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« Du revers » : le style, le tennis, la littérature

 

Le Devoir Lire

Avoir du style n’est pas donné à chacun. C’est un don ou une vision. En littérature, on croit souvent savoir de quoi il s’agit, même si en réalité le concept reste difficile à saisir, toujours un peu indéfinissable.

En sport, c’est un peu la même chose. Dans le monde du cyclisme professionnel, par exemple, il est permis de constater que Tadej Pogačar et Jonas Vingegaard ont des styles très différents. Le Slovène est un coureur instinctif et fringant, alors que le second, plus méthodique, pourrait appartenir, malgré ses deux victoires au Tour de France, à la catégorie des « suceux de roues » — exagérons un peu.

« Le style est-il pure forme ? » demande l’Espagnol Luis Torres de la Osa dans Du revers. Quand le tennis devient littérature, mélancolie et beauté du geste, son premier livre. Bien sûr que non. Le style est affaire de mouvement, de combat intérieur, il touche à l’art de vivre. En littérature, c’est une tension cachée dans chaque phrase. Mises bout à bout, ces tensions agissent comme un ressort, propulsant un livre vers son précipice.

Pour Luis Torres de la Osa, ancien joueur de tennis devenu ingénieur, le style est ce qui nous rapproche de la beauté, mais il est peut-être aussi le reflet de la personnalité. À ses yeux, regarder un match de tennis peut nous plonger dans des rêveries philosophiques, tout comme écouter Rubinstein au piano dans la touffeur d’un après-midi d’été. « Le tennis n’est que pur jeu, beauté éphémère, comme ces soirées d’été sur lesquelles nos vies glissent doucement, vers le néant. »

L’écrivain américain David Foster Wallace parlait du tennis comme d’un « jeu d’échecs en mouvement ». Mais on sait moins que Vladimir Nabokov, qui a écrit sur les échecs (La défense Loujine), passionné de lépidoptères, a aussi enseigné le tennis durant ses années d’exil à Berlin. Luis Torres de la Osa en profite bien sûr pour nous faire remarquer la ressemblance entre un filet à papillons et une raquette de tennis…

Il traque ses souvenirs, ses années d’enfance et d’adolescence tennistiques, jusqu’à sa victoire au championnat de la Communauté valencienne dans la catégorie Benjamins, apothéose de sa carrière de tennisman. Une gloire aussi brève que lointaine qui le fait appartenir lui aussi à « cette armée obscure et si passionnante des ratés » et des vaincus. Constitué surtout de fragments, « écrit à petites gorgées », Du revers a une dégaine — papillonnante et désinvolte — qui fera penser parfois aux livres d’Enrique Vila-Matas.

Du revers est ainsi pour lui l’occasion de parler de tout. De tennis certes, « un voluptueux exercice de volonté », comme de la traduction, où il est en réalité encore et toujours question de style : « La traduction, comme l’arbitre au foot ou comme la séduction, doit toujours aspirer à la transparence, à l’inexistence, à l’inaperçu : personne ne doit noter qu’elle est là, remplissant impeccablement et silencieusement sa fonction. »

Pour l’auteur, Ivan Lendl était un peu le Kafka du tennis. McEnroe ? Une « sorte de Céline des courts — maussade, revêche, volcanique —, mais qui jouait un tennis Márai, d’une extrême délicatesse, avec ses coups droits au cordeau dépourvus du moindre effet, ses revers coupés pareils aux plages de San Diego… »

Une ode au tennis, à la littérature et à la vie. À tout ce qui passe et ne reviendra pas : « N’oublions jamais que si le tennis est important, c’est pour son extraordinaire légèreté. »

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Titre:  Du revers 

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