L’époque abuse des adaptations et des transpositions. En tout cas, certaines œuvres ne semblent plus pouvoir se contenter d’un succès sur leur plateforme originale : il leur faut vite se décliner médiatiquement, rendement oblige. Que votre joie demeure de Kev Lambert a été publié fin 2022 et adapté cette saison au théâtre du Nouveau Monde. À quand l’opéra rock ?
Le mage du Kremlin de l’Italo-Suisse Giuliano da Empoli multiplie les déclinaisons. Le roman publié en 2022 a connu un succès fulgurant avec un demi-million d’exemplaires écoulés en France. Il a été adapté à La Scala Paris dès septembre 2024 et il arrive maintenant en bédé et au cinéma sous la direction d’Olivier Assayas.
Le mage en question est Vadim Baranov, inspiré du vrai Vladislav Sourkov, éminence grise de Vladimir Poutine qui, par sa maîtrise des moyens modernes de propagande, a effectivement largement contribué à installer le nouveau dictateur. Ce Baranov fait le récit de sa vie à un universitaire américain venu à Moscou se renseigner sur Evgueni Zamiatine (1884-1937), écrivain russe (puis soviétique) mort en exil à Paris, auteur de Nous autres, roman dystopique de 1920 qui a inspiré Le meilleur des mondes et 1984.
La période couverte par le film va de la chute de l’URSS à l’invasion de l’Ukraine. La démonstration fait alterner la rencontre de l’Américain et du Russe dans sa datcha, des scènes fictives et des extraits d’archives d’actualité sur la démission du président Boris Eltsine, un dîner royal en Grande-Bretagne ou la tragédie du sous-marin K-141 Koursk. Cette mécanique expressive jouant de l’ambiguïté entre le réel et la fiction force à se questionner sur l’intention de l’œuvre, qui propose en même temps une fable sur le pouvoir et une image de la Russie contemporaine.
Paul Dano incarne le « politteknologue » Vadim Baranov. Sa bouille un brin est-européenne le rend crédible, au moins par l’image. Pour le reste, il campe un personnage en décalage serein par rapport à ses exactions morales. Jude Law joue le clone de Vladimir Poutine, avec une troublante ressemblance, sauf peut-être pour la dureté hautaine.
La Suédoise Alicia Vikander devient Ksenia, maîtresse de Baranov, puis de l’oligarque Dimitri
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