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La vraie Marilyn Monroe

Source : Le Devoir

Le 1er juin dernier, Marilyn Monroe aurait eu 100 ans. Pour l’occasion, cela va de soi, de nombreux éditeurs ont fait paraître des livres rendant hommage à l’actrice retrouvée morte le 4 août 1962 à l’âge de 36 ans. En 2026, le mythe entourant la vedette de cinéma est non seulement bien vivant, mais il est aussi plus nuancé, plus complexe, plus riche que jamais. Certains procèdent à une lecture féministe de son séjour sur Terre. D’autres jettent un regard contemporain sur sa santé mentale. Plusieurs, bien entendu, trouvent dans son enfance l’explication de ce qui va survenir ensuite.

C’est que Marilyn Monroe, aujourd’hui encore, agit comme un miroir. Écrire au sujet de cette icône mondiale et éternelle, tenter de dresser son portrait, c’est aussi, sans même s’en rendre compte, traduire l’air du temps, s’observer soi-même, ici et maintenant, tout en scrutant le passé et le destin exceptionnel d’une femme intelligente, mais blessée, dont la beauté n’avait d’égale que la sensibilité. Au fil des ans, on a fréquemment pris la parole à la place de Marilyn Monroe. Écrivains, journalistes, psychanalystes et autres exégètes ont déployé leurs théories, des explications parfois savantes, voire émouvantes, mais bien souvent condescendantes, sensationnalistes ou alors fâcheusement patriarcales.

Dans ses mots

Depuis 2010, avec la publication aux éditions du Seuil de Fragments, un florilège de textes en grande partie inédits, des poèmes, des écrits intimes et des lettres rédigées par l’actrice, le vent a tourné. C’était maintenant indubitable, Marilyn Monroe avait un monde intérieur, un regard singulier, une voix qui lui était propre et qu’il n’était plus question d’ignorer.

Déjà, en 1974, dans My Story (réédité en format poche par Robert Laffont en 2022 sous le titre Confession inachevée), on pouvait goûter au plaisir de lire l’actrice « dans le texte ». En trente-cinq courts chapitres, dictés au scénariste Ben Hecht en 1954, soit huit ans avant sa mort, Monroe raconte son enfance en familles d’accueil, son besoin d’amour et d’attention, son entrée dans l’âge adulte et ses débuts à Hollywood. Elle aborde ses rêves et ses désillusions, ses passions et ses mariages, sans occulter les abus dont elle a été victime.

Après Marilyn. Ombre et lumière, une plaquette dans laquelle le poète Norman Rosten témoigne avec une grande tendresse de sa relation avec Monroe, un texte de 1973 réédité en français en 2022, les éditions Seghers ont publié ce printemps Conversations avec Marilyn, un livre dans lequel W. J. Weatherby, auteur et journaliste britannique décédé en 1992, rapporte ses riches discussions avec l’actrice. Il s’agirait de la première traduction française de ce livre paru dans le monde anglo-saxon en 1976.

Alors rattaché au journal The Guardian, Weatherby rencontre pour la première fois l’actrice à Reno, en 1960, pendant le tournage de ce qui allait être le dernier film de Monroe, The Misfits. Mais l’essentiel de leurs dialogues à propos d’art et de vedettariat, d’épreuves psychologiques et de vie amoureuse, se sont déroulés, de manière beaucoup plus informelle, dans un bar de la 8e Avenue, à New York.

« Que cherchait-elle à faire passer à travers nos échanges ? Peut-être, pour changer de l’éternel cliché qui lui pesait, le portrait d’une femme complexe : une femme que l’on ne pouvait étiqueter ni réduire à une catégorie, une profession, un groupe ethnique. Qu’est-ce que cela pouvait bien signifier de dire qu’elle était californienne, vedette de cinéma et blanche ? Marilyn était une personne insaisissable, qui laissait des souvenirs aussi uniques que marquants. »

Sur un ton sobre, posé, un style qui est ni flagorneur ni hostile, on serait tenté de dire lucide, l’homme donne à voir et à entendre des rencontres un brin clandestines pendant lesquelles l’actrice se livre en toute confiance. Comme ici : « Parfois je me dis qu’il serait plus simple d’échapper à la vieillesse et de mourir jeune — mais alors, ça signifierait ne pas aller au bout de sa vie, n’est-ce pas ? Ne jamais complètement se connaître… »

De beaux livres

Avec Marilyn Chérie, Catherine Deneuve procède à une rétrospective de la carrière de l’actrice en exprimant de façon bien personnelle l’admiration sans bornes qu’elle ressent pour elle. On trouve sur les pages une série de photos, pour la plupart très connues, que la comédienne française commente de manière laconique et parfois même superficielle. Heureusement que le collectionneur Sébastien Cauchon est là pour ajouter un peu de chair sur l’os, donner comme on dit du contexte aux images, mais sa détermination à établir des parallèles entre la carrière de Deneuve et celle de Monroe finit par lasser.

Avec Chère Marilyn, on a affaire à tout autre chose. Si le livre entre très certainement dans la catégorie des beaux livres, il possède une valeur ajoutée du fait qu’il est signé par un proche de Monroe, le photographe Sam Shaw (1912-1999), l’homme derrière la fameuse photo où la robe blanche de Marilyn virevolte au-dessus d’une bouche de métro. Paru en anglais en 2025, sous la supervision des enfants de Shaw, le livre, particulièrement grand et d’une superbe facture, réunit quelque 250 photos, des clichés exceptionnels réalisés en privé aussi bien qu’en public, des tout débuts de l’actrice jusqu’aux dernières années de son existence. Des lettres et des extraits du journal intime du photographe traduisent la formidable amitié qui liait Shaw et Monroe. Pour les inconditionnels de Marilyn, ce livre est un incontournable !

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