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12 livres pour s’assurer des vacances inoubliables

Source : Le Devoir

À Belfast, en 1991, Anne Kelly, journaliste québécoise, cherche à faire la lumière sur la disparition de Samuel Gallagher, un écrivain engagé dans l’armée républicaine irlandaise. Dans nos pages, en 2022, Anne-Frédérique Hébert-Dolbec écrivait : « Sa plume, précise et malléable, se fond à son univers, se plie aux pensées des personnages, faisant presque oublier l’artiste derrière l’œuvre. La prose se fait brute et discrète, d’une sobriété parfaitement adaptée à son sujet, dans laquelle se glisse avec limpidité une abondance de détails historiques et géographiques. »

La trilogie d’Elise Lagacé met en scène la vie affective et professionnelle de Dolorès, une trentenaire, « virtuose de la mécanique », dont le quotidien est particulièrement riche en rebondissements. À peine s’est-elle séparée de Frank, le père de ses trois enfants, que l’héroïne hérite d’une « cour à scrap » et d’un garage en décrépitude. Tout ça, bien entendu, dans le village éloigné où elle a vu le jour. Au menu : des retrouvailles amicales et des déboires amoureux, de solides embrouilles et d’étonnantes révélations.

Un enfant et sa famille fuient leur pays natal, le Chili, pour repartir à zéro, rue Ontario, dans Hochelaga, à Montréal. En 2017, soit quelques années avant la parution de Là où je me terre, le populaire récit de Caroline Dawson, son frère, Nicholas, avait livré dans Animitas, publié à La Mèche, sa version des faits, sa lecture des événements, sa fictionnalisation du réel. Avec toute la délicatesse qu’on lui connaît, l’auteur expose les retombées de l’exil, relate le cheminement qui précède bien souvent l’atteinte d’une forme d’apaisement.

Le roman de Stéphanie Boulay est paru il y a dix ans déjà. La jeune narratrice vit dans les bois, non loin de la rivière, surprotégée, maintenue dans le secret par la fragile Titi, dont elle ne sait pas très bien s’il s’agit de sa sœur ou de sa mère. La principale force du livre est de donner accès au regard exceptionnel d’une enfant qui l’est tout autant, une fillette qui pose ses mots terriblement justes sur le monde mystérieux, déglingué et souvent même violent des adultes. On vous recommande aussi chaudement Est-ce que quelqu’un me voit ?, le plus récent album musical de Boulay.

Paru il y a dix ans, ce roman gothique et dystopique, victorien et contemporain occupe une place à part dans l’œuvre de Mavrikakis. Alors qu’une terrible épidémie s’abat sur Montréal, que le gouffre entre les riches et les pauvres est plus grand et plus vertigineux que jamais, Cate, à la tête d’une bande de miséreux, veut faire jouer au chanteur Oscar De Profundis, vedette planétaire de retour au bercail après une longue absence, un rôle déterminant dans la révolte. Attendez-vous à une prose exquise, à un suspense enlevant et à de passionnants débats philosophiques. En librairie en juin.

Six ans après avoir été publié aux éditions du Seuil, un honneur auquel peu d’œuvres québécoises ont droit, le roman de Brigitte Pilote, son troisième, paraît chez nous en format poche. Dans un style dépouillé, dont l’éditeur dit à juste titre qu’il est « âpre et lumineux », l’autrice raconte « la violence faite aux femmes et à la terre par ceux qui croient pouvoir les posséder ». Veuf, solitaire, menant avec son fils une existence recluse sur la ferme, Émile Sever engage un jour une domestique, une servante qui est prête, momentanément, à se plier au silence qu’on lui impose.

Avec Long Island, son onzième roman, l’écrivain irlandais relève haut la main un pari audacieux, celui d’être à la hauteur de Brooklyn, un livre célébré dans le monde entier. Tóibín dépeint les élans du cœur avec autant de justesse que les freins que leur oppose la société. Plus que dans le dénouement de l’intrigue, c’est dans les tiraillements et les déchirements que se situe l’essentiel, dans les conflits et les contradictions, en somme, dans l’expression de cet éternel et palpitant combat entre la raison et les sentiments.

Après Fantaisies guérillères, un roman campé dans le XVe siècle français, Lebrun s’intéresse à la Rome du début du IIIe siècle. À la tête de l’Empire, Héliogabale renverse l’ordre établi. Appuyé par sa femme, la Grande Vestale Aquilia, l’empereur va oser se faire… impératrice. « Je me lève tôt pour être parfait, et, à petits coups de pinceau, je deviens autre. Mes bagues sont choisies avec soin car elles ont pour but de parler à ma place : d’argent je suis maussade, de porphyre je suis heureux, d’ambre je veux voir couler du sang. »

Quatre ans après La familia grande, où elle relatait l’inceste subi par son frère jumeau, Kouchner s’éloignait de l’autofiction pour offrir un roman au cœur duquel se trouvent K. et Ben, deux enfants élevés comme frère et sœur par deux amies inséparables. Dans nos pages, l’an dernier, Sarah-Louise Pelletier-Morin écrivait : « De Mai 68 jusqu’à aujourd’hui, le récit traverse les mutations politiques et sociales de la France. […] La description de la relation gémellaire, le lyrisme de certains fragments, tout comme la qualité de la recherche historique exhaussent le plaisir de lecture. »

Né en 1944, Dominic Cooper s’est fait connaître en 1975 avec The Dead of Winter (Le cœur de l’hiver), qui lui a valu le prestigieux Somerset Maugham Award. Deux ans plus tard, l’auteur écossais donnait Sunrise (Vers l’aube), l’histoire d’un père de famille qui décide de mettre le feu à sa maison et de quitter un quotidien étroit qui l’éteint chaque jour un peu plus. Faisant la part belle aux splendeurs indomptables de la nature et aux angoisses tout aussi impérieuses des humains, l’écriture de Copper touche au sublime. En librairie en août.

La Britannique Raynor Winn est certainement l’une des figures de proue de ce mouvement littéraire dont les œuvres sont ancrées dans la nature (nature writing). Son troisième livre, autofictionnel comme les précédents, ne s’adresse pas aux cyniques, en ce sens qu’il célèbre l’amour et l’espoir. Après avoir parcouru le sentier côtier du sud-ouest de l’Angleterre, un périple raconté dans Le chemin de sel, Raynor et son mari, Moth, atteint d’une maladie grave, s’installent, grâce à un généreux lecteur, dans une ferme nichée au cœur des collines de Cornouailles. En librairie en juillet.

L’écrivain français est connu pour ses romans inspirés d’événements qui ont fait les manchettes, comme Claustria, qui concerne l’affaire Fritzl, ou La ballade de Rikers Island, qui évoque les agressions du Sofitel de New York, mais ce livre, de loin son plus intime, paru l’an dernier chez Récamier, est le fruit d’une tout autre démarche. C’est-à-dire que Jauffret mène toujours l’enquête, mais cette fois à propos de celle qui lui a donné la vie, un personnage complexe, à qui il aurait des raisons d’en vouloir, mais à qui il choisit plutôt d’adresser un émouvant chant d’amour. En librairie en juillet.

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