Image

«Louise Michel»: sainte de l’anarchie

 

Le Devoir Lire

On l’appelait la « Vierge rouge ». Elle était la « Viro major » de Victor Hugo, une institutrice dévouée, l’amie des bêtes, et l’une des plus célèbres « pétroleuses » de la Commune de Paris en 1871. Figure indissociable de cet épisode court mais marquant de l’histoire de France, indomptable et passionnée, autrice d’une œuvre abondante et multiforme, la militante et révolutionnaire Louise Michel (1830-1905) fait encore parler d’elle.

On a ainsi vu le visage de cette icône de l’anarchisme flotter sur les eaux de la Seine en 2024 pendant la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris, tandis que son nom ressort régulièrement parmi les candidats au Panthéon.

Cette « femme laide et intelligente », comme la décrit la romancière, journaliste et historienne Édith Thomas dans cette biographie parue en 1971, l’année du centenaire de la Commune, aujourd’hui rééditée, était d’une générosité légendaire — à l’égal de son mépris de l’argent.

Fille « bâtarde » d’une servante du château de Vroncourt, élevée par ses grands-parents paternels comme leur propre fille parmi les ruines, elle va migrer vers Paris à l’âge de 25 ans, où elle sera institutrice, féministe avant l’heure, cherchant à assouvir tous azimuts sa soif de justice sociale.

Bien plus soldat qu’infirmière sur les barricades de la Commune — deux longs mois de 1871 —, Louise Michel va assumer après son arrestation la responsabilité de tous les actes qu’on lui reproche, bravant ses juges et la mort — bravant aussi parfois la vérité, raconte sa biographe. Et si on lui fait remarquer qu’elle gaspille, la voilà qui répond, avec des accents hugoliens, que c’est parce qu’elle entend « les grondements d’en bas ».

Comme d’autres, elle sera déportée en Nouvelle-Calédonie, colonie française constituée d’une dizaine d’îles dans le Pacifique Sud, 1400 kilomètres à l’est de l’Australie. Elle qui n’avait connu que les paysages de la Haute-Marne, les rues de Paris et les prisons, elle va entreprendre cet exil comme une expédition scientifique, avec une curiosité sans bornes et le cœur à la bonne place.

Comme lorsqu’elle s’indigne du sort des albatros qu’on massacre, pêchés à l’hameçon et suspendus par les pattes « pour qu’ils meurent sans tacher la blancheur de leurs plumes ».

Après quatre mois de voyage en mer, elle va s’y lier à l’autre bout du monde avec des Algériens déportés — dont la révolte à ses yeux est la même que celle de la Commune, tout en s’intéressant bien entendu aux Canaques, la population autochtone — qui vont lui inspirer un travail d’ethnographie spontanée : langue, chansons, légendes.

On a même dit que Louise Michel avait eu là-bas l’idée du Nautilus et l’avait vendu pour 100 francs à Jules Verne : « Ce n’est pas certain, mais elle en aurait été bien capable », commente Édith Thomas.

Fidèle à elle-même, lors de la grande révolte canaque de 1878, Louise Michel prendra parti pour les révoltés contre les Français, alors que la plupart des anciens communards s’étaient ralliés aux Blancs. Et comme le sentiment, chez elle, « débouche toujours sur l’action », en plus de leur apprendre à lire, elle va enseigner aux Canaques révoltés comment couper les fils télégraphiques de l’île…

Mais Louise Michel, et c’est tant mieux pour nous, n’a rien d’une hagiographie, Édith Thomas donnant même parfois l’impression d’être contre son sujet. On ne saurait donner tort à la biographe d’exercer un peu de méfiance, Louise Michel donnant quelquefois a posteriori, entre autres dans ses fameuses Mémoires, un vernis révolutionnaire à certains de ses actes — quand elle ne retranchait pas six ans à son âge, comme elle le faisait systématiquement.

Un personnage historique lumineux et complexe qui continue à exercer sa fascination. Comme le disait Maurice Barrès (1892-1923), qui ne jouait pas vraiment pour la même équipe : « Elle a la flamme. »

[...] continuer la lecture sur Le Devoir.

Dans cet article

Titre: Louise Michel

No books found for your query.

Palmarès des livres au Québec