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À l’occasion du 12 août, journée « J’achète un livre québécois », des auteurs de l’Estrie profitent d’une vitrine supplémentaire grâce au Prix de la page 12, une initiative qui cherche notamment à faire découvrir la littérature régionale à de nouveaux lecteurs.
Les membres du jury évaluent uniquement la douzième page des œuvres soumises, sans connaître le nom de l’auteur ni la maison d’édition.
C’est à l’aveugle, un peu le concept de La Voix. On entend une voix, mais on ne sait pas qui chante
, explique René Cochaux, ancien journaliste et instigateur du concours.
René Cochaux est à l’origine du Prix page 12 qui met en valeur la littérature estrienne.
Photo : Radio-Canada / Maelys Buteau-Leduc
Le choix de la douzième page n’est pas un hasard. Le prix s’inspire directement de la journée Le 12 août, j’achète un livre québécois
.
Souvent, c’est en début de roman. C’est une page qui doit accrocher le lecteur ou la lectrice.
Une vitrine pour des auteurs moins connus
Pour les auteurs participants, cette visibilité est particulièrement importante dans un milieu où peu d’écrivains réussissent à vivre uniquement de leur plume.
La majorité des auteurs ne sont pas des gens connus, ne sont pas des célébrités. Donc pour nous, c’est notre moment de visibilité
, affirme Claude Lemay, finaliste avec son livre Factum : L’abnégation.
Pour Claude Lemay, auteur, les initiatives telles que le Prix de la page 12 permettent de donner de la visibilité aux auteurs québécois.
Photo : Radio-Canada / Maelys Buteau-Leduc
Geneviève Cloutier, également finaliste avec sa série de livres Bulletin spécial, voit elle aussi le 12 août comme une occasion privilégiée de rejoindre de nouveaux lecteurs.
Les gens sont au rendez-vous, ils viennent en librairie, ils sont très ouverts, ils ont le goût de découvrir de nouveaux auteurs. Puis quand on en découvre un nouveau, des fois c’est pour la vie
, dit-elle.
Elle estime toutefois que vivre exclusivement de l’écriture demeure difficile au Québec.
Ceux que je connais qui vivent de ça, ça se compte pas mal sur les doigts d’une main
, raconte l’autrice, qui conserve pour sa part un emploi à temps plein.
Des lecteurs en francisation parmi les jurés
Le jury du Prix de la page 12 se distingue également par sa composition. Plusieurs participants sont en francisation, en alphabétisation ou des jeunes de Maison des jeunes. Ils ne sont pas nécessairement de grands lecteurs.
Les livres L’art de patauger dans une tasse de thé de Vanessa Bergeron, Bulletin spécial de Geneviève Cloutier et Factum : L’abnégation de Claude Lemay sont les trois livres finalistes du Prix de la page 12.
Photo : Radio-Canada / Maelys Buteau-Leduc
Pour René Cochaux, l’objectif est justement de leur permettre de découvrir la littérature et la culture québécoises par une porte d’entrée accessible.
En lisant des pages 12, ils découvrent un peu notre culture, notre façon de parler.
L’expérience aurait déjà suscité l’intérêt de certains jurés pour les œuvres complètes. Il y a un nombre de personnes qui m’ont dit qu’après avoir lu les pages 12 des livres en question, ils avaient le goût d’en acheter un, deux ou même trois
, raconte René Cochaux.
Claude Lemay croit aussi que ce type d’initiative peut contribuer à transmettre le goût de lire aux plus jeunes, voire celui d’écrire.
Ces initiatives-là sont importantes pour leur donner le goût de la lecture.
Une littérature 100 % humaine
Cette année, le concours met également de l’avant une littérature 100 % humaine
, dans un contexte où l’intelligence artificielle générative occupe une place grandissante dans les milieux créatifs.
Geneviève Cloutier ne cache pas ses préoccupations devant la possibilité de voir des outils reproduire le style d’un écrivain.
Aujourd’hui, on est capable de dire : »Écris-moi un texte dans le style de cet auteur-là, puis l’IA le fait ». Donc oui, ça fait peur
, affirme-t-elle.
Geneviève Cloutier est finaliste du Prix de la page 12.
Photo : Radio-Canada / Maelys Buteau-Leduc
Claude Lemay compare pour sa part l’arrivée de l’intelligence artificielle à celle d’Internet, avec tout ce qu’elle peut susciter à la fois comme intérêt et comme inquiétude.
Il estime cependant que la littérature demeure avant tout une forme de relation entre humains. Les vrais sentiments humains, ça va toujours venir d’un humain
, soutient-il.
Même son de cloche du côté de René Cochaux.
La meilleure plume demeure celle de l’humain […] parce qu’il y a une âme derrière l’écriture.
Pour Geneviève Cloutier, l’imagination humaine conserve également un avantage fondamental. Les histoires originales sont toujours meilleures, parce que les robots prennent ce qu’ils connaissent déjà puis ils le transforment, tandis que notre imagination elle déborde
, conclut-elle.











