Source : Le Devoir
À Montréal, où le bilinguisme est un trait de caractère, le monde du livre fait exception. Librairies, maisons d’édition, événements : les lieux où les deux langues se rencontrent réellement restent rares. Aujourd’hui, deuxième texte de trois : la Journée des librairies indépendantes canadiennes.
La journée Le 12 août, j’achète un livre québécois a une p’tite sœur anglo : la Canadian Independent Bookstore Day (CIBD)/Journée des librairies indépendantes canadiennes (JLIC). Ce samedi 25 avril en marquera la 13e édition, ce qui réjouit d’avance Mathieu Lauzon-Dicso, directeur de la bilingue Joie de Livres. Si cette journée est peu connue au Québec, l’an dernier, les librairies qui y participaient à travers le pays ont fait 67 % plus de ventes.
Près de 225 librairies indépendantes anglophones et bilingues du Canada seront de cette joyeuse autocélébration — dont une quinzaine du Québec.
Les lecteurs qui achèteront seront gâtés : cahier d’activité, autocollants — dont l’un dessiné par Mélanie Watt, la mère de Frisson l’Écureuil… —, accès gratuits à des audiolivres de Libro.fm, carte postale de la Ligue des poètes canadiens, etc.
La CIBD est un événement majeur du Canadian Independant Booksellers Association (CIBA), qui a profité de l’élan donné par la Independant Bookstore Day aux États-Unis, lancé en 2014 — la même année, tiens !, que notre 12 août…
La CIBA sentait « qu’il y avait une occasion de monter un événement plus fort, avec plus de retombées pour le Canada, et qui fonctionnerait pour notre marché et nos libraires », indique Kayla Calder, directrice des communications.
Cette fête de la librairie du Rest of Canada est issue de la journée Authors for Indies, lancée en 2015 par l’autrice de best-sellers historiques Janie Chang.
« Les librairies indépendantes portent les auteurs d’ici tout au long de l’année, c’était une manière pour eux de les remercier », rappelle Mme Calder. En 2018, mutation : la CIBD naît, pour que la célébration ne soit pas seulement celle des auteurs.
En 2021, 80 librairies canadiennes participaient à la journée. Elles seront samedi plus du double. Les lecteurs sont de plus en plus nombreux à marquer le coup. La participation au concours pour les amoureux du livre (Contest for Book Lovers) comptait 1800 participants en 2021, et 13 000 l’an dernier. On peut y gagner 200 $ ou 1000$ à dépenser dans sa librairie indie préférée.
La solitude protectrice
« On peut penser que c’est l’équivalent de notre 12 août, mais tout est dans les détails, qui font que les deux événements ne sont pas de la même eau », explique Julien Lefort-Favreau, professeur de littérature à l’Université Queen’s, en Ontario.
Et ces détails ? L’appel du 12 août, c’est « J’achète un livre québécois », qui mise sur « un genre de nationalisme du livre et de la littérature ».
« Par extension, c’est devenu “J’achète un livre québécois dans une librairie indépendante”, pour faire d’une pierre deux coups. » Cette évolution a eu lieu parce que l’adhésion des lecteurs aux librairies indépendantes était en partie gagnée, au Québec.
« Toute cette campagne est axée sur du marketing relationnel. Les libraires indépendants fonctionnent avec une clientèle déjà développée, qui vient demander des suggestions. »
L’Association des libraires du Québec et Leslibraires.ca ont su s’appuyer sur cette culture existante et continuer le travail de manière continue et efficace, estime le professeur.
Et le réseau des librairies indépendantes est beaucoup plus solide au Québec que dans le reste du pays, où « ça ne va vraiment pas bien ».
« Il y a eu un jeu de Pac-Man », rappelle-t-il. En 1995, SmithBooks and Coles fusionnent pour former Chapters, qui devient la plus grande chaîne de librairies au pays.
En 2001, Indigo et Chapters se fondent à leur tour en une chaîne plus imposante, qui comptait 158 franchises en 2025. Il resterait, selon le CIBA, à peu près 400 libraires indépendants dans tout le pays, dont quelque 140 au Québec.
Concentré
La concentration du marché de la librairie est plus importante dans le reste du Canada. Les parts de marché d’Indigo au pays sont estimées à 50 %, ce qui est fort probablement supérieur à la part de Renaud-Bray/Archambault au Québec, selon le spécialiste.
Celles d’Amazon sont également plus grandes pour le livre anglophone au Canada que pour le livre francophone. « Comme en audiovisuel et en d’autres domaines culturels, la mondialisation a des effets plus clairs » hors Québec. Le livre canadien lutte contre le livre américain, « godzillaesque » en comparaison.
Et c’est dans ce contexte ardu que débarque Booksellers.ca, la version anglaise de Leslibraires.ca, made in Québec, qui a ouvert ses bras depuis quelques semaines aux librairies anglophones et des autres provinces, pour offrir une option aux achats Amazon, plus éthique, plus locale.
« La vague actuelle de patriotisme canadien est un facteur dont pourrait bénéficier la nouvelle plateforme », croit M. Lefort-Favreau.
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