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«Réponse du silence»: montagnes intérieures

 

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Si prendre d’assaut les montagnes pendant les vacances et les chaudes journées d’été ne fait vraiment partie ni de nos traditions ni de nos options, elles ont malgré tout la possibilité de nous faire rêver.

Parmi les montagnards, les alpinistes forment une petite élite de trompe-la-mort pour qui s’élever, mettre sa vie en jeu, poser des questions au ciel et aux gouffres relève de la nécessité. Et si l’on trouve presque tout ce que l’on recherche en montagne, il est vrai qu’on y trouve surtout ce qu’on y apporte. Le silence comme le fracas.

C’est l’écrivain italien Erri de Luca (Tu, mio, Le contraire de un), lui-même grimpeur aguerri, qui le dit dans sa préface de la longue nouvelle de Max Frisch Réponse du silence : « L’alpinisme est un jeu de hasard, avec des risques volontairement assumés, pour les multiples raisons qui circulent dans l’obscurité du sang et auxquelles on fournit des explications artificielles. »

Écrit en 1937, alors que l’écrivain et architecte suisse alémanique Max Frisch (1911-1991) avait 25 ans, Réponse du silence possède une incroyable maturité. Rien d’étonnant à ce qu’on le considère comme l’un des écrivains les plus importants de la littérature de langue allemande de l’après-guerre — il a aussi un temps partagé la vie de la poète autrichienne Ingeborg Bachmann.

« Pourquoi vit-on ? » Lancez la question aux montagnes et, à coup sûr, c’est le silence qui vous répondra. Mais dans ce silence, les grimpeurs, les ambitieux et les désespérés comprendront qu’il leur faut atteindre le sommet.

« Seulement une existence »

Le protagoniste sans nom de Réponse du silence est professeur et il aura bientôt 30 ans. Ce qu’on appelle la vie ordinaire, se marier, avoir des enfants, des responsabilités, s’engager sur des rails jusqu’à sa mort, il n’en veut pas. En tout cas, pas avant d’avoir essayé de réaliser ses rêves, d’avoir tenté quelque chose d’extraordinaire, d’être allé au bout de lui-même. Autrement, croit-il, ce ne serait pas une vie, « seulement une existence ». À ce chapitre, c’est un sommet qui l’obsède. « Est-ce cela qu’elle appelle vivre, demande-t-il, quand on regarde pousser sa barbe et ses ongles ? »

« Parfois il se dit que la vie doit être quelque chose de plus vaste, indiciblement plus vaste que ce qu’il en connaît. Voilà l’espoir qui nous maintient en vie : que peut-être on ne connaît pas la vie, seulement son nom. » Son projet pour vivre vraiment : faire l’ascension de ce sommet par sa crête nord, encore jamais vaincue. « Il est bon que personne ne sache ce qu’il a en tête ; on lui dirait que c’est de la folie, ou du suicide, et on ne lui apprendrait rien qu’il ne sache déjà. » Pour l’homme, il s’agit par conséquent d’une sorte de quitte ou double. « Une fois au moins il doit oser, agir ou mourir, car la vie comme elle s’annonce, la vie d’un homme moyen, il n’en veut pas, voilà ce qu’il s’est juré, jamais il ne la supporterait — jamais, au grand jamais ! »

Dans l’auberge de montagne d’où il espère s’élancer, il fera la rencontre d’une jeune femme, Irène, qui y séjourne en vacances et qui, contrairement à lui, « n’est pas un être qui aime se faire des pensées ». Cette rencontre décisive, bien qu’il soit attendu quelque part dans la vallée par sa fiancée, avec laquelle il doit se marier dans 10 jours, le galvanise dans sa décision d’affronter ses ambitions comme ses peurs.

Aussi grave que spirituel, récit posé d’un combat intérieur à finir, Réponse du silence est étincelant comme un morceau de cristal.

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Titre: Réponse du silence

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