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« Hivernal » et « Works » : le travail, c’est la santé

 

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« Le travail, c’est la santé. Rien faire, c’est la conserver. Les prisonniers du boulot n’font pas de vieux os ! » chantait Henri Salvador en 1965.

Dans la seconde moitié des années 1970, le père de Dario Voltolini, artisan boucher-charcutier dans un marché public de Turin, s’est sectionné un doigt en dépeçant une carcasse de mouton. Un accident de travail qui aurait pu être sans trop de conséquences. Mais du sable, raconte-t-il dans Hivernal, son livre salué comme l’un des événements littéraires de l’année en Italie en 2024, s’est introduit dans l’engrenage des journées bien réglées de son paternel.  Avant qu’une autre machine ne s’emballe, faite de fatigue, d’ennui, de consultations médicales, d’analyses sanguines et de biopsies, avant le cauchemar éveillé : leucémie prolymphocytaire. « Ça signifie tumeur, ça signifie cancer. »

Dario Voltolini raconte le combat aveugle contre le monstre, les voyages dans un institut spécialisé de la banlieue de Paris pour des traitements à l’époque expérimentaux. Les médicaments travaillent, le cancer aussi est à l’œuvre. Le corps de son père devient un chantier, une étendue de ruines.

Jusqu’au jour où, attendant chez lui le retour de son père, en plein cœur de l’été caniculaire, l’écrivain a ressenti un froid intérieur inexplicable, proprement « hivernal », et s’est enveloppé dans une couverture. Il a plus tard appris que le moment de son malaise coïncidait exactement avec l’heure de la mort de son père.

Écrivain italien né à Turin en 1959, considéré comme l’une des voix les plus originales de la littérature italienne contemporaine, Dario Voltolini explore à travers une écriture travaillée, attentive aux sensations et à la mémoire, les liens familiaux, le corps, la maladie et le deuil.

Le travail est-il une condamnation ? C’est le dieu des chrétiens qui le dit : « Parce que tu as écouté la voix de ta femme et que tu as mangé de l’arbre dont je t’avais formellement prescrit de ne pas manger, le sol sera maudit à cause de toi. C’est dans la peine que tu t’en nourriras tous les jours de ta vie. » (Genèse 3:17)

Hivernal

★★★ 1/2
Dario Voltolini, traduit par Louise Boudonnat, Éditions du Sous-Sol, Paris, 2026, 160 pages

Combien d’écrivains ont été poussés vers l’écriture par crainte du pire : avoir un emploi, un patron, recevoir des ordres, une laisse et une médaille, de petites gâteries bien salées ? Né en 1960 en Vénétie, Vitaliano Trevisan s’est enlevé la vie en 2022. Écrivain, dramaturge, acteur, metteur en scène et scénariste à la trajectoire de vie atypique, il était lui aussi considéré comme l’une des voix les plus originales de la littérature italienne contemporaine.

Paru en Italie il y a une dizaine d’années, enfin traduit en français, Works, devenu livre culte, est une espèce d’autobiographie de travailleur, un état obligé qui n’a été pour lui, raconte-t-il, « qu’une longue suite de faux départs, de routes prises sans bien savoir pourquoi, et toutes délaissées tôt ou tard ». Échecs, combines pour survivre au jour le jour, amitiés solides ou relations amoureuses éphémères, Vitaliano Trevisan se raconte sans fard, radical et sans tabous, fidèle à sa réputation d’écrivain des marges.

Depuis son premier contact « traumatisant » à l’adolescence dans une usine de cages d’oiseaux, occupé tout un été derrière une machine à ne pas se faire broyer les doigts, à des postes temporaires de manœuvre dans la construction, en passant par des épisodes de pusher d’acide, de portier de nuit ou de glacier, de géomètre ou de dessinateur, c’est vingt-cinq ans de précarité qu’il nous raconte. Lorsqu’il est devenu écrivain, ces expériences ne sont pas venues contredire sa vision désabusée, matérialiste, des liens entre l’écriture, la littérature et l’argent. L’écriture chez lui demeure une « production », une affaire concrète, une dépense d’énergie qui vaut surtout pour sa valeur marchande.

Works, avec ses 700 pages et tout son poids, est à placer sur la même tablette que L’établi de Robert Linhart (1978), À la ligne. Feuillets d’usine de Joseph Ponthus (2019) ou À pied d’œuvre de Franck Courtès (2023).

Une voix unique, bernhardienne, sombre et mélancolique, déjà disparue, qui se double d’une critique lucide du capitalisme et des mirages du boum économique italien.

Works

★★★★
Vitaliano Trevisan, traduit par Christophe Mileschi et Martin Rueff, Verdier, Paris, 2026, 720 pages

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Titre:  Hivernal 

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