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Comme chaque année, début avril est l’occasion pour moi de parcourir les allées du Salon international du livre de Québec pour partir à la recherche des nouveautés. J’aime marcher lentement entre les kiosques, rencontrer les créateurs et créatrices, rester ouverte à la possibilité de faire une découverte inattendue. Épatante. Marquante.
C’est ce qui est arrivé avec Comment Charlotte captura la mer, album paru aux éditions Alaska. Tout de suite, la couverture attire le regard, Catherine Petit étant parvenue à rendre l’énergie marine dans cette première superbe image et dans les suivantes.
« L’aquarelle nécessite beaucoup d’eau », explique la prolifique et douce illustratrice qui multiplie les projets et sait se renouveler pour mettre son talent au service des histoires qu’elle accompagne. « Ce médium nous permet de sentir la mer dans sa transparence. »
Il faut dire que le texte sensible d’Anne Renaud a déjà connu une autre vie, en anglais, sous les traits de crayons de Maud Durland, mais qu’ici Catherine Petit est repartie de la base brute pour proposer une version qui magnifie le rapport de Charlotte à cette eau qu’elle chérit tant. En fait, que les scènes se passent à l’intérieur ou à l’extérieur, on retrouve la mer, parfois en large plan, parfois dans les détails du mobilier, à travers les fenêtres en forme de hublot de la maison, ou encore en rappel, sa texture et sa forme étant utilisées dans les chevelures de Charlotte et de sa grand-mère.
Il peut nous arriver de l’oublier, mais le travail de création d’un album est collectif, les illustrations fournissant un sens supplémentaire et du relief aux mots de l’auteur. Ici, Catherine Petit s’est aussi assuré d’ajouter de l’expressivité et du mouvement au fil des pages en peignant leur quotidien. Alors que le texte est principalement une conversation dans laquelle on découvre le désir de Charlotte de trouver un moyen de conserver avec elle tout au long de l’année cette mer qu’elle aime tant retrouver chaque été chez sa grand-mère, l’illustratrice a choisi de mettre les deux personnages en action dans une suite de petits clins d’œil à ce qui les occupe près de l’océan, capturant d’un seul coup à la fois l’essence du lieu et la complicité entre Charlotte et son aïeule pour nous guider jusqu’à cette résolution inventive et inspirante de la « boule de mer », condensée de vacances que l’enfant peut rapporter avec elle.
Et si on devait fabriquer une boule de poésie, à quoi ressemblerait-elle? Que pourrait-on y glisser? Peut-être que cela dépend du public et de ses notions à propos de ce genre littéraire qui peut faire peur à certains et qu’on imagine parfois mal adapté aux plus jeunes. Et pourtant, s’il suffisait de bien savoir s’y prendre?
Nadine Descheneaux n’en est pas à ses premières armes poétiques. Enseignante durant de nombreuses années, l’autrice et éditrice fait partie de celles et ceux qui possèdent le plus d’outils pour offrir aux enfants une première incursion dans ce genre et une expérience heureuse avec les mots.
« Pour écrire pour les tout-petits, il faut déjà que le texte soit imagé, coloré, déclencheur d’idées. Pour la poésie — et surtout leur première poésie —, on doit arriver à créer des “liens” entre ce qu’on imagine — sans dire mot pour mot — et leurs connaissances préalables. Un lion, par exemple, ils savent ce que c’est. Et si on leur demande pourquoi l’animal ressemble au soleil, ils sont capables de dire que leur couleur est semblable et même le fait que la crinière peut s’apparenter à des rayons », raconte celle qui est aussi animatrice littéraire.
C’est donc ce qu’elle a réalisé avec son recueil Mimi poésie collectionne les soleils paru chez Soulières éditeur et dont les illustrations pétillantes sont signées par la talentueuse Magalie Element. De la poésie en première lecture? Et pourquoi pas!
Dès la première page, l’autrice interpelle son public par le biais de sa narratrice Mimi poésie, petit oiseau des plus mignons : « Oh, tu es là! » L’enfant est ensuite guidé tout au long du livre à la rencontre de la collection de Mimi, des soleils étonnants qui prennent la forme de lion, de koala, de pizza ou encore de citrons, autant d’éléments que les plus jeunes connaissent et à partir desquels ils peuvent identifier des parallèles. Aucune rime ici, juste des mots porteurs de sens qui jouent et qui établissent ainsi un premier contact des plus doux, un soleil poétique accessible.
La poésie est bien présente également dans l’album Robots paru dans la collection « Marave » des éditions du Père Fouettard. Cette fois, le texte se résume à quelques indications de séquences : « Le touriste », « Portraits », « Explorations », « Solitude » et « Communications ». Néanmoins, Matt Dixon insuffle un véritable élan dans ces planches sur lesquelles s’exposent des robots cabossés au milieu d’un monde déserté. Il y a des comportements très humains, particulièrement sensibles dans ces images qui, prises individuellement, pourraient être autant d’œuvres d’art avec leurs couleurs fortes, le travail des textures, les détails de ce monde qui semble être postapocalyptique. C’est un album qui ne raconte pas forcément une histoire, mais en porte plusieurs en lui. C’est aussi le type de lecture qui invite à la contemplation et fait naître en de nombreux lecteurs des sentiments doux, proches de la tendresse même si l’environnement mis en scène est triste. Parce que la grande force de l’auteur illustrateur venu de l’univers du jeu vidéo, c’est l’expressivité de ces robots, la posture qui appuie l’émotion qui affleure. Et l’explication à ce fort sentiment d’empathie qui émerge au fil des pages nous est fournie sur la quatrième de couverture, alors qu’on nous suggère que ces robots pourraient bien être nous. Qui sait?
Dans tous les cas, cette envie de « prendre soin », de garder près de soi les souvenirs partagés, de parsemer notre réalité de poésie est un peu l’essence de la littérature jeunesse. Et chacun à leur façon, Anne Renaud, Catherine Petit, Nadine Descheneaux et Matt Dixon atteignent le cœur de la cible, faisant de leurs œuvres des incontournables. De celles qui méritent qu’on s’y arrête.
Photo : © Sara-Maude Ravenelle






