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Mikhaïl Ahooja : La patience des sommets

Tout lire sur: Véronique Cloutier Livres

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Une étape à la fois

On sent bien que Mikhaïl pratique l’introspection et observe d’un œil critique la société dans laquelle nous vivons. Sa ferveur pour le cinéma lui fournit même un outil précieux en ce sens: les documentaires historiques. «Ça me permet d’essayer de comprendre ce qui se passe aujourd’hui, tout en ayant un pas de recul et en n’étant pas constamment extrêmement en colère. Parce qu’il y a tellement de raisons de s’indigner. Juste cette semaine, il y en a mille !» 

Et pour ne pas sombrer dans le pessimisme, il s’efforce de pratiquer l’art de la gratitude, une démarche qu’il faut toutefois se donner la peine de cultiver. «J’ai de mauvaises journées, de mauvais mois, j’ai même de moins bonnes années; et parfois, je suis déprimé. Il faut que je me ramène, que je me dise que ma fille et moi sommes en santé, que je fais un métier que j’aime, que j’ai des amis, de la famille. Il m’arrive même d’aller jouer au hockey le mardi midi, pendant que d’autres travaillent. Et je réussis à payer mon loyer !» 

La paternité et les années qui passent lui ont permis de recalibrer ses priorités et l’ont éloigné des comparaisons malsaines et de l’envie. Il accueillerait certainement une carrière internationale avec enthousiasme, mais il n’attend pas un tel accomplissement pour être heureux. Il laisse mijoter ces ambitions à feu doux. «Quand je brûle les étapes, on dirait que ça ne marche pas pour moi. Ça m’a pris, quoi, 20 ans avant d’obtenir un premier rôle au théâtre ? lance-t-il, amusé. J’ai compris que mon rythme, c’est lentement mais sûrement. Ça me prend du temps pour me sentir bien quelque part. Là, je commence à me sentir bien dans mon métier et je peux m’y déployer. Je pense que c’est pour ça que les choses se mettent en place.» 

En fait, il embrasserait avec allégresse l’idée d’avancer en âge, avec la confiance, la sérénité et la connaissance de soi accrues que cela suppose, si le fait de vieillir ne le rapprochait pas de l’inéluctable rencontre avec la Grande Faucheuse. «La mort m’obsède», admet Mikhaïl, qui n’avait que 24 ans quand son père s’est éteint. Ce qui l’a frappé le plus, c’est la violence de l’absence. «Ce n’est pas comme dans les films. Il n’y a eu ni magie ni fantôme. Je rêve parfois à mon père, mais à part ça, c’est fini. Je ne perçois pas de signes de lui. […] Ça peut nous faire du bien de penser que nos êtres chers, décédés, nous aident. Et peut-être qu’il m’a aidé et que je ne m’en suis pas rendu compte…» Ce grand vide, il redoute de l’imposer à sa fille avant qu’elle soit en âge d’être autonome et outillée pour encaisser la perte de repères qui accompagnent le trépas d’un parent. «Ça, ça me fait vraiment peur.» 

Le moins qu’on puisse dire, c’est que Mikhaïl est un interlocuteur généreux. Loin de se braquer devant les sujets denses ou même délicats, il les accueille avec intérêt, il réfléchit, discute. Sans jamais cesser d’être à l’écoute. En tournée, il insiste d’ailleurs pour tout savoir de ce que vivent ses partenaires de scène. Il s’enquiert de la blessure de la mère de l’un, du rendez-vous chez le dentiste du petit de l’autre. Une personnalité chaleureuse et un esprit sagace constituent certainement des atouts qui s’ajoutent au talent lorsqu’on entend construire une carrière durable en tant que comédien. Mikhaïl a indéniablement tout cela dans son attirail, et sans doute bien plus encore. 

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