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«Les guérisons miraculeuses du docteur Aira et autres romans»: à l’aventure

 

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Connu pour sa méthode d’écriture appelée « fuga hacia adelante » (fuite en avant), César Aira est l’auteur de plus d’une centaine de romans courts, mais toujours denses, qui forment aujourd’hui une œuvre difficile à classer, où se mélangent l’humour, la sophistication, le lourd et le léger.

Les influences de cet écrivain discret, habile à détourner les codes du roman historique traditionnel, familier du jeu et de l’invention, sont à chercher du côté de Borges et de Cortázar. Né à Coronel Pringles, près de la capitale argentine, il vit depuis la fin des années 1960 dans le quartier de Flores à Buenos Aires, qui est le décor récurrent de plusieurs de ses livres.

Introduction parfaite à son œuvre, Les guérisons miraculeuses du docteur Aira et autres romans est une anthologie qui regroupe certains de ses meilleurs titres, sept titres, dont cinq traductions inédites en français.

Mais ses influences nous entraînent aussi du côté des avant-gardes européennes, du surréalisme, de la bande dessinée et de la littérature populaire (voire de la « mauvaise littérature »). Les romans d’Aira ratissent large, mais chaque fois ils prennent une légère tangente qui nous entraîne sur de drôles de sentiers.

Un épisode dans la vie du peintre voyageur (1995) raconte ainsi, à sa façon, un épisode tragique et déterminant de la vie, « sans secrets, et pourtant mystérieuse », du peintre bavarois Johann Moritz Rugendas (1802-1858) au cours d’un long voyage en Amérique du Sud. L’occasion pour César Aira d’aborder les enjeux de la création artistique et de rappeler que, puisque l’art est éternel, un artiste « pouvait toujours se permettre d’être mort ».

Le dîner (2005), où le narrateur passe la soirée avec sa mère, est un bel exemple de bifurcation du quotidien le plus banal vers l’improbable. Un roman labyrinthique fait de récits qui surgissent les uns après les autres et s’entremêlent, comme un nid de serpents décapités dont les têtes repousseraient sous nos yeux — sur le même registre, tenez, on y croise aussi un déferlement de morts-vivants.

Dans Le petit moine bouddhiste (2005), qui mêle conte philosophique, parodie spirituelle et fantaisie absurde dans une Chine imaginaire, l’écrivain se joue des codes et y campe comme il le fait souvent un Orient fantasmé, où des réflexions sur l’illusion et le vide se colorent d’une touche burlesque. Un bel exemple de sa « fuite en avant », où il s’agit de produire du mouvement à partir… du vide.

Dans une courte préface à la traduction anglaise d’Un épisode dans la vie du peintre voyageur au début des années 2000, Roberto Bolaño estimait que César Aira était à ses yeux l’un des trois ou quatre meilleurs écrivains de langue espagnole, une sorte d’extraterrestre, comparable seulement, pour lui, à l’écrivain barcelonais Enrique Vila-Matas. Même si on n’y trouve qu’une infime partie de sa production, Les guérisons miraculeuses du docteur Aira et autres romans nous offre quelques jalons de la fascinante aventure littéraire de l’Argentin.

Dans une entrevue accordée au quotidien espagnol El País en 2004, César Aira avait eu cette formule pour fixer sa méthode : « Je préfère toujours le nouveau au bon. » Mais qui a dit qu’il fallait choisir ? Vous aurez ici l’un et l’autre.

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Titre: Les guérisons miraculeuses du docteur Aira et autres romans

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