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Le communiqué précise que les obsèques se sont déroulées dans la plus stricte intimité et demande explicitement aux médias et aux lecteurs de s’abstenir de toute sollicitation. Cette annonce tardive a été relayée par plusieurs médias japonais spécialisés dans la culture et l’édition dès le lendemain.
Une autrice apparue dans l’ombre de Garo
Née le 14 décembre 1972 à Tsubame, dans la préfecture de Niigata, Kiriko Nananan débute au début des années 1990 dans la revue Garo, publication emblématique du manga alternatif et d’auteur. Elle y publie en 1993 ses premières histoires courtes, dans un contexte éditorial marqué par l’expérimentation formelle et la liberté thématique.
Dès ces premiers récits, elle s’attache à décrire les états intérieurs de jeunes femmes confrontées à la solitude, au désir, à l’échec amoureux ou à la dépression, sans recours au spectaculaire ni à la dramatisation excessive. Ce positionnement la distingue rapidement au sein d’une génération d’autrices qui, au même moment, renouvellent le manga autobiographique et introspectif.
Blue, œuvre charnière et reconnaissance critique
En 1996, Kiriko Nananan publie Blue dans le magazine Comic Are, avant une sortie en volume l’année suivante chez Magazine House. Le récit, centré sur la relation entre deux adolescentes, marque un tournant dans sa carrière. Le livre rencontre un écho critique important au Japon et s’impose progressivement comme l’un de ses titres les plus commentés.
Blue est adapté au cinéma par Hiroshi Ando au début des années 2000. Le film, produit en 2001 et diffusé à partir de 2003, contribue à faire connaître l’autrice au-delà du cercle des lecteurs de manga.
Le style graphique de Kiriko Nananan – lignes fines, compositions aérées, économie de dialogues – est alors régulièrement décrit comme minimaliste, voire ascétique. Ce dépouillement formel devient l’une de ses signatures.
Au fil des années, Kiriko Nananan alterne histoires courtes et récits plus développés. Des recueils comme Water, Itaitashii LOVE ou Tanpenshū prolongent son exploration des relations affectives ordinaires, tandis que Strawberry Shortcakes ou Kabocha to Mayonnaise s’inscrivent dans une narration plus continue.
Plusieurs de ces titres font l’objet d’adaptations en prises de vue réelles : Strawberry Shortcakes sort au cinéma en 2006, Kabocha to Mayonnaise (Pumpkin and Mayonnaise) est adapté en 2017
Ces films confirment l’intérêt du cinéma japonais pour une œuvre centrée sur les silences, les corps et les hésitations, loin des récits spectaculaires.
Une réception importante en France
En France, l’œuvre de Kiriko Nananan est publiée principalement par Casterman dans la collection Sakka, entre 2004 et 2010. Sept albums sont traduits, parmi lesquels Blue, Everyday, Mille-feuilles à la fraise, Amours blessantes, Rouge bonbon ou encore Fragments d’amour.
Son travail est soutenu notamment par Frédéric Boilet, figure centrale de l’introduction de la « Nouvelle Manga » en France. En 2008, Kiriko Nananan reçoit le prix de l’École européenne supérieure de l’image (EESI) au festival international de la bande dessinée d’Angoulême, distinction qui souligne l’influence de son œuvre dans le champ de la bande dessinée contemporaine.
Parmi les hommages, Benoît Peeters a exprimé sa tristesse à l’annonce de la disparition de la mangaka Kiriko Nananan. Il rappelle qu’elle était l’autrice du « magnifique album Blue ».
Crédits photo : extrait de Blue, Kiriko Nananan (Casterman)
Par Hocine Bouhadjera
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