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Pascale Montpetit : La vie comme au théâtre

 

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Pour Pascale Montpetit, que l’on soit sur scène ou en train d’endosser sa propre existence, c’est du pareil au même. On se vautre dans le drame, on rit pour ne pas pleurer, on aime, fabule, s’entiche d’extravagantes lubies, on s’élève et l’on s’épanche, on rit encore, cette fois-ci de bon cœur, et l’on émerge des pires tragédies. Avec une écriture alerte et un don certain pour garder les lectrices et les lecteurs sur le fil des mots, elle livre dans Le bézoard (Québec Amérique) des portions de son histoire personnelle (inceste du père, désamour de la mère, cancer de la thyroïde, troubles alimentaires) pour apparaître, embrassant d’un pas de recul les écueils et les virevoltes, libre d’elle-même. Ce livre est à la fois un immense pied de nez aux vicissitudes qui voudraient nous tétaniser, en même temps qu’il représente un exercice d’affranchissement avec au bout une insatiable envie de voler.

On vous connaît comme actrice, mais maintenant on rencontre une écrivaine. Pas seulement parce que vous avez publié un premier livre, mais parce que celui-ci est admirablement écrit. Pourquoi ne pas être arrivée à l’écriture plus tôt?
Mathieu Bélisle m’avait proposé d’écrire sur Serge Bouchard, dans un numéro de la revue L’Inconvénient qui lui était consacré. Cette fois-ci, c’est à l’invitation de Danielle Laurin que j’ai écrit Le bézoard. Ça doit être une déformation professionnelle d’actrice : dans les deux cas, la commande est venue de l’extérieur et non par mon initiative.

Avec une vérité dénuée de complaisance, vous faites le récit d’une enfance marquée par le manque et les abus et d’une vie adulte peuplée de tenaces spectres. Que représente pour vous, par la matérialisation de votre livre, le fait de tenir aujourd’hui ces parcelles de votre histoire entre vos mains?
En fait, j’ai simplement répondu au descriptif de la collection « III » : partir de trois souvenirs marquants. Les contraintes (le format de 150 pages et le genre autofiction) m’ont rassurée et fourni un cadre. J’ai senti que je pouvais me lancer. Je suis persuadée depuis toujours que tout le monde a une histoire incroyable à raconter!

Vous venez d’une famille élargie truffée de personnages rocambolesques et de péripéties non moins excentriques. Quel héritage conserve-t-on d’une lignée si insolite?
Je n’ai jamais pensé que les choses auraient dû se passer autrement. Je prends la réalité comme elle est. J’ai tendance à voir la vie comme un théâtre. J’ai décrit ma famille avec ma fantaisie à moi. De près, les choses paraissent dramatiques, mais avec le temps et si on met les choses à distance, la réalité devient une sorte de comédie. La différence entre mes tantes et moi, c’est que moi je sais maintenant que je joue dans une pièce…

Vous écrivez : « Les mots peuvent faire de la peine, les mots peuvent consoler. » Les mots contenus dans votre livre, de quoi sont-ils capables?
Je suis sûrement la dernière personne à le savoir, ce sont les lecteurs qui le diront. Pour ma part, quand je lis un livre qui me donne accès à l’univers de quelqu’un, je me sens moins seule. Je découvre des choses qui me ressemblent, d’autres qui me sont complètement étrangères. J’aime reconnaître et ne pas reconnaître : ce mélange de familiarité et d’étrangeté. Avec Le bézoard, je voulais parler de situations difficiles avec fantaisie et un peu d’humour noir. Les mots permettent ça, on peut les sortir de leur usage strictement utilitaire. Et puis, c’est souvent le choix des mots plus que les événements relatés qui font voir comment je vois les choses, comment ça se passe dans ma tête…

Photo : © Martine Doyon

Pascale Montpetit : La vie comme au théâtre

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