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Chaque dimanche, l’équipe de L’actualité vous invite à lire (ou à relire) dans son infolettre Rétroviseur un des reportages les plus marquants de la riche histoire du magazine. Vous pourrez ainsi replonger au cœur de certains enjeux du passé, avec le regard de maintenant.
Louise Tremblay d’Essiambre achète sa pinte de lait chaque semaine dans l’anonymat le plus parfait, comme la vaste majorité d’entre nous, sans que personne se doute que cette septuagénaire aux longs cheveux gris trône au sommet des ventes de romans au Québec depuis des décennies, et qu’elle est parmi les écrivains les plus lus dans les bibliothèques publiques.
« C’est un phénomène hallucinant dans le milieu littéraire au Québec », soutient Jean Paré, directeur général et coactionnaire de Saint-Jean Éditeur, la maison d’édition à laquelle l’autrice de 65 romans (en comptant ses petits derniers, la duologie Je m’appelle Léo) est fidèle depuis 40 ans.
Même après 12 ans au sein de l’entreprise, l’éditeur n’en revient pas encore de la puissance de cette « machine de guerre », ce « train à grande vitesse » qui publie deux, parfois jusqu’à quatre briques d’au moins 350 pages par année, dont chacune s’écoule à 25 000 exemplaires — les quatre tomes de sa série Les sœurs Deblois, parue entre 2003 et 2005, ont même frisé les 80 000 exemplaires vendus pour chacun. Quand on sait qu’un livre qui atteint 3 000 ventes au Québec est considéré comme un best-seller, il y a de quoi écarquiller les yeux.
Il n’était donc pas abusif de la part de mon collègue journaliste Jean-Yves Girard de qualifier Louise Tremblay d’Essiambre de « reine du roman historique » dans le savoureux portrait qu’il lui a consacré en 2020 — portrait qui a d’ailleurs figuré parmi les cinq articles les plus lus de L’actualité cette année-là. Peut-être parce qu’il permettait enfin de dévoiler quelques facettes de cette prolifique écrivaine (aussi maman de neuf enfants !) presque invisible aux yeux des grands médias, au point d’être reléguée à l’anonymat au supermarché.
Invisible parce que snobée, sans doute, comme le sont souvent les auteurs de littérature de grande diffusion. Louise Tremblay d’Essiambre en a longtemps souffert, mais plus maintenant. La femme que Jean-Yves Girard avait rencontrée dans son néo-château de Blainville il y a cinq ans était « fière d’elle, fière de ses accomplissements », se souvient-il. Certes consciente de ne pas appartenir au club sélect des auteurs primés, mais portée par l’amour de ses admiratrices — son lectorat est majoritairement composé de femmes d’un certain âge — qui se pressent devant son kiosque à tous les salons du livre, où elle répond toujours présente.
La remarquable popularité de l’œuvre de Louise Tremblay d’Essiambre tient en bonne partie à son talent « hors norme » de conteuse, selon son éditeur Jean Paré, mais aussi à la « nostalgie » qu’elle sait éveiller. L’action de la plupart de ses séries, qui relatent souvent des histoires de famille, se situe entre les années 1950 et 1980, et les lectrices prennent plaisir à retrouver ces époques passées de leur propre vie. « On se rappelle les plats qu’on mangeait, les chansons qui tournaient à la radio, les émissions populaires du temps, des objets du quotidien aujourd’hui révolus, et ça apporte un sentiment de sécurité, de confort. »
Les fans de l’écrivaine sont tellement accros que l’éditeur s’organise pour publier quasiment sans interruption les tomes de ses séries, histoire de gérer leur impatience. Avis aux fidèles : son prochain opus, Comme un goût de miel, qui replonge dans le Québec des années 1960, sort en librairie en mars 2026.
D’ici là, il y a ce truculent portrait à vous mettre sous la dent. Bonne lecture, et bon dimanche à tous.
Marie-Hélène Proulx
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