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Le grand retour
S’il n’a pas (encore) revêtu la toge à l’écran, il renfile toutefois l’uniforme du policier David Bouchard, un des personnages principaux de Bon Cop, Bad Cop. Vingt ans après avoir marqué l’imaginaire collectif, la franchise revient sous forme de télésérie, un pari aussi excitant que périlleux pour son créateur. «Je veux tellement que le monde trippe !» lance Patrick, bien conscient de l’attachement du public à cet univers né en 2006.
Pour réussir un retour marquant, il fallait impérativement respecter la mythologie tout en la propulsant ailleurs. «Ce n’est pas évident de prendre un univers qui existe dans la mémoire des gens, de trouver le juste équilibre entre ce qu’ils ont aimé et l’évolution nécessaire du projet.»
Après avoir exploré la dynamique franco-anglo dans les deux longs métrages, Patrick trouvait essentiel d’élargir la conversation. L’idée d’intégrer un personnage autochtone s’est alors imposée, nourrie par une prise de conscience personnelle. L’acteur se souvient d’une discussion au bord d’une rivière avec son ami, le rappeur et militant mi’gmaq Quentin Condo, avec qui il a énormément appris sur les enjeux autochtones. «Quentin m’a expliqué beaucoup de choses sur les pensionnats, par exemple. J’étais sidéré de ne pas savoir tout ça.» Ces riches échanges lui ont alors fait comprendre que, bien qu’il croyait avoir réalisé des films «canadiens», il n’avait pas pensé à y inclure des personnages autochtones.
Quand est venu le temps de produire la série, il fallait donc remédier à la situation. «Je me sentais prêt. Pas prêt à le faire parfaitement, mais à le faire sincèrement», précise-il. En outre, il est heureux de pouvoir compter sur son ami Quentin, devenu membre de l’équipe de scénarisation, pour l’aiguiller.
L’arrivée de Joe Broom, un policier mi’gmaq interprété par Joshua Odjick, ouvre ainsi la porte à une autre réalité, celle de la communauté de Gesgapegiag en Gaspésie, où l’équipe a d’ailleurs tourné. Sans volonté moralisatrice, l’objectif est de montrer «le côté lumineux» d’une culture encore trop méconnue du public allochtone.
Patrick considère par ailleurs que l’humour agit ici comme un catalyseur redoutablement efficace, permettant d’aborder des sujets délicats sans lourdeur. «Je veux confronter notre imaginaire à la réalité», explique celui qui assume ses propres angles morts à travers le personnage de David, qu’il décrit comme «toujours aussi attachant, maladroit mais plein de bonne foi».
Fidèle à l’esprit de départ, la série se veut profondément humaine et rassembleuse. «Dans la vie, on peut se crier des noms, mais pognés ensemble dans un ascenseur, on cherche ce qu’on a en commun pour s’en sortir», illustre Patrick. Voilà une métaphore à l’image de l’essence du projet. Pour l’acteur, l’être humain peut bâtir des relations avec n’importe quel autre s’il réussit à miser sur les points communs plutôt que sur les différences.






