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Le Théâtre français de Toronto attend 9,5 M$ d’Ottawa pour sauver son projet de salle

 

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Le Théâtre français de Toronto (TfT) pourrait devoir renoncer à la construction de sa propre salle de spectacle parce que l’organisme attend toujours un financement d’Ottawa. Le promoteur immobilier lui a donné jusqu’au 15 mai prochain pour obtenir cette confirmation.

L’automne dernier, les responsables ont sollicité une contribution fédérale de 9,5 millions de dollars. Le ministère du Patrimoine canadien avait déjà soutenu la première phase du projet — avec un financement de 305 000 $.

On est rendus un peu dans un blocage, un manque de réponses de leur part.

Une citation de Ghislain Caron, codirecteur général et directeur administratif, Théâtre français de Toronto

Jusqu’ici, le TfT loue différentes salles, dont celle du Berkeley Street Theatre, qui appartient à l’organisme sans but lucratif Canadian Stage. Cette option s’avère toutefois compliquée ces jours-ci : On a de plus en plus de difficultés à jouer où on jouait depuis plusieurs années parce qu’ils ont de plus en plus besoin de la salle, affirme Ghislain Caron, codirecteur général et directeur administratif du TfT.

Ghislain Caron.

Ghislain Caron est codirecteur général et directeur administratif du Théâtre français de Toronto.

Photo : Radio-Canada / Joe Fiorino

On est en train de devenir un théâtre itinérant, ce qui rend la chose plus difficile pour nous, ajoute-t-il.

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Les locaux actuels du TfT, qui comprennent des bureaux administratifs et une salle de répétition, sont situés dans un immeuble commercial dont les coûts de loyer posent un défi important.

Bien que l’entreprise soit en mesure de poursuivre ses activités, la directrice artistique et codirectrice générale du TfT, Karine Ricard, soutient que l’avenir de l’organisation dépend de ce projet. On arrive à un point où on a besoin d’avoir notre propre lieu, parce qu’on continue à croître, dit-elle.

Le TfT est la deuxième plus vieille entreprise de théâtre en milieu minoritaire au pays après le Cercle Molière à Winnipeg.

En tout, la construction de la nouvelle salle de théâtre de 200 places coûterait environ 15 millions de dollars. Elle serait située dans un complexe immobilier près de la station de métro Donlands, dans l’est de la ville.

Le TfT travaille avec un promoteur — qu’il refuse de nommer — depuis deux ans. Après des négociations avec la Municipalité, l’entreprise avait accepté de construire ce nouvel espace au prix coûtant, en deçà de la valeur marchande. C’est une opportunité qui ne s’est pas vue depuis longtemps, lance M. Caron.

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Le promoteur devait débuter les travaux en janvier dernier. La date pour creuser a été repoussée et on n’a toujours pas eu notre réponse, affirme Mme Ricard.

Un projet déjà à l’étude, répond Ottawa

L’équipe de direction du TfT indique avoir interpellé Patrimoine canadien depuis le début du projet de salle et avoir reçu des retours positifs. Ça nous a donné le vent dans les voiles depuis 16 mois, depuis qu’on a eu la confirmation qu’il y aurait des fonds de côté pour nous, affirme M. Caron.

Depuis, près de 70 lettres d’appui ont été acheminées au cabinet du ministre Marc Miller. Des élus sont aussi intervenus en faveur du projet.

La demande de financement du TfT au Fonds pour les espaces communautaires fait actuellement l’objet d’une analyse conformément aux processus en vigueur, répond par courriel Daniel Savoie, porte-parole de Patrimoine canadien.

Il ajoute que la décision sera communiquée au TfT dès que le processus [sera] complété, sans préciser d’échéancier.

Joël Beddows avec huit autres comédiens durant la répétition d’une pièce présentée par le Théâtre français de Toronto.

Le Théâtre français de Toronto est la deuxième plus vieille entreprise de théâtre en milieu minoritaire au pays après le Cercle Molière, à Winnipeg, qui célèbre ses 101 ans cette année. (Photo d’archives)

Photo : Radio-Canada

Le TfT a présenté son projet en vertu de différents programmes pour les infrastructures culturelles et communautaires. Dans son budget l’an dernier, Ottawa avait annoncé un programme d’investissements de 51 milliards de dollars sur 10 ans pour soutenir la construction et la rénovation d’infrastructures publiques, y compris des installations culturelles.

Dans le cadre des annonces budgétaires, à la fin mars, le gouvernement fédéral a annoncé en grande pompe un financement de plus de 40 millions pour le centre Harbourfront (nouvelle fenêtre) dans le secteur riverain de Toronto. D’autres organismes culturels ont aussi obtenu des engagements fermes d’Ottawa au cours des dernières semaines.

On questionne un petit peu les priorités du gouvernement par rapport à la francophonie hors Québec, affirme M. Caron, qui ajoute que l’incertitude est devenue inquiétante.

Un rêve de longue date

Le projet de l’est de Toronto est loin d’être la première tentative du TfT de devenir propriétaire de ses locaux et de sa salle de spectacle. Depuis sa fondation, en 1967, au moins cinq projets de salle ont avorté à différentes étapes de leur planification.

À deux reprises, des projets de maison de la francophonie qui devaient regrouper des organismes culturels et communautaires au centre-ville de Toronto ont été abandonnés en cours de planification.

L’intérieur de la salle du Berkeley Theatre Street, à Toronto, avec les sièges vus de la scène.

La salle du Berkeley Theatre Street, à Toronto, où se produisent souvent les pièces du Théâtre français de Toronto.

Photo : canadianstage.com

Une association avec le Collège Glendon a aussi été écartée quelques années plus tard. Le directeur artistique à l’époque, Guy Mignault, craignait qu’un tel partenariat ne permette pas au TfT de maintenir son statut.

Un théâtre professionnel ne pouvait pas s’acoquiner avec une université ou un collège parce que ça devenait un théâtre collégial ou éducatif, alors qu’il fallait qu’on demeure un théâtre professionnel, dit-il.

Il a toutefois cru arriver à dénicher la maison parfaite pour les ambitions du TfT avec un projet de rénovation d’espaces dans le quartier historique de la Distillerie — des ambitions freinées par la levée de boucliers du théâtre Soulpepper. Déjà établie dans le quartier, la compagnie s’opposait à la construction d’une autre salle de spectacle.

Finalement, le projet Chrysalide, pour lequel le Théâtre français s’était associé aux compagnies de théâtre Obsidian et Gargantua, des organisations anglophones, a quant à lui été délaissé en 2024. La directrice artistique actuelle du TfT, Karine Ricard, souligne que son équipe a écouté les inquiétudes des membres de la communauté qui n’appréciaient pas ce partenariat.

Encore une fois, les francophones étaient minoritaires dans ce projet-là, souligne-t-elle.

Plus qu’une salle de spectacle

La professeure au Département d’études françaises de l’Université de Waterloo Nicole Nolette affirme qu’un projet comme celui de l’acquisition de locaux permanents par le TfT influence plus largement le développement de la communauté.

Une salle, c’est bon pour une communauté, […] c’est un lieu où on peut trouver d’autres agents de la communauté aussi, souligne-t-elle.

Celle qui est aussi titulaire de la chaire de recherche du Canada en études des minorités avance même que c’est tout un écosystème économique qui est fragilisé par l’absence d’une salle fixe pour le Théâtre français de Toronto.

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