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Notre sélection polar de mai

Source : Le Devoir

De bonnes nouvelles de Don Winslow

C’était après la publication de La cité sous les cendres. Don Winslow concluait sa trilogie, amorcée avec La cité en flammes et poursuivie avec La cité des rêves, par un punch que personne n’avait vu venir : il arrêtait tout pour se concentrer sur l’avenir politique de son pays. Comprendre faire barrage, autant que possible, à l’ascension de Donald Trump. Quatre ans plus tard, grande nouvelle (non politique) : il est de retour avec Le casse ultime, un recueil de six nouvelles dans lesquelles son univers noir et son humour cynique se déploient avec maestria. Il y a ici un cambrioleur qui s’attaque à l’impossible avant une retraite bien méritée, deux tueurs qui discutent de tout et de rien et philosophent (!) avant d’aller au boulot (la chute de ce texte !), un homme bien qui se retrouve derrière les barreaux à cause d’une grosse erreur (et d’un juge psychorigide), un clin d’œil jouissif aux fans de la première heure. Du travail d’orfèvre qui ne pèche que par un point : pourquoi juste six ?

Sonia Sarfati

Le casse ultime

★★★ 1/2
Don Winslow, traduit de l’anglais par Jean Esch, Harper Collins « Noir », Paris, 2026, 375 pages

Petite ville, gros secrets

Les jeunes filles que l’on assassine (très/trop) dans les romans policiers sont sans histoire. Jusqu’à ce que l’enquête révèle qu’elles ne l’étaient pas. Ce n’est pas le cas pour Diana. Les vilains secrets, ils appartiennent à ceux qui l’entouraient de son vivant, blancs comme neige en apparence, mais beaucoup moins nets en réalité. C’est cette réalité qui est déterrée le jour où l’adolescente est découverte, nue, dans un champ, pas très loin de chez elle. Elle est, Diana, le point fort d’Une jeune fille sans histoires, nouvel opus de la Canadienne Shari Lapena (Le couple d’à côté, Repas de famille). Elle est un personnage magnétique, vibrant, texturé, dans un récit porté par une écriture plutôt froide, qui garde le lecteur à distance. Jusqu’à la résolution de l’intrigue, qui surprend peu. L’intérêt demeure, toutefois, et les pages se tournent rapidement grâce aux chapitres courts qui passent d’un point de vue à l’autre. Et, surtout et toujours, grâce à Diana, absente, mais omniprésente.

Sonia Sarfati

Une jeune fille sans histoires

★★★
Shari Lapena, traduit de l’anglais par Romane Lafore, Les Presses de la Cité, Paris, 2026, 331 pages

Quelqu’un de l’intérieur

L’air de rien, on en est déjà à la cinquième enquête de l’improbable duo Bonneau-Lamouche depuis que J.L. Blanchard est passé du roman jeunesse au polar (merci !). La série est arrivée comme une bouffée d’air frais et, heureusement, elle continue sur les mêmes chapeaux de roues avec ce nouveau chapitre. Tout débute ici avec l’assassinat, visiblement commis par un tueur à gages, d’un journaliste d’enquête qui travaillait sur les dédales d’un réseau de corruption à grande échelle. Lamouche saisira rapidement — pour Bonneau, évidemment… — que « quelqu’un de l’intérieur », un ripou, est au cœur de l’affaire. L’enquête sera touffue, difficile, et les cadavres s’amoncelleront avant qu’on puisse mettre fin au carnage. Tout cela est fort bien mené — bien écrit, aussi, on ne le dit pas assez —, les personnages petits et grands sont tous crédibles… mais Blanchard devra bientôt trouver une façon de rendre son Bonneau un peu moins désespérément bête. À la longue, ça devient de plus en plus difficile à supporter.

Michel Bélair

Le sanctuaire des crabes

★★★
J.L. Blanchard, Fides, Montréal 2026, 376 pages

Un sort injuste et tragique

De la trentaine de romans qu’Arnaldur Indridason a déjà fait paraître en français, ce nouvel opus est à classer dans la catégorie hors-série : pas d’Erlendur, ici, ni de Konrad. C’est plutôt l’historien qui nous raconte une saga d’une tristesse infinie située au cœur du XIXe siècle. Elle met en scène celui que l’on considère comme un des plus grands poètes islandais, Jonas Hallgrimsson. Comme souvent chez Indridason, le récit tourne autour d’une disparition ; celle de Keli, un jeune berger ami du poète. Alité dans une chambre d’hôpital à Copenhague à la suite d’une mauvaise chute qui le fait littéralement délirer, Hallgrimsson raconte l’histoire tragique du jeune homme dont on découvrira, 15 ans après sa disparition, qu’il a été assassiné. Les deux rêveurs connaîtront un sort aussi injuste que tragique, mais c’est, en arrière-plan, le décor rural miséreux de l’Islande de 1850 — on y comptait alors à peine plus de 10 000 habitants — qui frappe le plus dans ce récit d’une sobriété exemplaire.

Michel Bélair

La fin du voyage

★★★
Arnaldur Indridason, traduit

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