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Maman est partie travailler | Les femmes peuvent-elles tout avoir ?

Paru en premier sur (source): journal La Presse

Deux semaines après avoir donné naissance à sa fille, Fanny Rainville était de retour en studio de doublage. Alors que son poupon n’avait que 4 mois, elle remontait sur les planches. « J’avais une image idéalisée que j’allais pouvoir tout faire », admet la comédienne. La fatigue l’a rattrapée.


Publié à 8 h 00

Cette période, vécue il y a 13 ans, a nourri chez elle une grande réflexion sur la conciliation travail-famille. « Est-ce que nous, les femmes, pouvons tout avoir : la carrière ET la maternité ? Si oui… à quel prix ? », demande-t-elle dans le livre Maman est partie travailler, paru la semaine dernière.

Pour cet ouvrage, Fanny Rainville a fait équipe avec sa cousine, la psychologue Marie-Laurence Génier.

Le duo a rencontré 22 femmes, parmi lesquelles plusieurs personnalités publiques, dont Kim Thúy, Bianca Gervais, Chloé Robichaud et Marwah Rizqy.

« On voulait vraiment une variété de femmes, d’expériences, d’âges, de cultures, de familles différentes », explique la comédienne, scénariste et autrice, à qui l’on doit notamment le roman Les insoumises.

Parmi celles qui témoignent, certaines ont choisi de prendre une pause après l’arrivée de leur enfant, d’autres non. « Chez les femmes qui ont arrêté, on remarque, quand on creuse, que ça a eu des impacts importants sur leur carrière. À l’inverse, quand on regarde les femmes qui ont décidé de continuer, on observe une fatigue qu’elles traînent à travers les années », note Marie-Laurence Génier, qui a accouché de sa première fille en mars dernier, deux jours après avoir remis le manuscrit de Maman est partie travailler.

Obstacles

La fatigue, le déséquilibre hormonal et la culpabilité maternelle sont quelques-uns des obstacles à la conciliation travail-famille identifiés par les femmes rencontrées. « Peu importe ce que tu fais, tu ne gagnes jamais : tu travailles, tu as le mom guilt. Tu es avec ton enfant, tu te dis que tu manques quelque chose au travail », résume dans son témoignage, au sujet de ce dernier point, Mel Charlot, chorégraphe et juge à l’émission Révolution.

Sans surprise, la charge mentale est aussi un enjeu que l’on retrouve dans la plupart des récits.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

La comédienne et autrice Fanny Rainville

Il n’y a pas une femme qui a dit que son chum ne fait rien […], mais des inégalités ressortaient.

Fanny Rainville, comédienne et autrice

En plus des témoignages, le livre aborde différentes notions, dont l’une que Marie-Laurence Génier trouve particulièrement intéressante : la mommy track. « C’est un concept qui est de plus en plus étudié dans la littérature et qui démontre à quel point, quand une femme a un enfant, ça a un impact au niveau des opportunités de carrière, du salaire, des horaires… »

« Des fois, je me demande si j’aurais la même carrière si j’étais un homme », dit d’ailleurs l’animatrice Geneviève Pettersen dans l’ouvrage.

Pistes de solution

À travers les témoignages du livre, on constate que la conciliation travail-famille représente tout un défi pour les mères. Quelles sont les pistes de solution à explorer ?

« Il n’y a pas une solution unique pour toutes les femmes. Je pense que la première piste, c’est d’être à l’écoute des besoins de chacune », répond Marie-Laurence Génier, en notant que ces besoins peuvent évoluer dans le temps.

Selon elle, de nombreuses mesures peuvent être mises en place, comme les horaires flexibles, le télétravail ou les congés parentaux bonifiés par l’employeur – toutes des mesures pouvant bénéficier aux pères également.

Selon leurs observations, est-ce que les femmes osent demander des accommodements ? « Ça varie beaucoup. Bianca Gervais, dans le livre, dit : “Travaille comme si tu n’avais pas d’enfants, aie des enfants comme si tu ne travaillais pas et, idéalement, aie un corps comme si tu n’avais pas eu d’enfants.” Je trouve qu’on est encore beaucoup là-dedans », se désole Marie-Laurence Génier.

Pour les femmes… et les hommes

Si elles ont fait le choix de ne donner la parole qu’à des femmes dans leur ouvrage, les deux autrices croient tout de même que les pères gagneraient à le lire. « Ça va pouvoir susciter de belles discussions au sein des couples », croit Fanny Rainville.

En terminant, quelle conclusion tirent-elles de leurs 22 rencontres ? « À la grande question “est-ce que les femmes peuvent tout avoir et, si oui, à quel prix ?”, on se rend compte que c’est peut-être [possible], mais on doit être prêtes à faire certains sacrifices », résume Marie-Laurence Génier.

Aperçu en trois extraits

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, ARCHIVES LA PRESSE

Bianca Gervais et son conjoint, Sébastien Diaz

« Au premier enfant, on a un désir d’exceller. De se mettre des étoiles dans notre cahier. Le good enough mom est un concept super intéressant, mais moi, je l’ai toujours refusé. Je voulais être une superstar mom. Si c’était à recommencer, je me donnerais un break. »

Bianca Gervais, actrice

PHOTO JOSIE DESMARAIS, ARCHIVES LA PRESSE

Marwah Rizqy

« Une chose qui me fâche, c’est l’appauvrissement des femmes pendant leur congé de maternité. Plusieurs de mes amies avocates […] ont vu leur poste être coupé à leur retour. Ces femmes ne portent pas plainte, parce que, sinon, qui va les engager dans les grands bureaux après ça ? Personne. »

Marwah Rizqy, députée

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, ARCHIVES LA PRESSE

Marie-Claude Barrette

« Je trouve que les mamans doivent délester, on ne peut pas tout faire ! On se compare aux autres, certaines osent même porter des jugements ! Est-ce qu’on peut se sacrer la paix, les filles ? On rushe toutes ! »

Marie-Claude Barrette, animatrice

Maman est partie travailler

Maman est partie travailler

Fanny Rainville et Marie-Laurence Génier

Éditions Trécarré

224 pages

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Titre: Maman est partie travailler

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