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Notre sélection poésie de juin

Le Devoir Lire

Un sauvetage par les mots

C’est à travers un rideau de larmes que l’on entre et que l’on referme le recueil de Yahya AL Hamarna, On ne bombardera jamais ma voix. La littérature dépasse le contexte d’écriture, mais comment être indifférent à l’actualité qui terrasse la Gaza que le poète met en mots et d’où, malgré les morts, les décombres et les bombes, il refuse de mettre l’espoir en faillite ? À l’horreur, il oppose une verve simple, digne de la légitimité de ses requêtes : « je ne demande rien de plus / que le chant des oiseaux ». Sonné et néanmoins lucide dans « ce chaos sans limites », il semble, par la force de ses mots, inatteignable : « tomber n’est qu’une autre / manière de rester en vie ». Sa poésie est une rencontre qui s’étire dans l’avenir, où il nous invite à le retrouver. « Quand je survivrai », ose-t-il affirmer. Comment avons-nous pu nous égarer au point de rendre la vie aussi improbable ? Ce recueil, rendu possible par le travail bénévole d’un grand nombre, est une œuvre humanitaire, un hommage à la force des mots, une main à saisir.

On ne bombardera jamais ma voix

★★★ 1/2
Yahya AL Hamarna, traduit par Elissa Kayal et Nada Sattouf, révisé par Alycia Dufour, Éditions de la rue Dorion, Montréal, 2026, 95 pages

Le métal huileux du sursis

« J’écris pour estomper les bavures. Pour rendre ma maison plus solide. J’écris pour que nos paysages nous réveillent », écrit Joanne Morency en ouverture de Nous, humains. Au cœur d’un monde en crise, elle propose le miroir de ses mots, où se détaille un large spectre d’émotions. Du ressentiment — « parfois, l’eau manque à lessiver la honte » —, de la colère épuisée — « Certains jours, je ne me rends pas plus loin qu’une fatigue de spectatrice » — jusqu’à l’impuissance — « je ne diminue pas l’horreur en la nommant. Il suffit d’une bourrasque pour arracher les mots de l’écorce ». Cherchant à raviver une solidarité disloquée, criblée de doutes, elle envisage le pire : « quelle colère finira par nous éclater ? » L’indéniable qualité des images et la juste complexité des sentiments incarnés ne parviennent cependant pas à nous faire oublier que cette posture, que ces appels à l’aide et que cette volonté de nommer ont connu d’autres itérations. Mais doit-on blâmer la remise en poésie de la bêtise ou l’apathie qui en résulte ?

Nous, humains

★★★ 1/2
Joanne Morency, Hamac poésie, Montréal, 2026, 80 pages

Naître dans le trouble

En bonne héritière de la poésie de l’Écrou (qui est morte, mais qui vivra toujours), l’autrice de Madame Full of Shit réitère un geste d’écriture loyal, dans un franglais toujours aussi assumé, avec le même penchant pour le lyrisme des chars et des accidents de parcours, avec le même amour des tout croches et des cicatrices, imposant fièrement le même respect pour les punks et les weirdos. Dans une langue attentive aux adons qui se forment lorsqu’elle se perd entre les traductions, le recueil explore le chemin vers une sorte de lumière qui n’émane pas du ciel, et qui fait advenir un humour intelligent, car trempé dans la vérité du concret. « Coincée dans des métaphores paralysantes / la liberté me barre la vue / et je sais l’horizon tranchant ». Si les poèmes de Catherine Paquet semblent se tenir au ras du sol, c’est pour mieux en éclairer la complexe émotion, et jeter sur ce qui y jonche un regard capable de nourrir la dignité humaine par l’aridité de n’importe quelle terre.

Chercher le trouble

★★★
Catherine Paquet, Hurlantes, Montréal, 2026, 120 pages

La détresse d’un ciel trop bleu

Fidèle à sa voix tendre et crue, Alex Viens tire sa prose du côté de la poésie dans un premier recueil d’une grande honnêteté, qui observe en détail le mal-être estival, ce fameux FOMO propre à la nordicité, qui nous vient de cette injonction à profiter du beau temps pendant qu’il passe, à grands coups de « festivals de barbecue de pirouettes dans le gazon ». Mais la vie n’est pas une pub de Coppertone, et les corps qui ne se soumettent pas au strict régime social se retrouvent prisonniers des rayons cruels. Comment être déprimé dans la belle saison sans écœurer nos proches, comment trouver la paix dans une ville qui semble en extase continue pendant deux mois ? Alex Viens

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