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Les hauts et les bas du vélo dans la métropole

Source : Le Devoir

Le vélo, à Montréal, c’est plus de 150 ans d’une histoire tortueuse. Tantôt convoitée, tantôt honnie, la petite reine a contribué à faire émerger une culture cycliste qui précède largement celle de l’automobile.

Dans son nouvel essai, l’auteur et journaliste en économie Simon Lord raconte tout le chemin parcouru, du premier vélocipède au Réseau express vélo (REV).

« Montréal, c’est la meilleure ville cyclable en Amérique du Nord, et on devrait en être fiers, affirme sans détour Simon Lord. On devrait essayer d’en tirer parti plutôt que d’essayer de s’en cacher. »

Il lance au passage une pique à la nouvelle mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, qui a récemment publié un message sur les réseaux sociaux à propos des championnats du monde de cyclisme qui se tiendront dans la métropole en septembre… sans mentionner le mot vélo. Un faux pas qui a fait grand bruit dans la communauté cycliste.

Sans vouloir prêter d’intentions à la mairie, il soulève tout de même des doutes quant à son désir de promouvoir le transport sur deux roues. Certaines décisions de l’Hôtel de Ville, dont une diminution du budget de Bixi, en ont d’ailleurs fait sourciller plusieurs.

« Le vélo est un gros succès à Montréal, on a travaillé fort et on devrait célébrer ça », soutient-il en entrevue. L’essai Petite histoire du vélo à Montréal, c’est en quelque sorte la contribution de Simon Lord à cette célébration.

Vélocipède et grand bi, les débuts de la fièvre

Pour comprendre d’où vient le vélo, rendons-nous d’abord à Paris, en 1861. C’est en ajoutant un pédalier à la roue avant d’une draisienne (un vélo sans pédale, aujourd’hui surtout utilisé par les enfants) que Pierre et Ernest Michaux vont créer le vélocipède, qui suscitera la curiosité.

La première apparition publique du vélocipède dans la province se fera à Québec, en 1868. Les Montréalais devront attendre un an pour observer ce curieux engin. La folie est telle qu’on parle alors de « vélocipédomanie ». S’ensuivra l’arrivée du grand bi dans la métropole en 1874 — un vélo avec une immense roue avant et une petite roue arrière.

À l’époque, les montures coûtent l’équivalent de plusieurs mois de salaire pour le travailleur moyen. Il s’agit avant tout d’un passe-temps pour gens fortunés.

L’intérêt s’estompera quelque peu, mais l’invention du « bicycle de sécurité » donnera un nouveau souffle au sport cycliste. L’objet ressemble beaucoup aux vélos d’aujourd’hui, avec un pédalier plus près du sol. Sa popularité est indéniable : « En 1896, Montréal est définitivement réinfecté par la fièvre du vélo, écrit Simon Lord. Cette fois-ci, la maladie n’est plus la vélocipédomanie. On parle plutôt de bicycle craze. »

Des hauts et des bas

L’engouement sera toutefois de courte durée. Bien que le moyen de transport se démocratise, un événement viendra marquer une rupture dans l’histoire du vélo à Montréal.

C’est en 1899 que la première voiture fera son apparition dans les rues de la ville. « À partir de 1900, l’élite qui avait fait du vélo un symbole de statut social et de modernité s’en désintéresse complètement », note l’auteur. Auparavant, les cyclistes pouvaient naviguer dans l’espace public en relative quiétude. Leurs principaux obstacles étaient les calèches, le crottin de cheval et les piétons. Mais, en quelques années à peine, l’adoption de l’automobile et le développement du tramway auront pour effet de transformer la ville en parcours du combattant.

L’essai est ponctué d’extraits de journaux — dont quelques perles — qui témoignent de la tension entre vélo et auto au fil du temps. « [Les bicyclettes] gênent la circulation, violent impunément tous les règlements, mettent leur propre vie et celle des autres en danger. Il est plus que temps d’établir un moyen de contrôle et d’empêcher leurs abus », écrivait par exemple le journaliste Jean-Louis Dussault dans les pages du Devoir en 1920.

Pendant que la voiture s’impose, le vélo n’est pas complètement délaissé pour autant. Il va demeurer populaire chez les enfants, sera utilisé par des livreurs et jouera un rôle d’émancipation chez les femmes, raconte Simon Lord. Néanmoins, la monture perdra de son lustre auprès de l’opinion publique au sens large.

Les années 1950 à 1970 vont constituer une période sombre pour le vélo à Montréal. Des autoroutes seront construites, des boulevards élargis, des quartiers rasés. Le tissu urbain est complètement reconfiguré à l’avantage des automobiles.

L’ère du REV

Malgré tous ces hauts et ces bas, « le vélo a survécu à la voiture », constate Simon Lord. À partir des années 1970, le travail de militants, comme Robert Silverman et Claire Morissette, contribuera au développement du réseau cyclable montréalais.

La première piste cyclable a fait son apparition en ville en 1977, aux abords du canal de Lachine. Elle a

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