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«Je suis drôle»: bonjour tristesse

Source : Le Devoir

Il y a presque un quart de siècle que David Foenkinos aborde dans ses livres les thèmes les plus graves de la manière la plus tendre qui soit. Le plus récent, Je suis drôle, n’échappe pas à la règle. Dans cette jolie fable, souvent émouvante, bien que pétrie de bons sentiments, l’auteur français démontre que le rire et les larmes sont indissociables, que la joie et la tristesse sont les revers d’une même médaille. « Rien n’est plus drôle que le malheur », déclare Nell dans Fin de partie de Samuel Beckett, une formule que Foenkinos a judicieusement placée en exergue de son 21e roman.

Né en 2005, Gustave Bonsoir a eu droit à une enfance chaotique. Vers l’âge de 6 ans, il est adopté par Jean-Michel et Catherine, des parents attentionnés qui ne tardent pas à remarquer chez leur fils un vif désir de provoquer le rire. À vrai dire, le héros, un individu déboussolé et attendrissant sur les épaules duquel repose l’entièreté du récit, considère alors que « la meilleure façon d’exister, c’est d’être drôle ». Derrière cette inlassable poursuite du rire, ce continuel recours à l’humour, vous l’aurez compris, se cache un immense besoin d’amour et de validation. Pour Gustave, les applaudissements sont ni plus ni moins que « la version sonore d’une caresse ».

Pour vous donner une idée de la nature de ce roman d’apprentissage, du ton de la quête identitaire qui se déploie dans ces pages, osons le jeu des comparaisons. Nous entraînant des comedy clubs aux plateaux de cinéma, en passant par un musée d’art moderne, le périple de Gustave Bonsoir n’est pas sans évoquer celui de certains des attachants antihéros d’Alexandre Jardin et de Daniel Pennac. À 17 ans, le jeune homme s’éprend de Margot, qui est « à la fois son amour et son public ». Tout en étant conscient de vivre à « une époque où tout le monde s’estime drôle » et en réalisant parfaitement qu’il se trouve sur « une voie surpeuplée, hyperconcurrentielle », il ne cesse jamais de croire en lui.

Surmonter l’échec

Le parcours de Gustave n’est pas dénué d’épreuves. Nombreuses sont les rebuffades. Par moments, il se replie sur lui-même. « Il devenait un de ces êtres indéchiffrables dont on vante les mystères, mais qui finissent par épuiser tout le monde. » Lorsqu’il décide de renoncer à son rêve d’être humoriste, son histoire prend un tournant tout à fait inattendu. Grâce à la persévérance de Géraldine Rose, son imprésario, le héros décroche un rôle qui l’oblige à embrasser sa part de tristesse. « Pendant des années il avait été persuadé d’être drôle, et voilà qu’on le repérait pour l’exact opposé. »

Le roman est truffé de formules un peu creuses — par exemple : « Être artiste, c’est faire des allers-retours incessants entre la certitude et l’incertitude », « Son inspiration était comme l’espoir dans un pays totalitaire » —, mais il s’opère dans la seconde partie une prise de conscience à laquelle on peut difficilement rester indifférent. Au faîte de sa gloire, Gustave comprend que tout ce qu’il a raté l’a conduit à vivre ce qu’il vit maintenant. « Il en était fini du temps où il avait peur de son ombre. »

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Titre: Je suis drôle

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