Cela aurait pu être une blague : à la fin du mois de juin dernier, on a pu voir le président américain déclarer sans cligner des yeux que le communisme constituait « la menace la plus sérieuse pour [les États-Unis] depuis sa fondation il y a 250 ans ».
Le « mot en s » qui fait peur, un mot que certains politiciens, nombreux, agitent comme un hochet ou comme une matraque. Tandis que, pour d’autres, comme Jean Jaurès (1859-1914), le socialisme représentait tout simplement « le rendez-vous de tous les rêves de justice ».
Face aux mensonges, à la mauvaise foi, parfois aussi devant l’ignorance, le romancier français Joseph Andras a décidé de faire le tour de ce mot qui habite le monde depuis maintenant deux siècles. Dans La vie bonne. Notre socialisme, qu’il présente comme « un croquis d’écrivain », il nous présente sa conception du socialisme, tout en nous offrant une histoire accélérée des luttes pour l’égalité. Il le fait sans détourner les yeux de tous les crimes commis au nom de cette idée d’égalité par des régimes liberticides, de Staline à Mao, en passant par l’Albanais Enver Hoxha.
Face au projet du socialisme, quelles sont les autres options ? La barbarie, le capitalisme sauvage, expose Joseph Andras, « placer la vie sous le signe infini de la destruction ».
Romancier et essayiste né en 1984, Joseph Andras (de son vrai nom Romain Mercier) estime que l’écrivain n’a pas vocation à devenir un personnage public et préfère demeurer dans l’ombre. Dans la discrétion, il poursuit une œuvre engagée à travers laquelle il entend témoigner de la mémoire des vaincus, de l’anticolonialisme, de la violence des États.
On pourrait le rapprocher d’Éric Vuillard et de ses récits historiques de non-fiction (Tristesse de la terre, L’Ordre du jour). Tous les deux pratiquent une littérature qui s’empare de l’histoire et refuse la neutralité, cherchant à redonner chair à des événements ou à des figures que les récits dominants ont souvent simplifiés ou effacés. Et si leurs livres brouillent les frontières entre littérature, histoire et essai, Joseph Andras fait montre d’un engagement plus frontal en faveur de son sujet.
De nos frères blessés (Actes Sud, 2016) racontait ainsi les derniers mois d’un militant anticolonialiste guillotiné pendant la guerre d’Algérie. Joseph Andras obtiendra avec ce livre le prix Goncourt du premier roman, qu’il va s’empresser de refuser, expliquant dans une lettre au jury que « la compétition, la concurrence et la rivalité sont à [ses] yeux des notions étrangères à l’écriture et à la création ». En 2025, avec Ainsi nous leur faisons la guerre, il poursuivait sa réflexion sur les rapports entre violence politique, mémoire et domination.
Une réflexion claire et engagée, nourrie des expérimentations zapatistes au Chiapas, des combats kurdes, des combats antiracistes de tout temps et pour les droits des minorités sexuelles. Une pensée qui n’écarte pas non plus les liens étroits et nécessaires entre laïcité et religion, de la même façon qu’il existe une proximité entre les idées socialistes et la considération des animaux. « À quoi ressemblerait une société délivrée de l’injustice mais continuant de patauger dans le sang des abattoirs ? À une société injuste », répond Joseph Andras.
La démocratie recule, l’Occident se réarme, les propositions populistes ont le vent en poupe un peu partout sur la planète — y compris en France —, même si l’élection d’un Zohran Mamdani à New York semble porteuse d’avenir pour l’auteur de La vie bonne. Le socialisme serait-il de retour ? Peut-être pas encore, mais l’idée d’un débat politique posé, débarrassé de certains épouvantails, semble désormais faire son chemin.
Et si la situation peut paraître désespérée, l’écrivain estime « qu’il vaut mieux réserver le désespoir à la poésie plus qu’à la politique ».
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