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«Il ne faut pas de si petites mains pour agripper la lumière»: mains outils, mains berceaux

Source : Le Devoir

Beth est âgée d’à peine 14 ans lorsqu’un cri déchire la nuit du pensionnat dans lequel elle parfait son éducation. Aux côtés de sœur Rosaline et de sa grand-mère de cœur, Hélène, l’adolescente assiste, médusée, à l’accouchement spontané de l’une de ses camarades de classe, et regarde avec attention les mains, sorcières, qui passent spontanément d’outils à berceau, au moment où le petit être de chair prend son premier souffle.

À partir de ce moment, Beth ressent l’appel. Elle sait qu’elle doit assister à d’autres naissances. Dès lors, entre ses quarts de travail à la boulangerie, elle s’engage auprès d’Hélène pour apprendre les rouages du métier de sage-femme. Pratiquant dans l’illégalité, les deux complices accompagnent les femmes dans un grand esprit de sororité, de compassion et d’agentivité, laissant ces dernières et leur connaissance de leur corps guider leurs gestes, traversant avec elle joies, soulagement et grands deuils.

À travers leur pratique et leurs expériences se déploiera toute l’histoire d’une profession millénaire, constamment menacée par un patriarcat médical qui s’arroge le pouvoir et pathologise la grossesse, comme le vécu des femmes.

C’est sa propre expérience auprès de sages-femmes, lors de son suivi de grossesse, qui a mis Anne-Marie Duquette sur la piste de ce récit au cœur de son troisième roman, Il ne faut pas de si petites mains pour agripper la lumière. « Je me suis tournée assez naturellement vers ce type d’accompagnement à la naissance », raconte l’autrice, jointe par Le Devoir à Trois-Rivières, où elle est chargée de cours en création littéraire.

« Or, en en parlant autour de moi, je me suis rendu compte que les gens connaissaient très peu la profession, la façon dont c’était encadré et la nature des gestes posés. Pour les orienter, je me suis mise à chercher des représentations de sages-femmes dans la culture contemporaine. À ma grande surprise, je n’en ai pas trouvé. Pourtant, le sujet me semblait éminemment romanesque et télévisuel. »

La justice du corps

Pour concevoir son personnage, l’écrivaine, également directrice littéraire à la revue Le Sabord, a puisé dans son roman précédent Les fleurs sauvages n’ont de sauvages que le nom (XYZ, 2023), qui raconte l’histoire de Gamin, un garçon neuroatypique qui préfère les arbres aux humains autour duquel gravite une galerie de personnages, dont sa sœur, Beth.

« J’avais déjà en tête de consacrer un second roman à Beth, car, contrairement aux autres personnages, qui avaient tous connu une forme de résolution, j’avais l’impression que je devais encore lui accorder de l’espace. Lorsque je me suis mise à m’informer sur le métier de sage-femme, je me suis aperçue que, par le plus heureux des hasards, les dates concordaient avec ce que je voulais faire vivre à mon héroïne, en lien avec la légalisation de la pratique, des années 1960 à 1980. En plus, Beth était parfaite pour porter ce personnage de jeune sage-femme. Elle avait le chien dont j’avais besoin, une forme de sauvagerie, une volonté de se foutre des règles et des conventions pour faire ce qui lui paraît juste. »

Ainsi, l’évolution du métier de sage-femme se déploie en filigrane de la vie de Beth, dans une écriture d’abord ancrée dans le cœur du personnage et ses expériences. Or, les témoignages qu’elle récolte, les nouvelles ambiantes et les rencontres avec d’autres pratiquantes abordent des enjeux qui résonnent encore fortement aujourd’hui, parmi lesquels les violences obstétricales et la pathologisation de la grossesse.

« Je trouve qu’on parle surtout de l’empouvoirement de la femme sur son corps dans le contexte de l’avortement, mais pas en ce qui a trait à celui de la naissance. Il y a pourtant encore beaucoup de questions à poser et de combats à mener avant que le savoir et les volontés de la femme soient respectés en contexte hospitalier. De plus en plus de professionnels de la santé y sont sensibles, j’ai eu une belle expérience lors de mon accouchement à l’hôpital, mais plusieurs de mes amies ne savaient pas qu’elles pouvaient demander de voir le placenta, d’attendre avant de couper le cordon, qu’elles pouvaient prendre des décisions, même dans un contexte médical. Il faut remettre ces enjeux au cœur de la discussion. »

Savoir-faire

Beth, pour sa part, se soustrait à la voie du militantisme, observant les changements, les débats et les ressacs d’un œil distant, choisissant plutôt l’action concrète. « Dans le cadre de ce projet de livre, j’ai eu la chance de m’entretenir avec plusieurs sages-femmes différentes. Plusieurs d’entre elles se sentaient un peu obligées d’être militantes, toujours en train de vulgariser, de faire de la médiation, de rendre leur profession accessible. Pour certaines, ça faisait partie du travail,

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Titre: Il ne faut pas de si petites mains pour agripper la lumière

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