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Source du texte: Lecture
Un extrait de Jardin radio
Ce serait un projet littéraire sous la forme de fragments, c’est ce que j’explique à voix basse à une amie dans un local beige. Je lui dis de façon détachée que je vais parler de mes opérations, des opérations qui auraient pu m’empêcher de parler, qui ont affecté ma capacité de parler. J’arrête au milieu de ma phrase, parce que je n’y crois plus, je lui dis que j’ai un rendez-vous, je sors du local, j’étouffe, je m’en vais, je veux courir, j’accélère, je ralentis, j’erre dans la ville, je marche longtemps, je marche pendant des jours, je croise un visage que je connais, alors je reprends, je raconte l’histoire en altérant le son de ma voix, j’enlève les accents de pathos et de tristesse. Je dépose sur le trottoir des phrases calmes, étrangères aux pulsations dans mon cou. La syntaxe et les mots ne doivent ni hurler ni geindre. J’essaie de me rapprocher des faits, d’effacer les émotions, de ne pas bégayer en parlant de la douleur. Je reprends du début, je parle de la maladie en passant sur les événements comme une araignée d’eau, une patineuse sur un lac qui glisse au-dessus des années en regardant le moins possible vers le fond brunâtre.
Non, ce n’est pas l’histoire d’une tumeur. C’est à propos d’autre chose. C’est à propos de la trame qui joue au verso des jours. En cognant sur la coquille des années, on fait résonner le vide. Toc, toc, toc, on






