer [rires]? Dès notre plus jeune âge, les voitures restreignent notre liberté et notre mobilité. Les parents sont de moins en moins à l’aise de dire à leurs enfants : Allez au parc tout seuls! Rendez visite à vos amis en vélo! Et ça, c’est entre autres parce que ce n’est pas sécuritaire, vu qu’il y a énormément de voitures.

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Une fois adultes, nous dépensons énormément d’argent pour les voitures : nous les achetons, les assurons, les entretenons, les ravitaillons en carburant. Si je vais quelque part, je dois trouver une place pour la garer, parfois payer un stationnement.

Résultat : je me retrouve à constamment penser à la voiture.

Photo aérienne d'un viaduc en plein cœur de Toronto, où les voitures remplissent toutes les voies à l'heure de pointe.

Au Canada, le secteur des transports est le deuxième émetteur de gaz à effet de serre en importance. Le transport routier y contribue majoritairement.

Photo : Getty Images

Et puis, bien sûr, quand on vieillit, on n’est parfois plus capable de conduire. Si on a construit sa vie autour d’une dépendance à la voiture, ne plus l’utiliser signifie que sa qualité de vie se détériore.

D. G. : Quand on ne peut pas conduire – que ce soit à cause d’un handicap ou de l’âge, ou parce qu’on a perdu son permis ou qu’on n’en a jamais eu –, les choix et les accès sont limités. Et nous ne le nions pas! Notre position, c’est que ça ne devrait pas être le seul moyen d’accéder à la société et de devenir un citoyen à part entière.

C’est une image véhiculée dans les publicités aussi : la voiture comme moyen de s’évader, d’aller où on veut… Cependant, vous ne croyez pas que la voiture est vraiment la clé de la liberté.

D. G. : C’est une vie de servitude financière! Très peu de gens achètent une voiture comptant : ils s’endettent et ont des mensualités à payer.

Ce qu’on voit dans les publicités, on sait bien que c’est un mensonge. Avez-vous souvent vu une pub de voiture où un conducteur tente de se déplacer en ville parmi des milliers d’autres voitures dans un bouchon de circulation? En général, les rues sont mouillées et désertes, et on ne voit pratiquement aucun piéton. Ou alors on est sur une route sinueuse à la campagne, on traverse une rivière ou on grimpe une montagne.

Les compagnies doivent vendre cette illusion de liberté, car la réalité, c’est que notre quotidien dans nos véhicules ne ressemble pas à ça… et est nul en comparaison!

S. G. : Qui nous a mis dans la tête cette idée selon laquelle la liberté passe par la voiture? La publicité est largement financée par d’énormes multinationales. Et tout cela sert à soutenir des entreprises qui tirent profit de nous.

Deux véhicules roulent au pied de montagnes en Islande.

L’industrie automobile américaine dépense des milliards de dollars en publicité chaque année. Or, les auteurs de Life After Cars font remarquer que l’image qu’elle vend ne reflète pas la réalité des automobilistes.

Photo : Getty Images

D. G. : J’imagine déjà ceux qui nous lisent ou qui veulent écrire dans les commentaires : Vous exagérez! J’aime ma voiture et personne ne m’y oblige! Ce qui est bien correct!

Si vous aimez ces moments que vous passez dans votre voiture sans qui que ce soit avec vous, avec la climatisation, la radio ou votre musique, c’est très bien. Nous ne voulons pas vous en priver : notre idée, c’est de construire une société qui offre d’autres choix.

Vous remettez en cause la culture de l’automobile sans toutefois chercher à culpabiliser les conducteurs. Quelle est la meilleure façon de s’y prendre?

S. G. : Partons du principe suivant : conduire une voiture n’est pas un défaut moral. Nous sommes pris dans un système qui incite à conduire. Une fois qu’on comprend ça, on peut faire preuve de compassion. On n’est pas là pour rendre les conducteurs honteux ni pour se moquer d’eux.

Quand j’entends des gens dire : Je n’en reviens pas du prix de l’essence ou encore Mon trajet au boulot aujourd’hui a été vraiment horrible, je leur réponds : Tu as raison, c’est dommage d’être coincé dans cette situation. Ce serait bien d’avoir d’autres choix, non?

Même si vous voulez continuer à conduire, ce serait préférable pour vous que d’autres personnes aient des solutions de rechange. Ce serait préférable pour vous qu’il y ait moins de voitures sur la route. Ça réduirait les embouteillages, ce qui serait bénéfique tant pour les automobilistes que pour ceux qui ne conduisent pas.

Parmi les arguments qu’on entend souvent chez les détracteurs des projets de pistes cyclables, il y a le fait que Montréal n’est pas une ville d’Europe et qu’elle ne peut pas aspirer à la même mobilité qu’à Paris ou à Copenhague. Ça tient la route?

D. G. : On l’entend tout le temps à New York aussi! Mais rappelons-nous qu’autrefois, bon nombre de ces villes n’étaient pas telles qu’on les connaît aujourd’hui.

Dans les années 1960, Copenhague était aussi encombrée de voitures que n’importe quelle autre ville. Prenez l’exemple de la rue Strøget : ils ont commencé par piétonniser une rue avec des boutiques. Et les commerçants ont eu la même réaction qu’ici : Comment les gens vont-ils venir? Ils ne font pas leurs courses à vélo!

Ils l’ont fait. Les clients sont venus. Et ces mêmes commerçants qui s’y opposaient au départ y sont devenus favorables à long terme.

Une photo aérienne de Strøget, une rue piétonne où circulent des dizaines de personnes.

Strøget est une des plus longues rues piétonnes d’Europe. Le plus gros quartier commercial de Copenhague s’articule autour de ces artères où les voitures ne peuvent pas circuler.

Photo : Getty Images

C’est ce que vous répondez à ceux qui s’inquiètent de la disparition des places de stationnement dans les artères commerciales?

D. G. : J’aime bien dire ceci : ce ne sont pas les voitures qui font les courses, ce sont les gens. Et je pense que les commerçants en ville ont tendance à surestimer la fréquence à laquelle leurs clients arrivent en automobile.

Ce qui fausse la perception des commerçants, c’est que les clients qui se plaignent du stationnement sont ceux qui viennent… en voiture. Au fond, ils ont surtout peur du changement, ce qui est normal aussi.

À New York, on nous disait que la piétonnisation de Times Square ne marcherait jamais. Or, ça a été un énorme succès! Étude après étude, ville après ville, on démontre que ça peut être très bon pour les affaires d’adapter nos rues pour les vélos et les piétons.

Vous venez de passer plusieurs jours à Montréal à l’occasion de votre tournée. Croyez-vous qu’on puisse envisager un avenir avec moins de voitures ici?

S. G. : Je pense que Montréal est mieux que ce que les gens d’ici en disent! C’est une ville où on peut facilement se déplacer à pied et à vélo, une ville qui ne donne pas l’impression d’être complètement dominée par les voitures.

D. G. : Est-ce qu’il pourrait y avoir davantage de pistes cyclables protégées? Oui. Les rues sont très larges, ce qui laisse beaucoup de place pour des voies réservées aux transports en commun, pour de plus grands trottoirs. Il y a énormément de possibilités ici.

Comme c’est le cas dans d’autres grandes villes, c’est une question de leadership politique. Toutes les villes peuvent changer. Celles qui l’ont fait ont réussi non seulement grâce aux pressions des citoyens, mais aussi parce qu’il y a eu quelqu’un au pouvoir pour y croire.

S. G. : Lorsque les gens y réfléchissent, ils se rendent compte qu’ils ne veulent pas que leur ville soit une immense autoroute. Nous voulons une ville où l’air est plus pur, où les gens sont en meilleure santé, alors il faut promouvoir des moyens de transport actifs, sécuritaires et propres pour la planète.

Peut-être qu’en ce moment, certains ne croient pas que ce soit réaliste. C’est pour cette raison qu’il faut des dirigeants qui ont le courage de dire : Oui, c’est possible.

Certains propos ont été modifiés par souci de concision et de clarté.

Dans cet article

The War on Cars

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Grist

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Bloomberg CityLab

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Life After Cars : Freeing Ourselves from the Tyranny of the Automobile

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avant

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crash

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rires

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Life After Cars

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Certains propos ont été modifiés par souci de concision et de clarté.

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