Source : Le Devoir
« On me demande souvent quelle est la différence entre Dan Brown et moi. […] La différence, c’est que Dan Brown change la vérité pour servir sa fiction, tandis que je change la fiction pour servir la vérité. » Pour l’écrivain portugais José Rodrigues dos Santos, qui signe avec Le sixième sens son 27e livre, le thriller est d’abord et avant tout un plaisant véhicule pour traiter de géopolitique, de science, d’histoire et de religion. « J’écris car j’ai des choses à dire. Pas seulement à raconter, mais à dire. », précise dans un français délié celui qui a terminé l’un de ses deux doctorats dans l’Hexagone.
Professeur d’université pendant 25 ans, J.R. Dos Santos, tel qu’il est nommé sur les couvertures de ses livres, est aussi présentateur de bulletin de nouvelles à Lisbonne et a été reporter de guerre. L’auteur de La formule de Dieu et de Protocole chaos estime que ces deux carrières parallèles le servent en tant que romancier, puisqu’elles lui permettent de marier l’efficacité narrative journalistique à la minutie documentaire des chercheurs universitaires. Qui plus est, contrairement à ces derniers qui ne sont généralement spécialisés que dans un secteur particulier, le fait qu’il se livre à des recherches en profondeur sur différents sujets et en divers domaines l’amène, explique-t-il, à tisser des liens entre les disciplines et à observer un phénomène donné sous plusieurs angles. C’est d’ailleurs tout particulièrement le cas en ce qui concerne son plus récent ouvrage.
À travers une histoire d’espionnage, c’est à une quête ontologique que l’auteur convie son lectorat en suggérant des points de convergence entre la philosophie bouddhiste, la physique quantique et l’usage médical des enthéogènes, aussi connus sous le terme « psychédéliques ». Ce dernier élément constitue le thème central du roman, bien que Dos Santos, lorsque sa fille lui a proposé cette piste comme ayant le potentiel de susciter son intérêt, se soit montré réticent à l’aborder. « Il n’était pas question que je parle de drogues ! Elles détruisent la vie des gens, elles sont un cancer de la société. » Mais son interlocutrice a soutenu que bien des mythes subsistaient quant à leurs vertus curatives et qu’il devrait investiguer en ce sens. Ce qu’il fit. Exhaustivement.
« Dans les années 1990, résume-t-il, la FDA [Food and Drug Administration], consciente du potentiel thérapeutique de ces substances, a donné son feu vert pour des recherches. Il y en a eu beaucoup, dont celle de l’Université John Hopkins, en 2006, par des chercheurs d’élite, qu’on ne peut pas ignorer. Ils ont travaillé avec des patients atteints d’un cancer en phase terminale, qui allaient mourir dans quelques jours, semaines ou mois. Évidemment, ils étaient très dépressifs, souffraient beaucoup d’anxiété. [Après les traitements,] 80% de ces gens avaient perdu partiellement ou totalement la peur de la mort. Ça a ouvert les yeux de la communauté scientifique et déclenché des études partout. Au Canada, en Australie, en Suisse, en Angleterre, aux États-Unis, au Portugal, en Espagne… Partout dans le monde occidental, on a commencé à utiliser ces substances. On a compris qu’elles sont très puissantes pour guérir la dépression (surtout la dépression profonde), le stress post-traumatique, l’anxiété, la névrose, les comportements obsessifs compulsifs et les dépendances. »
L’utile et l’agréable
C’est l’historien Tomás Noronha, personnage créé pour le roman Codex, qui mène l’enquête, du Portugal au Népal en passant par le Mexique et les États-Unis, pour retrouver un document secret de la CIA témoignant d’expérimentations fort peu éthiques relatives aux divers usages des enthéogènes. C’est ainsi qu’il découvrira que les visions qui apparaissent aux patients lorsqu’ils sont sous l’influence de ces substances s’arriment aux enseignements bouddhistes et aux résultats de certaines expériences en physique quantique, dont la fameuse équation de Schrödinger. La thèse émergeant de la rencontre de ces trois champs de réflexion serait celle-ci : « La mort, avance-t-il, c’est la mort biologique, mais pas la mort de la conscience. » La conscience de l’être humain survivrait à l’extinction de ses fonctions vitales.
Voilà certainement un thème apte à stimuler l’écrivain. « Quels sont mes critères pour écrire un roman ? Deux choses. Premièrement, toucher à des tabous, à des mythes et à des dogmes.. Quel que soit le sujet, normalement, ça m’intéresse. Deuxièmement, ce qui m’interpelle aussi, ce sont les quêtes sur le sens de la vie. […] Ici, j’ai découvert un sujet qui rejoint les deux. »
Or, le développement de telles réflexions demande une quantité considérable d’explications. À une époque où l’on déplore l’atrophie progressive de la faculté de concentration des individus, ce choix peut sembler particulièrement audacieux. Mais José Rodrigues Dos Santos affiche une foi irréductible envers son lectorat. « Dans toutes les sociétés,
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